Couverture

Tractations nuisibles

Un public connaisseur et dévoué, qui reste sur sa faim. Pourtant, le Maroc a toujours été une terre fertile de talents et constitue un environnement propice à l’expansion du football. En 2003, après quatre participations honorables à la coupe du monde, quelques trophées continentaux et l’organisation de grandes manifestations (Jeux Méditerranéens 1983, Coupe d’Afrique des Nations 1988 etc..), le football national ressemble à un vieux malade, au bord de l’écroulement.
L’équipe nationale olympique vient d’être éliminée de la coupe des pays arabes, l’organisation de la coupe des clubs arabes qui devait avoir lieu au Maroc, vient d’être transférée en dernière minute à l’Arabie saoudite, des joueurs de renommée qui sont traînés devant les tribunaux pour des actes indignes de sportifs…Autant de faits qui risquent de ternir l’image d’une discipline dans un pays qui compte présenter sa candidature pour abriter la coupe du monde 2010. Abdessalam Hanat, président du club de Raja de Casablanca et l’un des piliers des dirigeants du foot national, explique un peu les dessous de ces tractations. Selon lui «Il faut des réformes. Certes on en parle à chaque fois que nos équipes nationales sont éliminées de compétitions continentales ou internationales et puis rien. Aucun suivi dans ce sens.
Ce qu’il faudrait en fait, c’est un plan de croissance pour le football. Notre équipe nationale est composée essentiellement de joueurs formés ailleurs, car nous sommes incapables aujourd’hui de sortir de grandes stars. Et même quand c’est le cas, ces stars stagnent aussi vite qu’elles sont apparues. Elles ne peuvent plus évoluer ou progresser, car leur avenir est obscur.». Et dire que le public s’attendait à l’instauration du professionnalisme dans le foot, tellement cette discipline est rapporteuse. Non seulement aucune décision n’a vu le jour dans ce sens, mais, en plus, il se trouve que même le parrainage est en régression. Beaucoup d’entités parraineuses se sont désengagées, sans préavis, vis-à-vis des clubs marocains, les laissant ainsi livrés à un sort dérisoire.
N’aurait-il pas été plus judicieux de trouver une solution de rechange avant de laisser tomber ces engagements ? C’est un retour en arrière pur et simple qu’est en train de vivre notre football. Pour sortir de l’impasse, selon M.Hanat, « il faut restructurer les clubs sur la base d’une réforme sérieuse impliquant tous les intervenants. En France par exemple, les communes et les instances officielles ont longtemps soutenu les clubs français en matière d’infrastructure et de logistique jusqu’à ce qu’ils soient capables de se gérer et de se prendre entièrement en charge. Ce n’est qu’après que les clubs sont devenus indépendants de toute aide extérieure, lorsqu’ils ont atteint un niveau élevé de structuration. ».
S’ajoute à cela le comportement de certains joueurs indisciplinés qui font la « Une » des journaux à cause de leurs déboires. C’est toujours cette précarité qui fait que le joueur réagit comme un chômeur travaillant à mi-temps, sans aucune confiance dans l’avenir. Autant de paradoxes inacceptables auxquels les décideurs pourraient, s’ils le voulaient, y remédier. Mais, le veulent-ils vraiment ? Encore une question à laquelle l’avenir répondra.