Couverture

Un geste fort pour le dégel politique

Tout a commencé à la fin novembre 2000. Le Maroc, après de multiples rounds avec l’Union européenne, s’est vu dans l’obligation de ne pas reconduire l’ancien accord sous une forme très légèrement modifiée.
L’essentiel de la revendication marocaine n’a pas été pris en considération. A cause notamment de l’illusion créée selon laquelle Rabat n’aurait aucun autre choix que de reconduire l’accord. Et… grande surprise : le Maroc tient à faire valoir ses droits de protection de ses ressources halieutiques et à être rationnellement récompensé pour la mise de ses côtes à la disposition des pêcheurs communautaires, dont l’écrasante majorité est espagnole.
La décision marocaine a créé une véritable crise en Galicie, région autonome d’Espagne vivant essentiellement de la pêche, à côté de petites exploitations. Un coup dur pour l‘emploi. Madrid, qui ne tablait pas sur le « durcissement » marocain, tout en assurant une aide européenne à ses pêcheurs, a cru mettre le Maroc à genoux. Des pressions politiques et des coups bas. Une rage vindicative qui n’épargnera aucun domaine de la relation avec Rabat.
Référendums espagnols sur la question du Sahara, connivence avec l’Algérie et son rejeton, exploration pétrolière au large des eaux territoriales du Maroc au Sud, et d’autres provocations suivrent.
La crise aura duré presque 14 mois. La réunion de Madrid, la semaine dernière, constituera le début de la décrispation et de l’accalmie, après la tempête estivale.
Et puis, contre toute attente, vint le geste royal en signe de solidarité avec la Galicie, victime de la marée noire. Les chancelleries sont prises de court et la nouvelle est hautement bien accueillie en Espagne par les responsables, la presse et la classe politique.
Aussi la décision royale de permettre le retour des bateaux espagnols sur les côtes marocaines est de nature à contribuer amplement au dégel de la relation politique, toujours à la recherche de la normalisation.
Reste que l’initiative marocaine soit perçue à sa juste valeur. Un grand signal, qui donne la preuve, que l’adversité conjoncturelle ne saurait transcender les principes d’une solidarité exemplaire entre deux pays voisins, liés de surcroît par un traité d’amitié et de coopération mutuellement avantageux.
De l’avis des observateurs politiques, elle insufflera un véritable coup de fouet au déblocage politique. Les responsables espagnols, au vu des premières réactions, semblent avoir bien perçu le message royal. Il faudra attendre les prochaines semaines pour voir les suites que donnerait Madrid à ce fort geste de solidarité et d’apaisement.