Marrakech, par une belle fin matinée de ce vendredi 29 avril. Après cinq semaines de vaines tentatives, et par l’heureux concours d’un événement mondain qui a eu lieu dans la ville ocre, le visiteur marocain, parmi les rares compatriotes qui ont le privilège de trouver une chambre d’hôtel, fait son entrée dans cet établissement cinq étoiles, immense et riche de plusieurs centaines de chambres. Le visiteur est surpris d’abord par une scène plutôt rare dans les hôtels marocains, celle de la véritable ruée des touristes devant la réception. A tel point que l’établissement en question a dû prévoir deux équipes, chacune des deux côtés de l’hôtel pour assurer le service.
La clé, magnétique de surcroît, en poche, direction est prise vers l’aile de l’hôtel où se trouve la chambre. Pour cela, il faut traverser la piscine, une tâche qui est loin d’être une sinécure.
La porte d’entrée de ce grand espace franchie, le visiteur est ébahi devant cette véritable marée humaine, qui irrite le regard par la blancheur de sa peau. Une centaine d’hommes et des femmes de tous les âges, étrangers dans leur grande majorité, est étendue sur un nombre incalculable de transats ou à même le gazon ou le sol. Des enfants bougent dans tous les sens ou gigotent dans l’eau, créant un bruit à la limite du supportable. Passer à travers tout ce beau monde, sans heurter personne, relève de l’exploit. Ceux qui aiment, entre autres, reluquer les belles silhouettes sont, par contre, au paradis.
Sur le chemin menant vers l’ascenseur, le visiteur est heurté par un décor complètement inhabituel dans ce genre d’endroits, celui du linge que certains étalent sur les balcons de leur chambre. Le temps de cette vision, on se croit loin, très loin, de l’image de prestige et de confort que cherchent à renvoyer les hôtels de luxe. Un décor qui prend tout son sens lorsque la réponse est apportée, faisant dire à un porteur que les résidants sont constitués de plusieurs groupes venus d’Europe à un prix tournant autour de 400 euros -pour un séjour d’une semaine en demie-pension, billet d’avion compris. Voilà qui explique bien d’autres attitudes, notamment l’excès de boulimie qui caractérise un bon nombre de ces touristes au moment du petit-déjeuner. Certains n’hésitent pas, sans avoir à s’en cacher, à s’approvisionner sur place pour le repas suivant.
Voilà ce qui explique également que le soir venu, on ne retrouve que des Marocains dans le pub, le restaurant à la carte et les autres espaces de détente et de loisir. Les touristes étrangers, préfèrent, dans leur majorité, sortir en groupes dans d’autres endroits moins chers, dans des taxis dont ils prennent le soin de surveiller le compteur. Histoire de ne pas se faire avoir. « Dans le temps, une seule course et je ne sortais pas de chez moi pendant des jours, tellement les pourboires étaient généreux. Maintenant, et munis de leurs guides Routard, ils marchandent sur tout, même le prix affiché sur le taximètre. Je maudis le jour où les quelques touristes riches ont été troqués contre ces milliers de radins», s’écrie un chauffeur de taxi. Et ce dernier de préciser que malgré toute leur intelligence, ces touristes finissent toujours par se faire avoir. « Chaque fois qu’on me demande de tourner le compteur, je fais le tour de la ville avant d’arriver à la destination qu’on m’a demandée. C’est ainsi que je me fais mon propre pourboire. Le sens de la magouille, c’est au Maroc qu’il a vu le jour ».









