Khalid Ezzemani : «Nous partageons notre expérience avec d’autres pays du continent africain»

Khalid Ezzemani : «Nous partageons notre expérience avec d’autres pays du continent africain»

Entretien avec Khalid Ezzemani*, cofondateur du collectif d’ingénierie Vs Covid-19 Maroc

Le collectif a procédé au brainstorming des différentes solutions contre Covid-19 (protection indoor/outdoor, respiration…) pour finalement commencer par le prototypage de visière par impression 3D.

ALM : Comment est née l’idée de mettre en place ce collectif ?

Khalid Ezzemani : C’est à travers les réseaux sociaux que Naim Bentaleb et moi avons eu l’idée de monter ce collectif. Après un échange rapide, on a décidé de créer un réseau dans les quatre coins du Maroc et avoir un partage instantané des connaissances de savoir-faire et de moyens. On est sur un réseau de laboratoires solidaires appelé «Le solidarity Lab Cluster». Le réseau est identifié grâce aux capacités de chacun en fonction de leur savoir-faire, et leurs moyens de conception et de fabrication.

Le collectif a mis en œuvre plusieurs projets, pouvez-vous nous en parler plus en détails?

D’abord, je dois noter que le collectif a lancé la mise en œuvre de plusieurs projets sur tout le Royaume sur trois étapes. La première est le sourcing et networking. Celle-ci a consisté au recueil du savoir-faire et moyens de conception et fabrication et leur mise en réseau pour la décentralisation de la production et prototypage. Après, le Haking made in Morocco. Celle-ci a consisté à la rétro-ingénierie et développement des solutions autour des challenges et projets. Et enfin, le manufacturing a consisté à s’allier aux industriels pour la production massive ainsi que le partage des expériences pour la construction des machines spéciales. Autour de ces étapes nous avons mis en place plusieurs antennes interactives, dans des réseaux Solidarity Lab Cluster et 3D Printing Cluster, à partir des 12 régions du Maroc.
Ainsi soucieux du Time to Market et l’urgence sanitaire, le collectif a procédé au brainstorming des différentes solutions contre Covid-19 (protection indoor/outdoor, respiration…) pour finalement commencer par le prototypage de visière par impression 3D. Ensuite sous différentes versions par découpe laser et autres techniques permettant l’augmentation de la productivité d’une visière/heure par impression 3D, il est devenu possible d’accélérer la productivité jusqu’à 2.000 visières par moule par jour. Le réseau des découpes laser pourrait ainsi passer à la production des plexibox. Le collectif a pu distribuer gratuitement 20.000 visières grâce à une chaîne d’approvisionnement bénévole, espace de fabrication bénévole et chaîne logistique bénévole dans les quatre coins du Maroc.

D’autres projets en cours?

Le rôle majeur du collectif en ces moments difficiles est la production des petites séries, le temps que les industriels s’adaptent pour une production massive. Le Solidarity Lab Cluster est aussi en contact avec des industriels pour qu’ils fassent part de leur expérience des visières. En plus de la production petite série, le collectif travaille aussi sur la rétro-ingénierie et le prototypage des systèmes de respiration mécanique et électronique avec les moyens du bord. A l’instar des pods pour les patients ainsi que les dispositifs de désinfection intelligents avec leurs solutions de désinfection et les outils quotidiens de prévention dans les espaces publics. Le Solidarity Lab cluster a procédé à un appel à projet autour de la respiration, protection indoor/outdoor.
Le collectif travaille également sur «3D printing cluster». Regroupant des particuliers, industriels, universités et fablabs dotés de nouvelles technologies, cet outil a procédé au sourcing et networking des moyens d’impression 3D à travers le Maroc afin de déterminer la capacité locale à répondre à une éventuelle urgence en termes des composantes autour des systèmes de respiration principalement et les outils quotidiens de prévention dans les espaces publics. L’interface du 3D Printing Cluster permettra la mise en ligne des fichiers 3D à imprimer et paramètres associés par technologie pour les différents propriétaires inscrits, ainsi que le support technique à travers ses différents partenaires. Le 3D printing cluster a été marqué par le partenariat avec Decathlon autour du masque de plongée qui servira de respirateur. Nous avons ainsi pu bloquer le stock et déclencher une séance de travail avec l’ingénieur produit Decathlon pour avoir la main sur le 3D de ce masque sous réserve de la signature du NDA par une université marocaine faisant partie du collectif. Nous avons lancé aussi un appel au masque de plongée de chez les particuliers afin de sécuriser le maximum de respirateurs permettant de sauver des vies.

Quelle est votre ambition ?

Nous sommes un réseau ouvert. Nous partageons l’expérience avec d’autres pays du continent en Afrique. Nous avons commencé avec le Sénégal. Et on les a supportés pour faire leur premier prototype et leur première visière. Il y a d’autres pays qu’on supporte maintenant comme Madagascar, Mali, Cameroun ou l’Egypte. On reçoit des contacts des quatre coins du monde. On a finalement les moyens au niveau de notre pays et on est capables de faire plusieurs choses.

*Ingénieur d’Etat dans l’impression 3D, rétro-ingénierie, construction des fablabs et accompagnement des projets innovants dans l’industrie 4.0

A propos du collectif

Dans ce contexte imprévisible, le collectif Ingénierie VS Covid-19 MAROC a vu le jour dans le but commun de lutter contre cette pandémie. Il est constitué d’ingénieurs, médecins, fablabs, industriels, universitaires, entrepreneurs et d’autres intervenants. Ils se sont alliés pour la cause, en créant des solutions rapides et efficaces pour la protection et la respiration. C’est dans cette optique que le collectif a lancé la mise en œuvre de plusieurs projets sur tout le Royaume. Uni par la force et le patriotisme, ce collectif complémentaire et diversifié soutient le Royaume du Maroc dans cette crise et insiste sur le fait que chaque citoyen est un maillon de la chaîne du pays. «Cette crise nous concerne tous et c’est ensemble que nous pourrons la surmonter et ce avec nos ressources locales, allant de la réflexion à la matière première jusqu’à la fabrication. Notre Maroc a besoin de nous, unissons-notre savoir et nos moyens».

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