M. Abbas a ouvert son premier meeting électoral par une minute de silence à la mémoire de Yasser Arafat, décédé le 11 novembre dernier, dont il se pose en héritier légitime. Le président par intérim de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) s’est engagé à parvenir à la création d’un Etat palestinien indépendant lors du lancement de sa campagne pour l’élection présidentielle du 9 janvier. Les propos de Mahmoud Abbas ont été surprenants pour les observateurs et la communauté internationale, surtout qu’il s’agit d’un homme considéré comme modéré et qualifié par une grande majorité d’analystes comme un homme « à usage électoral ». Ainsi, le grand favori à la succession de Yasser Arafat a condamné l’occupation israélienne, exigé un retrait par Israël de tous les territoires occupés en juin 1967 et n’a pas oublié le droit au retour des réfugiés palestiniens. C’est comme si c’était un faucon du Fatah qui parlait.
D’ailleurs Mahmoud Abbas a même posé comme condition à la paix la libération de tous les détenus palestiniens, y compris Marouane Barghouthi, le plus célèbre d’entre eux et qui fut un moment candidat à l’élection présidentielle. «Nous continuerons à nous en tenir à la résolution 194 (de l’Assemblée générale de l’ONU) comme base de la solution pour les réfugiés», a-t-il affirmé. Or, Israël s’oppose catégoriquement à un retrait jusqu’aux frontières d’avant la guerre de juin 1967 et à un retour de réfugiés palestiniens sur son territoire de crainte qu’un tel retour ne transforme l’Etat juif en Etat binational. Abou Mazen a plaidé pour que le retrait israélien de la Bande de Gaza s’inscrive dans un cadre plus large de retrait total des territoires occupés, y compris la partie orientale de Jérusalem, et a affirmé choisir la voie de la paix et de la négociation. « S’il n’y a pas de paix ici, il n’y en aura pas non plus au Proche-Orient ni dans le reste du monde », a-t-il lancé.
La première preuve que ce discours était pour le moins inattendu est la réaction du Hamas. Le Mouvement islamiste palestinien radical a salué ce discours, tout en exhortant le chef de l’OLP à respecter sa promesse. «Nous espérons que l’Autorité palestinienne respectera ses promesses», a observé le porte-parole de l’organisation, Sami Abou Zouhri. Mahmoud Abbas, qui sera face à six adversaires lors de la présidentielle, est le candidat du Fatah. Malgré ses relations parfois houleuses avec l’ancien président palestinien, il se présente comme le digne successeur de Yasser Arafat. De même, il apparaît à ses côtés sur ses affiches de campagne avec en gros caractères : « Sur vos traces, nous accomplirons le rêve palestinien ». Cependant, selon certains observateurs sur place, le contenu du discours de M.Abbas n’était pas aussi surprenant.
Le politologue palestinien, Hani Al-Masri, cité par l’AFP a déclaré que « Ce discours était attendu dans la mesure où il ne parle pas seulement en son nom mais aussi en celui du mouvement Fatah. (…), il ne pouvait parler autrement même si certaines de ces positions ne reflètent pas celle de la communauté internationale et sont totalement rejetées par Israël ». En revanche, Israël promet de tout faire pour faciliter l’élection palestinienne. Le gouvernement israélien a en effet approuvé dimanche une série de mesures en vue de faciliter l’élection présidentielle palestinienne du 9 janvier, au lendemain de l’ouverture officielle de la campagne électorale.
Le Premier ministre israélien Ariel Sharon s’est personnellement engagé sur ce dossier. « Il est important qu’il soit clair pour le monde entier qu’Israël a permis des élections libres, justes et efficaces », a dit Sharon peu avant que son gouvernement vote des dispositions concernant l’élection du successeur de Yasser Arafat, à la tête de l’Autorité palestinienne.
Réagissant suite à la décision du gouvernement israélien, le ministre palestinien chargé des Négociations Saëb Ereykat a déclaré que « Cela veut dire qu’il pourra y avoir une campagne normale dans les stades, les écoles, les hôtels. Les affiches des candidats pourront être collées sur les murs, les voitures et des tracts pourront être distribués ». Si l’ambiance générale reste aussi idéale d’ici le 9 janvier, c’est bel et bien une nouvelle page qui s’ouvre au Proche-Orient, même si cela frôle le miracle.









