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Boeing égyptien : 17 secondes fatales

© D.R

De retour d’un séjour dans ce pays, Gille Darrieu avait voyagé avec Flash Airlines entre Hurghada, station balnéaire égyptienne du bord de la mer Rouge, et Paris : « cela devait être un vol direct, mais on s’est posé à Milan pour refaire le plein de carburant, ce qui n’était pas visiblement prévu dans le plan de vol », a-t-il affirmé. « On est parti d’Hurghada à 5h15 du matin, au lieu de 4h, à cause de l’arrivée tardive de l’avion. Ils n’avaient pas eu le temps de refaire le ménage à bord, pas même de nettoyer les toilettes », s’est-il remémoré. « L’avion était récent, mais avait accumulé les vols et les kilomètres : les coffres à bagages étaient jaunis, les sièges abîmés, les trousses de secours usées… » ; a-t-il poursuivi. « Nous étions assis à côté des toilettes, l’odeur était tellement épouvantable que j’ai eu un malaise », a détaille le pilote. « Le steward a voulu prendre ma tension, mais le plastique du tuyau du tensiomètre était tellement craquelé qu’il lui est resté dans les mains(…) L’état intérieur de l’avion paraissait inquiétant pour son entretien extérieur », a-t-il affirmé. « À côté de nous, il y avait le commandant de bord qui devait assurer le retour Paris-Hurghada. Il allait piloter un avion juste après une nuit blanche, passée dans un avion inconfortable, ce qui paraît ne pas correspondre aux règles de sécurité », selon ce témoin. Ceci dit, les autorités égyptiennes ont exclu l’hypothèse d’un attentat, se fondant sur des données enregistrées par la tour de contrôle. L’avion, a déclaré le ministre égyptien de l’Aviation civile, M. Ahmed Chafik, a décollé de manière impeccable vers une altitude de quelque 5.000 pieds (1.500 m) lorsqu’il a effectué le virage vers la gauche. Après, quelque chose s’est passée et l’appareil a continué en ligne droite, mais en tremblant. Dix-sept secondes plus tard, l’avion heurtait la mer. Des témoins ont aperçu le Boeing percuter la mer, à 12 km au large de Charm el-Cheikh, à 4h4. Selon le ministre égyptien de l’Aviation, le fuselage était entier lorsque l’avion a heurté la mer. Le pilote n’a pas émis de signal de détresse. La préférence accordée par les autorités égyptiennes à l’hypothèse d’un accident rend compte de la volonté du Caire de ne pas effrayer les touristes, nombreux en cette saison. La thèse de l’accident s’appuie sur les observations de trajectoire opérée par la tour de contrôle et les témoignages sur l’entretien des appareils de Flash Airlines. Les boîtes noires de l’appareil, qui enregistrent les données techniques et les conversations dans le cockpit devaient être récupérées à une profondeur de 400 mètres pour expliquer ce qui s’est réellement passé. Ce qui est une certitude, c’est que le Boeing ne se trouvait déjà plus en phase de décollage lorsque le drame s’est noué. L’avion évoluait à 1.500 mètres, soit en phase de montée. Un pilote interrogé ne s’explique pas la chute brutale de l’appareil alors qu’un Boeing, même privé de moteur, peut planer. Au rang des hypothèses, il évoque une possible désintégration de moteur lors d’un changement de puissance. Des morceaux de réacteur auraient pu détruire une partie de l’appareil, le rendant ingouvernable. Le pilote souligne aussi que le Boeing égyptien, avant de rallier Paris, devait effectuer une courte escale au Caire, pour s’y ravitailler en carburant. Son réservoir n’était donc pas rempli et il s’est déjà produit des explosions dans des réservoirs dont le niveau en carburant est trop bas. Les recherches qui se poursuivent au large de Charm el-Cheikh où des morceaux de corps, impossibles à identifier, ont été récupérés, ont permis de localiser la carlingue à 400 m de profondeur, avec le concours d’enquêteurs français et américains qui se sont joints aux autorités égyptiennes pour tenter de déterminer les causes de la catastrophe et permettre l’identification des victimes. Rappelons que la compagnie Flash Airlines était interdite de vol en Suisse après qu’un contrôle exécuté en 2002 eut détecté une série de défauts de sécurité, a déclaré la porte-parole de l’Office fédéral suisse de l’aviation civile. Mais, le chef-pilote de Flash Airlines a démenti l’existence de problèmes techniques, évoquant un «problème financier». Le ministre français des Transports a pour sa part indiqué que la France avait reçu un avis de réserve de la Suisse, mais que depuis, trois contrôles avaient été réalisés par l’aviation civile française et que les deux derniers, à l’automne 2003, étaient sans aucune réserve.

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