"La Commission, dans la mesure où on le lui a demandé, a apporté une grande
contribution au débat" français sur le traité constitutionnel européen, a
estimé dimanche soir devant la presse son président, José Manuel Durao
Barroso.
"Tous les autres problèmes, aussi difficiles qu’ils aient pu être, nous
avons essayé de les résoudre de manière constructive", a affirmé M. Barroso,
interrogé sur le rôle dans la campagne de la "directive Bolkestein" sur la
libéralisation des services et d’un discours qu’il avait lui-même prononcé
sur ce thème, alimentant les critiques du camp du non.
Alors que la directive était déjà érigée par les détracteurs de la
Constitution comme le symbole d’une Europe ultralibérale, M. Barroso avait
jeté de l’huile sur le feu en mars en défendant bec et ongles le principe du
pays d’origine, au coeur de la polémique.
De la libéralisation des services dans l’UE à la gestion des importations de
textiles chinois en passant par le social, les commissaires présents
dimanche soir dans les couloirs de l’exécutif européen refusaient de
remettre en cause leurs choix politiques.
"Je pense que le gouvernement français est satisfait de mon action. C’est ce
qu’il m’a dit", a affirmé Peter Mandelson, chargé du Commerce.
Le manque d’empressement de Bruxelles à contrer le bond des exportations de
textiles chinois depuis le début de l’année avait pourtant, au début au
moins, été fustigé en France. Et les reproches avaient été d’autant plus
vifs que les Etats-Unis avaient été plus prompts à déclencher leur défense.
La politique de la Commission "n’est pas ultralibérale, c’est une politique
équilibrée qui est plus sociale que libérale", a de son côté estimé le
commissaire à l’Emploi et aux Affaires sociales, Vladimir Spidla.
Au cours des derniers mois, les critiques ont pourtant aussi fusé en France
contre des déclarations, à Bruxelles, sur les délocalisations ou les aides
d’Etat.
La commissaire à la Concurrence, Neelie Kroes, s’est retrouvée dans la
tourmente après avoir dénoncé les aides aux "canards boiteux" industriels
des pays les plus riches de l’UE. Comme sa collègue chargée de la Politique
régionale, Danuta Hübner, pour avoir estimé qu’il fallait "faciliter les
délocalisations au sein de l’Europe" afin d’"abaisser les coûts" des
entreprises et éviter qu’elles ne partent "vers l’Inde ou la Chine".
Dimanche, après le rejet de la Constitution par 54,87% des Français, la
Commission reconnaissait tout au plus des failles dans sa communication.
"Peut-être qu’une responsabilité politique peut être trouvée dans le fait
que nous tous, je ne vais pas jeter la pierre à un tel ou un tel, n’avons
pas pu expliquer suffisamment que la directive services, ou d’autres
problèmes, n’avaient rien à voir avec la Constitution", a reconnu M.
Barroso.
"Nous devons être attentifs à ce que les Français ont voulu exprimer (…)
Nous sommes prêts à participer au débat pour (…) faire avancer notre
projet européen", a-t-il dit. Mais il a rappelé aux électeurs français qu’il
"est impossible en Europe d’avoir une seule vision qui peut s’imposer aux
autres".
Pas question donc pour la Commission de porter le chapeau des échecs des
gouvernements nationaux. D’une façon générale, "l’Europe est devenue dans
beaucoup d’Etats membres le bouc émissaire", a déploré lundi le commissaire
aux Transports, le Français Jacques Barrot.
Mais "avant de faire le procès de cette Union, il faut rappeler que l’on n’a
jamais donné crédit à l’Europe de ce qu’elle fait de bien", a-t-il regretté,
appelant les pays membres aussi à "prendre leurs responsabilités".









