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De Villepin ignore Sarkozy pour mieux exister

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Qui aurait pensé qu’un jour, si proche, viendrait  où Dominique de Villepin prononcerait un discours sans critiquer Nicolas Sarkozy, ni même, luxe suprême de la retenue, prononcer son nom. C’est ce qui arriva lors du discours de clôture du premier conseil national de son nouveau parti «République Solidaire». Est-ce à dire qu’entre le moment où l’ancien secrétaire général de l’Elysée et ancien Premier ministre de Jacques Chirac qualifia Nicolas Sarkozy de «problème de la France» et aujourd’hui, qu’un vent chaud de la réconciliation a réussi à dégeler  leurs relations polaires ? Rien n’est plus improbable. Nicolas est toujours l’ennemi intime de Dominique. Et De Villepin est plus que jamais l’opposant suprême de Sarkozy. Les relations entre les deux hommes ne sont pas prêtes de connaître le moindre répit. En témoignent les derniers rebondissements du remaniement ministériel quand Nicolas Sarkozy a réussi à attirer dans ses filets la «villepiniste» Marie-Anne Montchamp, porte-parole de République Solidaire et lui confier un secrétariat d’Etat rattaché à la ministre de la Cohésion sociale Roselyne Bachelot. Nicolas Sarkozy visait par cette stratégie de dépouiller De Villepin de ses forces vives et de l’isoler pour mieux l’affaiblir. Signe qu’il est atteint par une telle charge, Dominique de Villepin ne commenta ce fait que sur un ton ironique : «Ces girouettes qui n’ont jamais tourné aussi vite… Pardonne leur, c’est à cause du vent». Le choix d’ignorer Nicolas Sarkozy dans ses discours n’est pas le fruit du hasard. Il doit être mûrement réfléchi par Dominique de Villepin et son entourage. Le patron de «République Solidaire», dont les ambitions pour les plus hautes fonctions de l’Etat ne font plus aucun doute, a dû recevoir et exécuter un précieux conseil. Il faut qu’il parvienne à sortir du personnage de sniper de Nicolas Sarkozy, utile un temps pour construire une notoriété, mais nuisible à la longue parce que dangereusement réducteur. En effet, Dominique de Villepin a dû se rendre compte que son seul fonds de commerce, son principal trait distinctif en politique, est son hostilité effervescente à l’égard de Nicolas Sarkozy. Cette posture est à la longue handicapante pour plusieurs raisons. D’abord, elle limite l’expression du message politique d’un homme ou d’une formation à la seule critique du président de la République. Une petite surenchère, dans ce domaine, peut être contreproductive et rendre service à l’objet haï plutôt que d’en démasquer les tares. Ensuite, sur le terrain de l’anti-Sarkozysme épidermique, un temps le rendez-vous branché de tous les nouveaux rebelles, il y a un immense embouteillage qui rend difficile la clarification des messages et des contenus politiques. C’est pour ces raisons que Dominique de Villepin s’est senti obligé de changer son fusil d’épaule. Pour pouvoir prétendre être une alternative à Nicolas Sarkozy, il se doit de construire un projet, d’élaborer une griffe politique qui ne soit pas être séduisante uniquement par ses charges destructrices à l’encontre de Nicolas Sarkozy. Un besoin de montrer de la retenue, de la sagesse, voire du consensus, d’autant que pour pouvoir grignoter de la marge sur ses adversaires et s’imposer comme un recours sérieux au sein de la droite, Dominique de Villepin a besoin des troupes qui traditionnellement soutiennent Nicolas Sarkozy et qu’il faut autant que possible ne pas effrayer.