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Gaz : La Russie coupe le robinet à l’Ukraine

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Moscou a finalement exécuté ses menaces. Le dimanche 1er janvier, le géant russe Gazprom a, en effet, cessé ses livraisons de gaz à l’Ukraine. "Face à la situation, nous avons été contraints de lancer l’opération de baisse de pression dans le système de gazoducs de l’Ukraine", visant à ne laisser passer dans les gazoducs que les flux destinés au seul transit vers l’Europe, a précisé Sergueï Kouprianov, porte-parole de Gazprom. La Russie a attribué à l’Ukraine le blocage des négociations. Elle a même accusé Kiev de détourner 100 millions de mètres cubes de gaz destinés à des clients dans d’autres pays européens.
Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a réagi à ses accusations. Il a indiqué dans un communiqué que la Russie cherche à "déstabiliser l’économie de l’Ukraine", évoquant une décision "irresponsable et déstabilisatrice".
L’Union européenne, qui importe plus du quart de son gaz de Russie, essentiellement via l’Ukraine, s’est dite par la voix de la Commission européenne, "préoccupée" par la tournure prise par les événements. Cependant, le président ukrainien Viktor Iouchtchenko a déclaré que le transit vers l’Europe n’avait pas été affecté par cet arrêt. Il a annoncé également qu’il allait demander à son homologue russe Vladimir Poutine de faire revenir le groupe Gazprom, contrôlé par l’Etat, à la table de négociations.
Par ailleurs, quatre ministres de l’Energie des pays de l’UE (France, Italie, Allemagne et Autriche) ont écrit samedi à Moscou et à Kiev pour demander à ce que les approvisionnements de gaz à l’Union européenne ne soient pas perturbés par cette crise. L’UE qui a d’ailleurs prévu une réunion de crise de ses responsables du secteur énergétique le 4 janvier pour débattre de la situation. La Pologne a indiqué avoir été touchée par la coupure de gaz mais sans conséquences pour les consommateurs polonais, l’Autriche a annoncé une baisse de 18% de l’approvisionnement en assurant que les réserves de gaz pourraient compenser ce déficit et la Slovaquie a enregistré une baisse de pression. En Allemagne, le premier importateur de gaz EON Ruhrgas a assuré qu’il continuait à recevoir le gaz russe "sans difficulté" et en France, le ministère de l’Industrie s’est dit "relativement confiant et serein". Cette interruption des livraisons à l’Ukraine, qui correspond à 120 millions de mètres cubes par jour, découle du refus de Kiev d’accepter que le prix du gaz russe qui lui est livré passe de 50 dollars les 1.000 m3 à 230 dollars en 2006, pour rattraper le niveau du marché international.
De nombreux experts, dont le conseiller économique du président russe Poutine Andreï Illarionov, qui a démissionné la semaine dernière en dénonçant "l’autocratie", voient dans le geste russe une tentative d’affaiblir l’administration pro-occidentale du président ukrainien Iouchtchenko à l’approche de législatives en mars prochain. Cette crise du gaz survient au moment où la Russie prend en charge pour 2006 la présidence tournante du G8 (Groupe des huit) pour la toute première fois. Une crise de l’approvisionnement risquerait d’entraîner les prix à la hausse à travers l’Europe, où ils sont déjà prêts de leurs niveaux records, étant alignés sur les cours du pétrole.

Ghita Lamrani
(AFP et AP)

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