Avant que la grande crise ne pointe son dard et terrasse de nombreux secteurs économiques en France, Nicolas Sarkozy avait développé un discours à l’égard des syndicats et des partenaires sociaux qui en dit long sur l’importance qu’il accorde à leurs capacités de mobilisation et de nuisance. Animant un grand meeting de l’UMP en juillet 2008, le président de la République avait voulu donner l’exemple de sa totale maîtrise des ressorts du dialogue social : «La France change beaucoup plus vite et beaucoup plus profondément qu’on ne le croit… Désormais, quand il y a une grève en France, Personne ne s’en aperçoit».
A cette période, le duo, Nicolas Sarkozy à l’acclamation et Xavier Bertrand à la manœuvre, avait totalement séduit les centrales syndicales. Leurs leaders se transformaient malgré eux en interprètes de la pensée et la démarche sarkozystes qui ose brandir la Réforme comme l’antidote indispensable à l’immobilisme.
Les effets de la crise économique et les multiples plans sociaux dans de nombreux secteurs qui augmentent considérablement le nombre de chômeurs, ont obligé les centrales syndicales à sortir de leur paralysie et à en radicaliser d’autres. Nicolas Sarkozy et à l’occasion d’un mouvement social du syndicat Sud-rail, qui a fermé une grande gare parisienne, a littéralement explosé : «Je ne peux pas accepter qu’une organisation syndicale irresponsable casse le service public et bafoue l’intérêt des usagers du service public en fermant la 2e gare de France sans prévenir personne». Cette charge de Nicolas Sarkozy contre un syndicat lui a valu une accusation de la part d’Olivier Besancenot, le jeune leader de l’extrême gauche de vouloir «criminaliser le mouvement social».
Conséquences de la crise et des grandes inquiétudes qu’elle provoque, le mouvement syndical français, sans exception, s’est mobilisé pour réussir la journée de protestation parfaite, le jeudi noir pour beaucoup.
A décoder l’attitude de l’Elysée, consigne semble avoir été donnée de pas exciter davantage le taureau. Pas de déclarations incendiaires qui provoquent ou qui narguent. Une attitude d’humilité pour voir d’abord l’ampleur de la mobilisation avant de positionner son discours. Mais Nicolas Sarkozy reste ferme dans sa volonté d’aller de l’avant dans ses réformes : «Je dois voir tout ça avec sang-froid, avec calme, réfléchir, ne pas décider en fonction de ce qui est écrit dans le journal, ni de celui qui crie le plus fort (…) Il faut à la fois que nous soyons ouverts au dialogue, à la concertation, à l’écoute et en même temps qu’on soit déterminé. Si on doit écouter tous ceux qui se plaignent, à l’arrivée, je vais faire comme beaucoup d’autres avant moi, pas grand-chose».
Ce à quoi, le leader de la CGT, Bernard Thibault dont le syndicat semble avoir repris de la vigueur, répond avec une menace à peine voilée : «Le gouvernement doit prendre la mesure de ce qui va se passer (…) . Il ne peut pas considérer que c’est uniquement un mauvais moment à passer ou une angoisse qu’il est légitime d’exprimer».
Outre qu’elle intervient dans un contexte économique morose, cette journée de protestation nationale du 29 intervient alors que l’opposition incarnée par Martine Aubry veut se réapproprier les préoccupations de la rue. Sans toutefois être en tête du cortège.
Explication de Benoit Hamon, porte-parole du PS qui veut être «l’interprète des mécontents» : «on n’est pas dans une logique de substitution aux syndicats pour additionner comme un mille-feuille les revendications». Réflexions finement traduites par une Martine Aubry plus subtile que jamais : «Nous sommes dans l’opposition. Vous croyez qu’on va aller se coucher jusqu’en 2012 en attendant les élections ?»
Du degré de mobilisation des syndicat dépendra la leçon à tirer de cette grande journée nationale.









