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La réconciliation piétine en Algérie

© D.R

Le dernier discours du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, n’a fait qu’augmenter le scepticisme qui règne sur la scène sociale et politique algérienne. Après l’échec du projet mort-né d’amnistie générale, Bouteflika a voulu sauver la mise en l’excluant du référendum prévu en septembre prochain. Mais sa maladresse lui vaudra un véritable effet boomerang.
Les familles des victimes de la guerre civile ont jugé qu’une telle décision serait insuffisante pour garantir la réussite de tout processus de réconciliation nationale.
Dans son discours, le président algérien avait marginalisé les victimes des années sombres qu’avait connues l’Algérie. Ce peu de place accordée aux victimes du terrorisme a été déploré par Keltoum Zinou, veuve d’un journaliste assassiné et ex-porte-parole d’une organisation antiterroriste (CNOT).
«Le président n’a pas eu de considération pour les victimes du terrorisme, pour les femmes violées, les enfants qui ont vu leurs parents égorgés», a-t-elle résumé dans un entretien accordé au quotidien Liberté d’Algérie. «Ce qui m’a le plus choqués, c’est la façon et la désinvolture avec lesquelles le président a annoncé l’amnistie qu’il va accorder aux terroristes islamistes assoiffés de sang », a-t-elle ajouté.
Pour elle, le fait d’effacer toutes les peines contre les chefs islamistes à l’étranger serait injuste. «Aussi avant d’arriver à l’amnistie et à un projet de charte, il faut d’abord que le président demande aux terroristes de demander pardon publiquement aux Algériens qui ont été victimes de cette barbarie islamiste », a-t-elle déclaré.
Selon le quotidien El Watan, l’association Somoud des familles des victimes enlevées par les groupes armés islamistes, l’Association nationale des familles des disparus (ANFD) et SOS disparus ont été unanimes à rejeter la proposition de Bouteflika. C’est un pacte de l’impunité, s’est indigné Somoud. L’association a estimé que les espoirs des familles se sont dissipés après le discours de Bouteflika. «Nous avons suivi avec attention le discours. Il ne nous a pas donné l’espoir que nous attendions, concernant les droits des victimes enlevées par les groupes armés islamistes. Par contre, il nous a donné le sentiment d’injustice », souligne un communiqué de l’association repris par El Watan. L’organisation a indiqué qu’avec cette décision, l’amnistie générale et l’impunité sont imposées aux familles sous le chapeau de la réconciliation nationale et la paix auxquelles aspirent tous les Algériens.
De son côté, la présidente de l’ANFD a qualifié la proposition de Bouteflika d’une vente concomitante, dans une déclaration à l’El Watan. « Le président nous propose de transcender la douleur par l’oubli. C’est inconcevable pour les familles des victimes. On ne peut pas tourner la page avant de l’avoir lue», a-t-elle lancé. Pour elle, les criminels doivent répondre de leurs crimes devant la justice. «Le projet de réconciliation est un précédent grave. Que le président ait le courage de faire la lumière sur le problème. Les familles ne peuvent faire de concessions et accepter l’impunité pour les assassins », a-t-elle ajouté. Le parti du Front des forces socialistes (FFS) a, pour sa part, qualifié le discours de Bouteflika de «messe stalinienne». Selon eux, ce projet de réconciliation nationale serait une prime à la violence.   
Pour le plus vieux parti de l’opposition, Bouteflika a livré un discours propre aux despotes qui tentent de combler leur immobilisme politique et surtout leur envie pathologique de se maintenir au pouvoir par des mesurettes sans aucune incidence néfaste sur la nature du régime. Selon le FSS, ce référendum a pour objectif la domination de la société par les élections. Le FFS a relevé également dans sa déclaration l’absence de mesures portant sur la libération du champ politique. «Les mesures contenues dans le projet de Bouteflika représentent plus un consensus de sérail que les aspirations démocratiques», a déclaré le parti. 

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