C’est «l’indépendance» énergétique qui hante l’esprit de l’Administration américaine et les trusts pétroliers. La production de l’or noir est en chute continue aux Etats-Unis. Une dépendance plus accentuée est prévue pour les prochaines vingt années. Les prévisions sont alarmantes pour un produit stratégique. Les compagnies américaines doivent énormément investir aux Etats-Unis pour revenir à la situation ayant prévalu à la fin du siècle dernier. Elles ont besoin, d’abord, de garantir l’approvisionnement des sociétés américaines, sans lequel la régression, voire la décadence américaine, est assurée. Un approvisionnement à des prix avantageux. Bush, conscient de la gravité de la chose, est prêt à aller en guerre pour cette cause décisive. Le pétrole saoudien ne peut éternellement faire l’affaire. Ses coûts sont excessifs à cause du périple à faire pour son acheminement aux Etats-Unis.
Le passage par le Détroit d’Ormuz ou par le canal de Suez (des foyers incertains et d’hostilité à l’Amérique de Bush à cause de l’attitude de Washington) revient plus cher et n’est pas aussi sûr que le transit son acheminement par la Turquie (unique pays démocratique, à côté d’Israël, aux yeux de l’Amérique) vers la Méditerranée. Ce qui arrangerait amplement les autres pays occidentaux…
Seulement, entre Ryad et Istanbul, il y a … Baghdad. L’Irak dispose de réserves pétrolières abondantes et similaires à celles de l’Arabie Saoudite. Pourquoi ne pas tenter de se les approprier et de faire d’une pierre trois coups ?
Renverser Saddam Hussein et mettre à sa place un régime soumis aux exigences américaines, d’une part. Marginaliser l’allié politique qui commence à vouloir avoir des ailes politiques et un prétendu soutien au «terrorisme», d’autre part. Avorter l’émergence d’une puissance économique (ou politique) arabe dans la région qui pourrait jouer au trouble-fête contre la domination américaine. Voilà, schématiquement mais objectivement, les considérations stratégiques américaines. Deux obstacles majeurs se dressent sur le chemin de Bush : les Palestiniens d’Arafat et Saddam Hussein. Ils sont déclarés comme des ennemis à abattre, coûte que coûte. Le partage des tâches, avec l’allié stratégique, est déjà fait. Ariel Sharon se chargera des Palestiniens, Bush s’occupera de Saddam, tout en prêchant la paix entre Arabes et Israéliens. Le reste de la région se mettra au pas. D’où l’appui américain à la politique de liquidation de la résistance palestinienne, au nom de la lutte contre le «terrorisme». Les deux actions dérangent énormément les pays «amis» de la région. Tout particulièrement l’Egypte et l’Arabie Saoudite. Remède : une pression politique accrue sur elles. Et préparer la cassure.Car, politiquement, Washington ne semble plus tabler sur la pérennité de ses alliances actuelles.
En témoignent les prises de becs avec Ryad et Le Caire et les chantages sur les «droits de l’Homme» et la lutte contre le «terrorisme». A côté de la création de différends régionaux interarabes. La devise «diviser pour régner» s’avère payante. Et, à tour de rôle, les récalcitrants sont dans l’oeil du cyclone. Israël, armé jusqu’aux dents, est là, sur le qui vive… pour empêcher toute remise en cause de la domination américaine.
• Mohamed Khalil








