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L’armée US prend pied dans le Golfe

Les inspections s’intensifient en Irak. Elles concernent aussi bien des sites civils que militaires. Les experts en désarmement de l’ONU, dont le nombre ne cesse d’augmenter, avoisinent la centaine, se rendent surtout dans des installations irakiennes soupçonnées par les services secrets américains, britanniques et israéliens de produire des armes prohibées.
Dans l’environnement immédiat de l’Irak, au Qatar, les Américains ont officialisé leur présence militaire en signant un accord avec les dignitaires de cet Emirat. Il leur est désormais permis de développer les installations de leur base d’Al-Udeid qui accueille des soldats et contient les plus grands dépôts de matériel américain dans le Golfe. Le Qatar abrite aussi une base avancée du commandement central américain.
Depuis lundi, l’armée américaine y organise des manoeuvres, «Internal Look», qui se veulent une répétition générale d’une attaque programmée contre l’Irak. Au Koweït, l’armée américaine prend solidement pied dans des bases disséminées à travers le désert et multiplie les manoeuvres aux portes de l’Irak. Elle s’entraîne de jour comme de nuit à des tirs réels. Les camps militaires américains ont poussé comme des champignons dans le désert. Le Quartier Général de la troisième armée américaine, qui contrôle les troupes en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Asie centrale, est domicilié au Koweït depuis la guerre d’Afghanistan. Le Koweït est considéré comme un pays du front en cas de guerre avec l’Irak. Les Koweïtiens ne font pas mystère de leur volonté de contribuer à renverser Saddam Hussein auquel ils n’ont jamais pardonné l’invasion de leur pays.
Cependant, certains Irakiens se sentent pris entre le marteau américain et l’enclume irakien et craignent les représailles de Bagdad. Sans nommer personne, le régime irakien dénonce les pays du Golfe qui accueillent les bases et les manoeuvres américaines.
Au chapitre des spéculations, le président égyptien évalue à 50% le risque d’une guerre et considère que ce serait une catastrophe. Hosni Moubarak estime qu’un conflit sera «une catastrophe pour tout le monde». «La colère et la tension» sont à leur maximum dans la région. «Il faut comprendre que toute le Moyen-Orient peut s’enflammer. Nous avons traversé trop de guerres, rien de bon ne peut en sortir», souligne-t-il. Par ailleurs, de nombreux experts militaires pensent qu’il n’aura servi à rien à l’Irak d’inonder les Nations Unies de documents pour soutenir qu’il ne possède pas d’armes de destruction massive, tant la détermination des Etats-Unis de déposer par la force Saddam Hussein paraît inébranlable.
À ce sujet, Washington a rejeté les critiques qui l’accusent d’avoir volé le Conseil de Sécurité en s’appropriant de façon indue la déclaration irakienne alors qu’elle venait d’arriver au siège de l’ONU. Agissant sur un autre front, l’Administration américaine presse le Conseil de Sécurité de réviser d’ici le 20 décembre la liste des produits autorisés à l’importation par l’Irak dans le cadre du programme «pétrole contre nourriture». Parmi les interdits réclamés par Washington figurent le système de navigation globale par satellite, de l’équipement audiovisuel, des simulateurs de vols et des vaccins, ainsi que certaines composantes touchant aux missiles. La France a fait savoir son opposition à plusieurs demandes américaines, dont celles relatives à des produits servant à soigner les victimes de la maladie du charbon et des attaques cardiaques. Paris rappelle que le «programme pétrole contre nourriture» est destiné à alléger les souffrances du peuple irakien en lui permettant de se procurer des médicaments et des biens à usage humanitaire avec ses revenus pétroliers.
Enfin, pour compliquer davantage une situation déjà fort complexe, l’administration Bush assure disposer d’informations selon lesquelles un groupe lié à al-Qaïda possède une arme chimique livrée récemment par Bagdad. L’armement en question concerne l’agent neurotoxique VX, qui aurait transité clandestinement par la Turquie. Il s’agirait de la première acquisition, connue, par al-Qaïda d’une arme non conventionnelle autre que du cyanure.

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