Monde

Le correspondant du figaro devant la justice

© D.R

Une nouvelle répression à l’encontre de la liberté d’expression en Algérie. Désormais, le président algérien Abdelaziz Bouteflika n’hésite pas à persécuter les journalistes. Cette fois ci, c’est le correspondant du journal «Le Figaro» à Alger, Arezki Aït-Larbi, qui en est la victime. Il a été convoqué, mercredi, devant le tribunal correctionnel d’Alger Sidi M’hamed  pour répondre d’une affaire de diffamation. Le procès a été reporté au 23 mai en raison de l’absence du plaignant. Cette affaire est qualifiée de caduque par «Le Figaro», puisqu’elle remonte à plus d’une douzaine d’années». Le quotidien français avance même que cette poursuite est incompréhensible : «Pour avoir tenté de faire son métier, Aït-Larbi, également, correspondant en Algérie du journal «Ouest-France» se retrouve, aujourd’hui, victime d’un imbroglio kafkaïen». Alors que reproche-t-on au juste à ce journaliste ? Selon le journal français, le fait faisant l’objet de la poursuite en justice remonte à 1994. En cette année-là, Aït-Larbi avait publié un article sur les conditions carcérales au pénitencier de Tazoult-Lambèze. Et faisant rapportant les faits, le journaliste a explicitement mis en cause le directeur de l’application des peines au ministère de la Justice, Abdelkader Sallat.
Trois ans après la publication de l’article, le mis en cause porte plainte pour diffamation. Le juge d’instruction prend acte de la plainte et délivre un mandat d’arrêt contre Arezki Aït-Larbi. Pourtant, dans ce cas précisément, souligne le journal français, une simple convocation serait suffisante. Plus que cela, le journaliste algérien n’est même pas informé. Ce n’est que l’an dernier où il apprend le verdict. Et ce, au moment où la police a bloqué le renouvellement de son passeport qui ne lui a été restitué que six mois plus tard à la suite d’une pétition.
Une mise en liberté immédiate du journaliste a été prononcée par la magistrate en charge du dossier, après avoir fait état de la mise en exécution du mandat d’arrêt au moment où Aït-Larbi s’apprêtait à se rendre en France, jeudi dernier. La décision de la magistrate a été violée purement et simplement, puisque le journaliste a été transféré à la prison de Serkadji, où il a été écroué avant d’être libéré quelques heures plus tard, rapporte «Le Figaro».
Pour ce dernier, il est légitime de se demander, à en juger de la situation, s’il s’agit là d’une procédure d’exception ou s’il fallait l’interpréter comme étant «un simple dysfonctionnement d’une bureaucratie aussi pesante que tatillonne», ou plutôt comme un règlement de compte politique lié à sa couverture du récent procès du milliardaire Rafik Khalifa. Dans cette affaire «emblématique de la corruption des élites dirigeantes» en Algérie, Arezki Aït-Larbi mettait en cause, avec documents à l’appui, divers responsables de premier plan, précise la publication. Et de souligner, en conclusion, que «la presse libre a la vie dure en Algérie» et que depuis 2005, pas moins de 18 journalistes ont encouru des peines d’emprisonnement dans divers procès en diffamation. Arezki Aït-Larbi assimile, pour sa part, son arrestation à un viol de son droit à la libre circulation. Une arrestation et une entrave d’autant plus injustifiables qu’il y a prescription des faits, en plus de la double amnistie (mai et juillet 2006) accordée par le président Abdelaziz Bouteflika pour les journalistes condamnés pour des délits de presse. Cette nouvelle affaire vient de prouver le contraire.

Leïla Hallaoui (avec agences)

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