Le Soudan est en proie à une guerre civile qui perdure. Depuis son indépendance en 1956, ce pays n’a jamais connu la paix. Ce conflit permanent est à la fois religieux, économique, ethnique et géographique. Une multitude de tribus, parlant des dialectes difficiles à recenser dans leur totalité et pratiquant plusieurs religions, n’arrivent pas à coexister sur un même territoire hérité de la colonisation britannique. Ce pays est aujourd’hui dans le collimateur, puisqu’il est sous le coup d’un embargo, décrété par les Etats-Unis depuis 1997, qui pénalise toute société investissant au Soudan et que son opposition bénéficie d’importants fonds.
Les Occidentaux, qui protègent d’abord leurs intérêts, exigent que soient organisées des élections libres au Soudan. Mais, est-ce bien raisonnable de vouloir faire croire que les blocages majeurs que connaît ce pays trouveront leur solution dans les urnes? Le Soudan pose un problème bien particulier. En partant des critères les plus évidents de la prospérité, c’est-à-dire le revenu par habitant et l’espérance de vie, ce pays a connu une prospérité tout à fait remarquable à l’époque du colonialisme et est en faillite depuis son indépendance. Il a franchi les derniers stades de la misère humaine dont l’illustration la plus criarde est cette guerre civile sans fin.
Mai, il ne faut pas s’y tromper. Les raisons ethniques et religieuses ne suffisent pas à expliquer, à elles seules, cette dérive. C’est le mauvais exercice du pouvoir, par les gouvernements militaires et civils qui ont régenté le Soudan depuis l’indépendance, qui en est le facteur déterminant.
Que peut-on faire pour les Soudanais ? On est tenté de répondre rien. Après tout, ils auraient pu faire de leur pays le grenier de l’Afrique. Au contraire, leurs richesses ont fini dans les comptes offshore de leurs gouvernants. Pour les défenseurs des droits de l’Homme par contre, on n’a pas le droit de leur tourner le dos. Ce serait abandonner des millions d’être humains à leur triste sort. Ce serait aussi menacer la paix et la sécurité dans le monde : Un Etat en faillite devient rapidement un Etat voyou livré aux terroristes, aux blanchisseurs d’argent sale et aux aventuriers de tout accabi. Il faut vraiment se demander si la communauté internationale a le droit de ne pas réagir face à ces gouvernements qui infligent en toute impunité des souffrances à leur peuple et hypothèquent l’avenir de leur pays. C’est sur ce terrain que doit se situer le débat sur les ingérences extérieures dans les affaires des Etats.








