Dans le cas irakien, c’est bien la première fois qu’une administration américaine déclare ouvertement vouloir un changement de régime au Moyen-Orient. Jusqu’à présent, les Etats-Unis étaient partisans du principe du statut quo dans cette région. Ils justifient leur revirement par l’obligation de défendre les droits de l’Homme que leur dicte leur statut de première puissance mondiale. Peut-on rejeter un discours qui milite pour la démocratisation des Etats et l’émancipation des Peuples ? Autrement dit, peut-on condamner la politique belliciste américaine sans passer pour autant pour pro-régime irakien ? En dépit de quelques résistances, il est difficile de dissocier l’opposition à la politique de l’Administration Bush et le jugement que l’on se fait du régime de Saddam Hussein.
N’était le déficit dont pâtit l’image des Etats-Unis, notamment à cause de leur alignement sur Israël, le monde arabe, aussi bien celui des élites que de la rue, apporterait son soutien à la volonté de Washington de lutter contre les dictatures, à commencer par celle qui sévit en Irak.
Au sein des mondes arabe et musulman, la soif de changement est telle que seul l’alignement systématique de l’Exécutif américain sur Tel-Aviv empêche leurs peuples de soutenir massivement tout changement venu de l’étranger, a fortiori s’il est initié par Washington.
Autre paradoxe, les Etats-Unis appellent à la démocratisation par les urnes. Or, ce sont les partis islamistes, foncièrement opposés à ce mode de gouvernement, qui profitent des élections. Certes, ces partis n’ont rien à voir avec Oussama Ben Laden, mais ils restent néanmoins très hostiles au modèle américain et à ce que propose l’Administration américaine à l’humanité, une opposition particulièrement virulente au Moyen-Orient. Les progressistes, et tous ceux, parmi les Arabes et les Musulmans, qui s’identifient à la déclaration universelle des droits de l’Homme, sont ainsi confrontés à une contradiction majeure : tout en étant fondamentalement démocrates, ils rejettent catégoriquement l’approche américaine. Il faut en être conscient pour mieux communiquer avec une Administration qui a fait de la démocratisation du monde arabe et musulman une priorité.
Il faut peut-être aussi admettre qu’en allant au fond des choses, l’on se rend compte finalement que c’est aux Arabes et aux Musulmans, aux Irakiens eux-mêmes, de changer leur vécu, sans interférence étrangère aucune.








