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Périscope : Indifférence coupable

Les rebelles ivoiriens sont furieux de l’attitude de la France qu’ils accusent de prendre parti pour le pouvoir central. Ils soupçonnent Paris d’outrepasser son mandat, de s’ingérer dans les affaires intérieures ivoiriennes et de participer à une guerre qui n’est pas la sienne. La France, qui donnait jusqu’ici l’impression d’observer de loin les Ivoiriens s’entretuer, s’est subitement impliquée dans ce conflit en empêchant les rebelles de conquérir de nouveaux territoires.
Les responsables français croient fermement que ce conflit n’a pas de solution militaire et qu’il faudrait impérativement passer par un partage du pouvoir entre les antagonistes, y compris tous ceux qui ont été exclus arbitrairement du jeu politique. Officiellement, les légionnaires français sont présents en Côte d’Ivoire pour protéger les ressortissants français qui y vivent encore. Mais leur mission sur le terrain semble prendre actuellement une tout autre direction et une plus grande ampleur. Même ses effectifs sont appelés à doubler à très court terme. La France, en tant qu’ex-puissance coloniale, n’a pas d’autres choix que de s’impliquer davantage pour essayer de sauver ce qui peut encore être sauvé dans ce pays dévasté.
La Côte d’Ivoire est au bord du précipice. Trois mois après le début des troubles, le bilan est catastrophique et toute indifférence serait coupable. Paris garde en outre des intérêts économiques majeurs en Côte d’Ivoire, un pays qui constituait l’un des rares pôles de stabilité en Afrique. La France veut donc légitimement s’y dédouaner politiquement tout en évitant que le piège ivoirien ne se referme sur ses troupes. Mais, avec son héritage colonial, elle n’aura jamais le beau rôle. Loin de faire cesser ce conflit sans nom, une intervention étrangère trop marquée pourrait rendre la guerre civile ivoirienne encore plus inextricable. La position française est d’autant plus inconfortable qu’elle suscite la méfiance dans les deux camps.
Dans ces conditions, ce pays est bien parti pour continuer à être, pour longtemps, la victime de l’appétit insatiable des seigneurs de la guerre ivoiriens et étrangers qui n’ont aucun intérêt à une solution négociée. Même les voisins ne sont pas enclins à l’optimisme. Ainsi, un journaliste d’Ougadougou n’hésite pas à écrire à propos de ce pays : « La crainte est là que nul ne puisse éviter aux Ivoiriens de fêter Noël et le Nouvel An dans l’enfer. Pas même speedy Villepin, qui nous avait pourtant habitué à résoudre les problèmes africains en un tour de passe-passe ».

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