Monde

Périscope : Vision néolibérale

Trois explosions contre des cibles américaines et occidentales ont été perpétrées à Riad par des kamikazes liés au réseau Al-Qaïda. Les trois explosions sont des opérations-suicides sans précédent en Arabie saoudite, pays d’origine d’Oussama Ben Laden. Des sentiments antiaméricains ne cessent de s’accentuer dans le royaume après l’invasion de l’Irak et l’alignement systématique de l’Administration Bush sur les positions israéliennes face aux revendications légitimes palestiniennes.
Dès la fin de la guerre en Irak, l’Administration américaine a multiplié les promesses de changement au Proche-Orient. Leur message est on ne peut plus clair pour signifier que les règles du jeu ont changé. L’impulsion en provenance des Etats-Unis vise à restructurer le monde arabe et inciter les pays qui le composent à s’adapter à l’économie du marché dans le cadre d’une vision néolibérale qui revient en force. Les Américains leur demandent, en outre, d’intégrer le processus de relance des négociations de paix au Proche-Orient. Désormais le vent souffle dans une nouvelle direction, dans cette région.
La dernière proposition de George Bush de faire du Proche-Orient un grand espace de libre-échange va dans ce sens : ce qui, initialement, était conçu comme une dynamique de démocratisation des pays de la région s’est transformé en une vision de libéraliser les économies de ces pays appelés à se reconvertir à l’économie du marché, après que la leur a été durant longtemps d’essence dirigiste.
Cela suppose un contexte politique stable. Or, les parties prenantes dans cette région hautement sensible n’ont pas de discours convergents, ce qui complique énormément l’installation d’une pax americana fiable et durable, notamment à la lumière du processus de paix israélo-palestinien, un dossier absolument prioritaire.
Concernant ce volet, la tournée proche-orientale de Colin Powell était axée sur la «feuille de route», le plan du Quartette pour faire aboutir ce processus. Le refus, même poli, d’Ariel Sharon et la déception des Palestiniens annoncent déjà ce que va être la suite du processus. La déception palestinienne vient du refus du secrétaire d’Etat américain de communiquer la position d’Ariel Sharon concernant cette « feuille de route ». Il est inouï qu’on puisse demander à l’Autorité palestinienne d’appliquer ce plan de paix, et réduire les violences, sans que le gouvernement israélien ne déclare s’il accepte cette «feuille de route». On est réduit donc à conclure que la tournée de Colin Powell n’est qu’un exercice de relations publiques et que les Arabes doivent attendre des jours meilleurs.