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Taya, l’homme de tous les coups

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En 1984, Ould Taya arrive au pouvoir après un coup d’Etat éclair perpétré contre son compagnon d’armes et ami, le  Colonel Mohamed Khouna Ould Haiddallah qui était, en déplacement à l’étranger. Les Mauritaniens qui le découvraient alors sur les ondes de la télé nationale, fraîchement créée, ne lui donnaient pas longtemps sur un fauteuil présidentiel qui, en six ans, de 1978 à 1984, a vu une incroyable sucession de candidats. Les Nouakchottois s’accordaient quand même à dire que ce colonel avait «la baraka». En mars 1981, alors qu’il était numéro deux du régime, il sauvera sa vie de justesse en sautant d’un étage, poursuivi par le feu de putschistes venus de l’étranger.
Son premier discours en tant que président, texte pré-enregistré,  lu en français, au nom du Comité militaire de salut national, un soir de 12 décembre 1984, confortait cette thèse d’un homme calme et même ouvert.
Le nouveau président suspend la  Chariâ, alors en vigueur dans le pays, et entreprend de réduire graduellement l’influence des islamistes. Sous la casquette de ce Saint-Cyrien, la Mauritanie connaît même une ouverture démocratique avec les municipales de 1987. Mais la même année, ce timide colonel de la tribu des Semassides, qui n’avait pas encore achevé sa tournée dans les principales villes et patelins dans le pays,  connaît son premier baptême de feu :  un groupe d’officiers du sud du pays, tente  de le renverser. Sa réaction ferme achève désormais de le présenter aux yeux des mauritaniens comme un président de faible tempérament. Trois condamnations à mort sont prononcées après cette première entreprise déjouée à la dernière minute. Deux années après ces événements, la Mauritanie connaît une crise ouverte avec le Sénégal. Sous le sillage de ces événements tragiques, une vaste campagne d’arrestation des officiers mauritaniens est menée. L’opinion internationale s’émeut. Sous la pression, le régime vire vers le multipartisme. Un référendum est organisé dans la hâte.  Des élections pluralistes s’ensuivent, soldées par une victoire de Ould Taya, élu pour six ans avec un score de 60%. Les observateurs internationaux parlent de réussite. Après cette légitimisation, Ould Taya qui avait soutenu Saddam Hussein durant la première guerre du Golfe s’en prend aux Basséristes et aux Nassérienes. Des arrestations en masse dans les milieux de la police et de l’armée, jamais expliquées officiellement.
En vingt ans de règne, Mouauya Ould Sidi Ahmed Taya a échappé à toutes les tentatives de putshs. Méfiant, ce militaire qui a tronqué le treillis pour le boubou ou le costume trois pièces, a toujours su se défaire des influences dangereuses. N’hésitant pas à se séparer de proches devenus encombrants.
Comme l’ancien ministre de l’Intérieur, le Franco-mauritanien,  Gabriel Simpair, limogé brutalement en 1990 alors qu’il était présenté par les médias comme le véritable homme fort du «régime». L’ancien Premier ministre d’avant la tentative du coup d’Etat de juin 2003, Cheikh Avia Ould Mohamed Khouna a aussi payé les frais de l’instinct présidentiel en se faisant limoger sans ménagements. Il en est de même de Ouled Mbarek, conseiller plénipotentiaire, remercié sans préavis en 2003.  Hélas, dans les vastes changements d’homme qu’il a entrepris autour de lui après l’échec de la tentative de putsh de 2003, deux «douilles» n’ont jamais été changées. Mais qui aurait pu soupçonner derrière la loyauté de Ould Abdelaziz, cet aide de camp, qui a joué un rôle moteur dans la pérennisation du régime de Ould Taya, un pourfendeur ?