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Abbas El Fassi : «La nomination de Jettou était finalement une bonne chose car son bilan est excellent»

Abbas El Fassi : «La nomination de Jettou était finalement 
une bonne chose car son bilan est excellent»

ALM : Vos alliés à la Koutla, Ismaïl Alaoui et Mohamed Elyazghi ont retiré leurs candidatures aux élections. Pourquoi vous n’en faites pas de même ?
Abbas El Fassi : Le principe est que l’homme politique se présente aux élections, surtout législatives. On ne peut pas être un homme politique et ne pas avoir la confiance des électeurs. Je me présente à Larache. Je ne me suis pas présenté en 1997 parce que je savais que Driss Basri allait prendre sa revanche sur l’Istiqlal de Me Boucetta qui avait refusé de former un gouvernement en 1994 et dans lequel il n’a pas proposé l’ex-ministre de l’Intérieur. Et comme c’est Driss Basri qui a fait les élections de 1997, on s’attendait à ce qu’il prenne sa revanche et c’est ce qu’il a fait effectivement parce que nous avons été classés à la sixième position alors qu’en juin 1997, pour les élections communales, le Parti de l’Istiqlal était le premier en nombre de voix et en nombre de conseillers communaux.

Quelle appréciation faites-vous du bilan du gouvernement où votre parti est conséquemment représenté ?
C’est un bilan très positif. Je pourrai donner des dizaines de chiffres, mais je m’en tiendrai à deux chiffres qui ont toute leur signification. Le premier est le taux de chômage qui a baissé de 11,1 % en 2005 à 9,7 % d’après le HCP. Deuxièmement, le taux de croissance qui a atteint parfois 8,1 %. On doit également citer les grandes réformes institutionnelles, la Moudawana, le Code de la nationalité, la criminalisation de la torture, l’IER, Diwan al Madhalim… Je veux également faire remarquer que depuis les premières législatives de 1963 jusqu’à celles de 1997, jamais le Maroc n’a respecté la date des échéances électorales. Ou bien on prolongeait la durée de la législature, parfois c’était l’état d’exception et parfois c’était l’absence du Parlement tout court et parfois ce sont des élections anticipées. Pour la première fois, nous allons respecter la date du scrutin et cela date de 2002 sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Avec cet exemple, le Maroc prouve qu’il a choisi la démocratie. Il ne faut pas non plus oublier les performances du tourisme, de l’habitat social, le taux d’analphabétisme qui a significativement baissé, les autoroutes, les routes rurales, la formation, les grands chantiers…

Quelle est la réforme ou le projet que vous auriez souhaité voir aboutir lors du mandat de ce gouvernement ?
Heureusement que nous avons fini par voter les lois relatives à la moralisation de la vie publique avec l’instauration de la déclaration obligatoire du patrimoine. Cela a traîné longtemps et c’est ce gouvernement qui a réussi à débloquer ce dossier. A mon avis, la grande tare reste la corruption et les problèmes de l’indépendance de la justice.

Justement, vous avez été très critique envers la justice et notamment après les poursuites du 8 septembre 2006. Pourquoi ?
La justice est sacrée. C’est elle qui garantit les libertés, la démocratie. Sans l’indépendance de la justice, il n’y aura pas de liberté de presse, ni de libertés individuelles. Dans tous mes discours, je parle de la justice comme je parle de l’exécutif, du législatif. Cela n’a rien à voir avec les élections du 8 septembre 2006 parce que cela a touché tous les partis. Nous avons traîné cela pendant trente ans car, durant cette époque, il y a eu une intervention systématique pour encourager l’argent, certifier les procès-verbaux… Il y a eu d’ailleurs une nette amélioration comme on l’a remarqué lors des législatives de 2002. Personne n’a contesté les résultats. Mohamed Bouzoubaâ est un grand ami et je ne critique pas la personne, mais le pouvoir judiciaire. Allal El Fassi et M’Hamed Boucetta ont toujours évoqué le sujet.

Sinon, êtes-vous rassurés pour le bon déroulement du scrutin du 7 septembre 2007 ?
Cela se passera comme en 2002 ou peut-être un peu mieux. Pour 2002, nous avons dit qu’il y a eu quelques dépassements à Tanger, Salé et Témara.

On dit que vous êtes un ministre d’Etat qui ne fait rien. Qu’y répondrez-vous ?
Je n’ai jamais vu dans l’opinion publique européenne quelqu’un qui critique la création d’un ministère d’Etat. Peut-être que cela se fait ici parce que nous gardons encore cet esprit partisan et sectaire. D’ailleurs, les partis traditionnels qui comprennent ce que c’est qu’un ministre d’Etat n’ont jamais parlé de cette question. C’est le fait d’une presse qui ne connaît pas le rôle d’un ministre d’Etat. D’abord, je suis le seul ministre d’Etat dans ce gouvernement. Ensuite, il y a eu trois ministres d’Etat sans portefeuille dans l’histoire du Maroc et cela a certainement une signification. Chacun donne ses propres interprétations, mais je suis le deuxième membre du gouvernement sur le plan protocolaire. J’assume mes responsabilités dans les Conseils de gouvernement et je suis le premier à prendre la parole après le Premier ministre. J’ai aussi accompli des missions.

Est-ce que les choses sont au beau fixe avec l’USFP et est-ce que vous ne risquez pas de reproduire le même scénario qui vous avait privé, tous les deux du poste de Premier ministre ?
L’Istiqlal a toujours voulu être unificateur. Il y a eu cette scission en 1959 et en 1963 nous avons fait un chemin ensemble, Istiqlal et UNFP au Parlement. En 1970, nous avons fait la Koutla nationale et il y avait quatre personnes de l’UNFP, Feux Abdellah Ibrahim et Bouabid, Mahjoub Benseddik et Mohamed Lahbabi et, pour l’Istiqlal, il y avait Allal El Fassi, Aboubakr Kadiri, M’hamed Boucetta et M’hamed Douiri. Ces huit personnes ont eu des réunions avec Feu Sa Majesté Hassan II pour préparer déjà l’alternance : une nouvelle constitution (1972) et un nouveau gouvernement, mais cela n’a pas abouti. Enfin, il y a eu la Koutla démocratique en 1992 précédée par une coordination entre l’USFP et le PI. Il y a eu un bilan très positif : libération des prisonniers politiques, réintégration des fonctionnaires et salariés licenciés, l’abrogation du Dahir de 1935 qui condamnait les nationalistes et puis il y a eu deux révisions constitutionnelles très importantes en 1992 et 1996 avec toutes les nouveautés et acquis réalisés grâce à la Koutla et Feu Hassan II. Finalement, il y a eu l’alternance qui n’était pas issue des urnes, mais d’un accord entre Sa Majesté le Roi Hassan II et M. El Youssoufi d’une part, et la Koutla d’autre part. Par la suite, il y a eu quelques accrochages. Maintenant, nous nous réunissons presque chaque semaine pour préparer une charte d’honneur pour qu’il y ait une ambiance fraternelle et amicale pendant la campagne électorale. Ensuite pour voir ce que nous pourrons faire en ce qui concerne la nomination du Premier ministre. C’est, selon la Constitution, le Roi qui nomme le Premier ministre, mais on retrouve aussi les traditions démocratiques. Sa Majesté le Roi nomme en général le Premier ministre parmi le premier parti. Bien qu’on en conteste les résultats, c’est Feu Bahnini qui a été nommé Premier ministre en 1963 au nom du FDIC. Ensuite, il y a eu M. Osman même si son parti a été créé quelques semaines après les élections. C’était la même chose avec Feu Maâti Bouabid après les législatives de 1984. Cette tradition a été interrompue en 2002 et les raisons en sont simples. Personne n’avait la majorité, mais si l’USFP avait fait appel à l’Istiqlal, Sa Majesté le Roi aurait nommé un Premier ministre de la Koutla. M. El Youssoufi a eu des consultations avec beaucoup de partis, y compris l’ex-UD de Bouaâzza Ikken, mais il n’a jamais contacté l’Istiqlal. C’est dommage et finalement c’est bien parce que le bilan de Driss Jettou est excellent. M. Jettou est un homme politique qui discute de tous les dossiers. C’est un grand connaisseur de l’économie du pays et donne un intérêt particulier au social. Il connaît ses dossiers.

Cela veut-il dire que vous seriez prêts à faire partie d’un gouvernement dirigé par un Premier ministre sans étiquette politique ?
Maintenant, nous en discutons au sein de la Koutla et il faudra attendre les résultats et la décision royale. A ce moment-là, on aura une réponse.

Etes-vous rassurés quant aux chances de votre parti lors du prochain scrutin ?
Oui. Il y a des indices dans ce sens. Depuis que j’ai été élu secrétaire général, je fais toujours salle comble et personne ne quitte la salle avant la fin de mon exposé. Ensuite, nous avons renforcé ou créé de nouvelles alliances professionnelles : avocats, ingénieurs, médecins, vétérinaires, pharmaciens, architectes, administrateurs… Dernièrement, nous avons reçu cinquante cadres tous diplômés des grandes écoles françaises qui ont rallié le parti. Je pense que nous aurons, lors du prochain scrutin, un peu plus parce que nous avons subi un échec terrible pour la région de Meknès-Tafilalet avec des villes où nous n’avons eu aucun siège. Avec Basri, il y avait des sortes de terra nihilus pour le PI. En 2002, nous avons eu Zaïo, Al Hoceïma, Khémisset avec deux sièges pour la même liste, et Azilal. Basri nous interdisait également le Sahara. Aujourd’hui, nous sommes la première force au Sahara et nous le resterons. Pour les communales de 2003, nous avons été les premiers avec 1,2 million de voix et nous étions les premiers en nombre pour les conseillers communaux avec un total de 3.400. Pour les villes unifiées, nous avons été premiers à Tanger, Casablanca, Fès et Marrakech. Pour les mairies, nous n’avons eu que Fès avec Hamid Chabat parce qu’il n’y a pas eu d’accord, malheureusement, avec l’USFP. Ils se sont montrés très gourmands et ils n’ont voulu discuter que de Casablanca.

Quelles sont vos relations avec le PJD ?
Nous sommes au gouvernement et nous ne pourrons pas avoir de coalition avec l’opposition. Le PJD vote contre la loi de Finances et nous, nous votons pour. Ce serait absurde. Mais j’ajoute qu’effectivement, c’est un parti démocratique qui travaille dans le cadre de la Constitution et de la loi. Je dis également qu’ils ont des cadres valables. L’affaire Chabat-Daoudi est une affaire locale et une affaire d’élections. Hamid Chabat espère être reconduit et le PJD espère avoir la capitale spirituelle du Royaume. C’est de bonne guerre.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du Sahara ?
Je dirai tout d’abord que lorsqu’on est allés négocier avec la France, on n’a pas demandé à Paris quels étaient les territoires qui étaient concernés par les négociations. On n’a pas posé cette question et donc on n’a pas négocié Tindouf qui était territoire marocain. Ensuite, en avril 1956, à Madrid, nous n’avons négocié que le protectorat. Nous n’avons pas négocié Ifni, Tarfaya, Sakia El Hamra et Oued Eddahab. Nos négociateurs, patriotes et de bonne foi, ont choisi la politique des étapes, sauf Allal El Fassi qui a refusé Aix-Les-Bains et qui a dit que nous avions une armée de libération et qu’il fallait continuer la lutte pendant deux ans vu que la France ne pouvait pas affronter le Maroc, l’Algérie et la Tunisie réunis. J’estime que le fait que la communauté internationale, renvoie le dossier, chaque année pendant trente ans, est un point positif pour le Maroc. L’ONU règle beaucoup de dossiers en une ou deux années et cela montre le respect que cette organisation a pour le Maroc. Ensuite, les observateurs notent que l’Algérie choisit l’armement et l’agression alors que le Maroc choisit l’édification et la civilisation. L’état du développement au Sahara est un miracle marocain. Maintenant, on nous a dit de choisir un compromis, ni vainqueurs, ni vaincus. C’est ce que nous faisons et c’est une sortie honorable pour l’Algérie. De toutes les manières, et même s’il n’y avait pas l’affaire du Sahara, il faut élargir les attributions des régions. On ne peut plus tout concentrer à Rabat.

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