ça chauffe… Guerre de tranchées au sein du Mouvement populaire

ça chauffe… Guerre de tranchées au sein  du Mouvement populaire

Que se passe-t-il au sein du Mouvement populaire (MP)? Lahcen Haddad, membre du bureau politique du Mouvement, s’est retiré, dimanche 18 mai 2014, des travaux du Conseil national du parti, en protestation contre des «attaques personnelles» dont il affirme avoir fait l’objet «en raison de sa candidature au secrétariat général du MP».

En effet, organisée à Salé en session ordinaire lors du conseil national du Mouvement populaire pour examiner le rapport politique présenté par le secrétaire général ainsi que le rapport du président du Comité préparatoire du 12è congrès du MP, prévu du 11 au 13 juin 2014 à Rabat, la rencontre a été émaillée de plusieurs incidents, toujours sur fond de confrontations entre plusieurs groupes au sein du même parti.  

Contacté par ALM, Lahcen Haddad est clair : «Je me suis retiré du conseil avant la fin des travaux, parce que certains groupes m’ont visé nommément et se sont attaqués à ma personne. Ceci est inadmissible. C’est non démocratique et non conforme à l’esprit de la Constitution». La cause de ces attaques ? Pour Lahcen Haddad, ce sont des personnes téléguidées par d’autres, plus influentes au sein du parti, qui veulent lui mettre les bâtons dans les roues suite à l’annonce de sa candidature au secrétariat général du MP.

Il l’affirme haut et fort, il est  déplorable «qu’une personne, qui est membre du bureau politique du parti et également ministre, soit attaquée personnellement juste parce qu’elle veut se porter candidate au secrétariat général de sa formation politique». Pour Lahcen Haddad, quitter les travaux de cette réunion ne signifie, en aucun cas, qu’il renonce à briguer le poste  de Secrétaire général du MP.

Conciliant, il veut faire valoir les valeurs de la démocratie au sein de sa formation politique et éviter ce qu’il a qualifié de «comportements oligarchiques» de la part de certains individus qui ont «oublié que le Printemps arabe est passé par là» et que «les archaïsmes dans la gestion politique sont bel et bien révolus dans un Etat de droit comme le Maroc» où seuls la compétence et le travail doivent être «mis en avant dans une équation politique saine». Pour y arriver, Lahcen Haddad compte sur l’intervention de l’actuel secrétaire général du mouvement populaire, Mohand Laenser. Il lui demande d’intervenir pour «mettre fin à ce genre de comportements, faire la lumière sur ces actes et déterminer les responsables qui devraient, le cas échéant, passer en Conseil de discipline».  

Mohand Laenser, contacté à son tour par ALM, est très serein. Il minimise même l’incident en affirmant, sans ambages, qu’il est vrai que Lahcen Haddad a été cité à deux reprises, «mais sur-le-champ je suis intervenu pour  demander que l’on ne fasse pas de cette réunion une occasion de viser personnellement des membres du parti» Mohand Laenser va plus loin. Il insiste sur le fait qu’il est en train de visionner les enregistrements pour avoir toute la visibilité sur ce qui a été dit à l’adresse de M. Haddad. Mais il convient également qu’il est «très difficile lors de ce type de rencontre d’empêcher les gens de parler». En effet, d’autres sources au sein du parti nous ont confirmé qu’il y a eu «plus de 40 interventions». Lors de ces interventions, d’autres  ministres ont été pris à parti nommément, mais «ils n’ont pas quitté la réunion et ont terminé les travaux». Autrement dit, pour certaines voix au sein du MP, Lahcen Haddad «s’agite beaucoup». «Il en fait un peu trop».

Pour quelles raisons ?  Les enjeux sont importants. Lahcen Haddad pense pouvoir tourner la page Mohand Laenser à la tête de la Haraka. Le ministre du tourisme aurait tort de ne pas y croire. Tout est possible en politique. Le jeu des alliances peut faire basculer les données d’un côté, comme de l’autre. Sauf que Mohand Laenser ne l’entend pas de cette oreille. Il est déterminé à ne laisser aucune chance à son rival.

«Je pense que M. Haddad a du soutien, mais je suis convaincu qu’il ne sera pas secrétaire général du parti».  Clair, net et incisif. Lahcen Haddad est tout aussi confiant. Dans le cas contraire, il ne se serait pas lancé dans l’arène harakie dont on connaît les rouages et les jeux d’alliances. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui le défi lancé par Lahcen Haddad a déclenché une guerre larvée au sein du Mouvement. Les partisans de Laenser sont sur le pied de guerre. Ceux de Haddad sont gonflés à bloc et croient en leur chance de mener «le parti vers une nouvelle ère, une nouvelle vision politique, avec plus de clarté, de transparence et de démocratie». Mohand Laenser, de son côté, conclut qu’il est décrit par les siens comme «le moins diviseur».

Il a une carrière politique qui atteste de son poids historique au sein du parti, et son unique «motivation est d’éviter les déchirures au sein du Mouvement populaire». Pas certain qu’avec le bras de fer engagé avec Lahcen Haddad, l’issue soit sans conséquences pour l’un comme pour l’autre. Et surtout pour le parti, qui a besoin de plus de solidité en vue des prochaines Législatives de 2016.

Sensibilités multiples

Halima Assali, Mohamed Ouzzine, Abdelkader Tatou… il n’y a pas que Mohand Laenser et Lahcen Haddad au sein du parti du Mouvement populaire (MP). Les sensibilités sont multiples, mais elles versent toutes vers un point convergent, qui est un malaise au sein du parti. On s’en souvient, une succession d’affaires, pour ne pas dire «scandales» avait émaillé la vie politique marocaine.

En février 2014, on parlait de l’affaire El Guerrouj, Moubdie et le dossier Karima El Mahroug ou encore les prétendus «pots-de-vin» et Halima Assali. Cela en fait trop pour un parti qui est déjà fragilisé face à des ténors comme le PJD, le RNI ou encore l’Istiqlal. Aujourd’hui, le climat n’est pas plus sain. Des divisions sont en train de fragiliser davantage le MP. Zizanie, déclarations contradictoires, guerres intestines pour la prise du pouvoir, conciliabules de coulisses, bref, le MP ne se porte pas très bien. C’est une réalité.

Ce qui d’ailleurs fait dire à son secrétaire général, Mohand Laenser, qu’il est là «pour éviter les déchirures». Il faut dire qu’on en est à un stade plus avancé que de simples frictions. Certains n’hésitent pas à dire que le divorce est consommé entre Lahcen Haddad et une bonne partie des membres du parti qui ne veulent pas de lui comme successeur de Laenser à la tête de leur formation politique. Ce qui veut dire que quelle que soit l’issue de cet imbroglio, Lahcen Haddad a identifié ses ennemis de l’intérieur au sein du parti et que l’avenir est loin d’être serein et de tout repos.

 

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