Emprunt national et sortie internationale : Le gouvernement en course contre la montre

Emprunt national et sortie internationale :  Le gouvernement en course contre  la montre

A trois mois de la fin de son mandat

Un emprunt national pourrait atténuer les effets de la baisse des recettes sachant qu’à court terme, les recettes ne pourront pas retrouver le rythme d’avant la crise sanitaire.

Le compte à rebours de la fin du mandat du gouvernement va bientôt commencer. A quatre mois des prochaines élections législatives, le gouvernement est en véritable course contre la montre pour boucler les derniers projets. Sur le plan financier, deux dossiers sortent du lot. Il y a tout d’abord l’emprunt national mais également la sortie internationale. Deux grandes opérations qui ne pourront pas attendre la formation d’un nouveau gouvernement et qui devront donc avoir lieu bien avant les élections de septembre prochain. C’est le cas notamment pour la grande opération de l’emprunt national qui fait son grand retour après celles des décennies 80 et 90 du siècle dernier. Pour rappel, une disposition glissée par le gouvernement à l’intérieur de la loi de Finances en vigueur actuellement institue une exonération fiscale des intérêts payés aux personnes physiques résidentes qui ne sont pas soumises à l’impôt sur le revenu selon le système de résultat net réel ou simplifié, sur les bons du Trésor émis jusqu’en 2021 et dont les intérêts sont payés en 2021.

Cette opération paraît aujourd’hui comme une bouffée d’oxygène alors que les finances publiques font toujours face à l’impact de la crise sanitaire. Les chiffres sont édifiants. Selon les indicateurs publiés par la Trésorerie générale du Royaume (TGR), la situation des charges et ressources du Trésor dégage un déficit budgétaire de 22,5 milliards de dirhams (MMDH) au titre des quatre premiers mois de cette année contre un déficit de 3,4 MMDH à fin avril 2020. Un emprunt national pourrait atténuer les effets de la baisse des recettes sachant qu’à court terme, les recettes ne pourront pas retrouver le rythme d’avant la crise sanitaire.

Le choix de l’emprunt est également dicté par l’ambition du gouvernement de se financer moins sur le marché domestique pour éviter l’effet d’éviction causé par l’Etat envers les entreprises et les investisseurs. Mais il y a un revers de la médaille. L’Etat risque de concurrencer le secteur bancaire et attirer les capitaux en raison des taux qui seront offerts par le gouvernement. Un arbitrage gouvernemental est donc attendu. L’autre dossier concerne la sortie internationale. Si le Maroc a su tirer son épingle du jeu au cours des deux dernières années, la situation est en train de changer.

Les agences de notation internationale ont revu à la baisse la note souveraine. Mais ce n’est pas ce point qui commence à donner matière à réflexion pour les responsables et dans les sphères de décision. C’est plutôt le choix de poursuivre les sorties internationales alors que le pays compte un matelas de devises plutôt correct. Faut-il effectuer une sortie sans garantie sur les taux qui seront offerts par les investisseurs étrangers? Plus loin encore, quel sera l’impact sur la dette en devise pour le pays? Les responsables devront trancher très vite concernant ces dossiers mais le temps commence à presser. Entre la fin de son mandat et les vacances estivales, l’Exécutif devra très vite prendre les bonnes décisions et au bon moment.

Creusement

Les finances publiques continuent de souffrir des effets de la crise sanitaire. Dans ce sens, le déficit du Trésor s’est aggravé au mois d’avril dernier avec un écart de 22,5 milliards de dirhams contre 3,4 milliards de dirhams relevé au même mois de l’année précédente. Un déficit qui tient compte d’un solde positif de l’ordre de 12,8 milliards de dirhams dégagé par les comptes spéciaux du Trésor et les services de l’État gérés de manière autonome. De même, les indicateurs des finances publiques au titre du mois d’avril font ressortir des recettes brutes en baisse de 12,3%. Pour ce qui est des dépenses ordinaires émises, elles ont bondi de 5,4% alors que les engagements de dépenses représentent pour leur part un taux global de 40% contre 39% une année auparavant s’élevant ainsi à 219,9 milliards de dirhams.

Devises

La politique proactive adoptée par les pouvoirs publics a permis d’atténuer les effets de la pandémie sur les avoirs officiels de réserve.
Les réserves internationales du pays devraient ainsi se situer à fin 2021 à 310,3 milliards de dirhams, ou l’équivalent de 6 mois et 25 jours d’importations de biens et services, et se renforceraient à fin 2022 à 318,6 milliards ou 7 mois d’importations de biens et services. Ces prévisions prennent en compte bien évidemment les flux prévus du financement extérieur du Trésor sans oublier bien évidemment les investissements étrangers et les transferts des Marocains du monde. Il faut préciser par ailleurs que le pays conserve également plus de deux milliards de dollars issus de la LPL (Ligne de précaution et de liquidité) auprès du Fonds monétaire international (FMI). Pour rappel, le Royaume avait procédé le 7 avril 2020 à un tirage sur la LPL pour un montant équivalent à près de 3 milliards de dollars américains, remboursable sur 5 ans, avec une période de grâce de 3 ans.

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