Le Sahara marocain, au cœur des fondements de l’Etat-Nation

Le Sahara marocain, au cœur des fondements de l’Etat-Nation

Le Sahara, aux racines de l’Etat marocain

Par Sidi Mohammed Biedalah
Diplomate marocain

Le Sahara marocain a toujours eu un rôle déterminant dans la formation de la Nation et de l’Etat marocains.
Le premier Etat marocain – à peine né – est déjà attiré par le Sahara. Idris II, “véritable organisateur du premier Royaume Chérifien du Maroc”, conduisit “une de ces plus fameuses expéditions… chez les Masmouda (812-813)” dans le Haut Atlas, au sud de l’actuelle ville de Marrakech (Encyclopédie Berbère).
La Dynastie Almoravide naquit d’un compromis entre Yahya Ben Ibrahim, chef de Sanhaja du sud, tribu saharienne, et Abdullah Ben Yasin, «Fqih» du nord du Maroc.
Depuis lors, un processus ininterrompu, inébranlable et immuable nourrit les liens souverains de l’allégeance – la Béia, ce pacte éternel entre le Roi et le peuple – qui unissent les Sultans et Rois du Maroc aux tribus sahariennes.
Les Saâdiens consolidèrent ce rôle fondamental du Sahara au sein du Maroc, surtout à partir du règne du Sultan Ahmed El Mansour Eddahbi.
La Dynastie Alaouite, dont l’ancêtre, Moulay Ali Cherif, est descendant du Prophète Sidna Mohammed, vit le jour à Sijilmassa en 1631, suite à l’allégeance de confréries sahariennes.
Le Sultan Moulay Ismaël a consacré la proximité de la Dynastie Alaouite avec les tribus sahariennes. Ainsi, les liens du Maroc avec son Sahara se singularisent-ils par le fait que la Famille Royale est descendante en ligne directe de Lalla Khenatha bent Bekkar al-Maghfiria, mère du Sultan Moulay Abdellah.
Le Sultan Mohammed IV, quant à lui, instaura et présida une Haute Cour Spéciale, composée de soixante-dix juristes et un juge, pour statuer sur un contentieux épineux et épuisant entre les Rgueibat et Tajakant relatif au contrôle d’aires de pâturage à Saqiya al Hamrâ, Hamada et Zemmour.
Durant la période coloniale, le Sahara marocain “fut un point stratégique pour l’occupation du Maroc,… Il fut aussi le dernier bastion et le refuge des dernières résistances «nomades» les plus redoutables” (Alioune Traoré, Cheikh Ma El Aïnin ou la dernière résistance saharienne (1831-1910)).
De la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, les tribus sahariennes ont combattu farouchement les expéditions militaires françaises et espagnoles, comme ce fut le cas dans les Batailles d’Adrar, en 1908, et de Smara, en 1913, et n’ont baissé les armes qu’en 1934, lors de «Malga la H’kama».
A cela s’ajoute la résistance qui fut menée par Cheikh Ma El Aïnin qui prêta allégeance aux Sultans Moulay Abderrahmane (1860), Hassan Ier (1890) et Moulay Abdelaziz (1904).
D’ailleurs, le Sultan Moulay Abdelaziz n’a pas hésité à envoyer en mission, et ce en 1905, son oncle Moulay Idriss au Sahara pour diriger la résistance nationale contre la colonisation espagnole.
Sous les auspices de Feu Sa Majesté le Roi Mohammed V, que Dieu ait Son âme, l’Armée de Libération marocaine du Sud, dont la principale ossature a été composée de vaillants combattants de toutes les tribus sahariennes, reprit la lutte armée contre l’occupant et restaura l’autorité du Makhzen sur tout le Sahara marocain. En effet, le drapeau national a été hissé dans les principales villes du Sahara, notamment Laâyoune, Dchira et Smara, qui ont été le théâtre de grandes batailles contre l’occupant espagnol (Bataille de Dchira).
En représailles, les forces coloniales françaises et espagnoles, coalisées pour l’occasion, menèrent, en 1958, une riposte disproportionnée et meurtrière, connue sous le nom de l’«Opération Écouvillon».
Feu Sa Majesté le Roi Hassan II, que Dieu ait Son âme, marqua à jamais le cours de l’Histoire par la Marche Verte, pacifique, du 6 novembre 1975, à laquelle ont participé, dans la joie et la liesse populaire, 350.000 citoyennes et citoyens marocains, volontaires, et de nombreux étrangers, amis du Royaume.
Cette épopée permettra au Maroc de récupérer définitivement ses Provinces du sud et de parachever, ad vitam æternam, son intégrité territoriale et son unité nationale.

Le Sahara marocain, repère structurant dans la destinée du Maroc

Parmi les expressions de l’exercice direct, effectif et continu de la souveraineté du Maroc sur son Sahara, se trouve «la voie Lamtuni» -Trig Lamtuni, en dialecte Hassani-, artère principale par laquelle s’exerçait le commerce transsaharien du VIIIe siècle à la fin du XIXe siècle, et dont la construction initiale remonte à 1354, quand Aderrahmane Ibn Habib, descendant de Okba Ibn Nafiâ, réalisa “toute une ligne de puits jalonnant la route caravanière des oasis du Mont Bani (Anti-Atlas) à Audagost en Mauritanie orientale” (Michel Abitbol, Histoire du Maroc).
«Trig Lamtuni» relie les points suivants : Oued Noun (Nul Lamta), Zag, l’actuelle ville de Zag où des palmiers et l’unique forêt d’arganiers au Sahara, exhibe jalousement la marque indélébile de cet historique itinéraire, El Farsiya, aux sources de Saqiya al Hamrâ, Tindouf, Ain Bentili, Bir Moghrein, Anajjim, Bir Taleb et Jraif.
Il existe également une ramification côtoyant l’Atlantique : Oued Noun, Tarfaya, Foum Chebika, Saqiya al Hamrâ, El Msid, Jerifia, Tiris, Zoug.
Cette route caravanière joignait les capitales impériales du Maroc (Sijilmassa, Fès, Marrakech et Meknès) et les ports d’Essaouira et Safi avec l’Afrique sahélo-saharienne (Mauritanie, Sénégal, Mali, Niger et Tchad), et ce en traversant le Sahara – cette “autre Méditerranée”, comme la nommait l’historien français, spécialiste de Mare nostrum, Fernand Braudel.
L’historiographe portugais Valentim Fernandes, qui consigna la «découverte» des côtes atlantiques du Sahara marocain, Cabo Bojador en 1434 et Rio do Ouro en 1435, reconnut que “Dans toute cette région occidentale, il n’y a d’autre Roi ni quelqu’un qui s’appelle Sultan que le Roi de Fès ”(António Baião. O Manuscrito de Valentim Fernandes).
Cette «Découverte» permit, par ailleurs, de démystifier la «mer des Ténèbres», l’océan Atlantique, et enclencha le processus de globalisation (João Paulo Oliveira e Costa. Descubrimento e as marcas da globalização. Revista National Geographic).
Le Voyageur Ali Bey, de son vrai nom Domingo Jordi Badia y Leblich, écrit dans son ouvrage «Voyages de Ali Bey El Abassi en Afrique et en Asie pendant les années 1803 à 1807» que “de la province de Sous et de Tafilelt, il part fréquemment des caravanes qui traversent le grand désert en deux mois de temps pour se rendre au Ghana et à Tombouctou ”.
Ali Bey, qui fut surpris par le climat de sécurité qui prévalait dans cette route au point que le voyageur pouvait transporter avec lui, sans trop de soucis, des sacs remplis d’or, nota que “le culte au Maroc est plus simple et mystique” par rapport à celui pratiqué dans les autres contrées musulmanes.
De La Chapelle écrit dans «Hespéris, Tome XI, 1930» que «Trig Lamtuni» permit l’initiation des tribus sahariennes à ce que “nous appellerions aujourd’hui Makhzen”. “La Seguiet el Hamra, dont la légende fait depuis la plus haute antiquité la «terre des saints», apparaît comme le point central du Sahara de l’ouest ; région de cultures et de pâturages, au moins les années pluvieuses, elle est en outre au point de contact de la zone du cheval et de celle du chameau, et elle est la porte du Maroc. ”

Le Sahara marocain a, toujours, été partie prenante du Maroc

Le Sultan almoravide, Abou Bakr Ben Omar, emprunta «Trig Lamtuni» en 1061.
Angel Domenech Lafuente écrit dans son livre «Algo sobre Rio de Oro» que le Sultan Mohammed Cheikh Saâdi “à une date postérieure à 1557, (…) traversa Saguia Hamra à la tête de 1.800 cavaliers. ” – D’ailleurs, depuis l’expédition (Harka) du Sultan Mohammed Cheikh, ce prestigieux prénom demeure fréquemment emprunté, jusqu’à ce jour, dans les Provinces du sud-.
Le Sultan Ahmed Al Mansour Saâdi consacra cette route transsaharienne en tant que point nodal dans la gestion des flux humains, économiques et culturels entre le Maroc et l’Afrique sahélo-saharienne. Le 16 octobre 1590 (16 Dhou Al Hijja 998), il “passa par le Haut Atlas, les oasis Tissint, Tata, les Ksours de Assa «où sont enterrés 366 Saints», traversa Oued Drâa, puis il prit «Trig Lamtuni», Gueltat Zag, Betana, Farsia, Mebtoul, Erg Iguidi, et creusa sur son chemin de nouveaux puits …”.
A Saqiya al Hamrâ, le Sultan Al-Mansour Saâdi eut une rencontre, auréolée de prestige dans la tradition saharo-hassanie, avec Sid Ahmed Rgueibi, ancêtre des Rgueibat ; premier contact direct entre le Sultan et le chef de tribu d’un ensemble tribal naissant (XVe – XVIe siècle), et qui se pérennise, depuis au Sahara marocain.
Le Sultan Ahmed Al Mansour “lors de sa marche vers le sud, campa près du puits de Haouza (près de l’actuelle ville de Es-Smara), … L’attitude bienveillante du Sultan – sortant jusqu’à la porte de sa tente de campagne pour accueillir le marabout (Sid Ahmed Rgueibi) – conforta ce dernier”, précisa Domenech Lafuente.
Nonobstant la partie fiction/réalité dans la légende -mythe fondateur des Rgueibat –du présent de Sid Ahmed Rgueibi au Sultan Saâdi, “ des sacs remplis de sables qui se convertirent par miracle en or pur ”, l’histoire retient l’autorisation du Sultan aux Rgueibat d’étendre leur aire de pâturage de Drâa à Adrar et de «Trig Lamtuni» à l’Atlantique ; “une aire de pâturage qui pourrait couvrir 600.000 km2” (Pierre Bonte. La Saqiya al Hamrâ. Berceau de la culture ouest-saharienne. p. 161).


Le Sultan Moulay Ismail choisit souvent «Trig Lamtuni» pour mener ses multiples expéditions souveraines au Sahara marocain.
Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu L’assiste, a redonné au Sahara marocain la plénitude de sa vocation naturelle.
Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu Le préserve, œuvre pour que le Sahara marocain retrouve sa place naturelle et historique ; celle de charnière entre le Maroc et sa profondeur africaine.
Le désormais historique nouveau programme du développement des Provinces du Sud, de plus de 80 milliards de dirhams (8 milliards de dollars), participe de l’importance primordiale que le Souverain accorde à ce tournant géostratégique, et qui se distingue par de grands travaux : stations de dessalement de l’eau de mer, barrages et retenues collinaires, périmètres agricoles, autoroute Tiznit-Dakhla, port atlantique de Dakhla, sites d’énergie éolienne et solaire, CHU de Laâyoune, Technopole de Foum el Oued, pôles logistiques et industriels, ainsi que les aéroports internationaux de Laâyoune et Dakhla.
Cet ambitieux programme dont la gouvernance est, d’ailleurs, assurée par une élite politique et managériale autochtone, lauréate de l’école et de partis politiques marocains, ressuscitera le rôle de vecteurs d’échange et d’interaction entre le Maroc et les autres pays de l’Afrique, que les populations sahariennes ont toujours su nourrir.
Il s’insère dans la Vision Royale Globale qui fait, d’ores et déjà, du Royaume du Maroc un partenaire stratégique d’une Afrique nouvelle, comme en témoignent les successives tournées africaines réalisées par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, et le niveau de coopération du Maroc avec l’Afrique subsaharienne : Le Maroc est le 2ème investisseur en Afrique, et dont les investissements sont accompagnés d’un programme de formation et d’échange de bonnes pratiques.
Il s’agit, en fait, d’un co-engagement solidaire et pragmatique qui croit en l’Afrique de demain, celle qui a réalisé 25 années de croissance économique continue.
L’interruption de cette croissance par la Covid-19 n’est que momentanée, étant donné les énormes potentialités africaines : une population jeune, des ressources naturelles et hydriques abondantes, un sol vierge et riche et une nouvelle génération de dirigeants compétents et décomplexés.
La future zone de libre-échange africaine (ZLECAF), l’une des plus grandes du monde, redonne un regain d’intérêt à cette prometteuse dynamique.
L’ouverture, au début de l’année 2020, de 10 consulats généraux africains dans les Provinces du Sud (6 à Laâyoune, 4 à Dakhla) est une preuve supplémentaire, qui témoigne de cette forte volonté politique de coopération intra-africaine gagnant-gagnant, s’inscrivant dans la Vision stratégique de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu Le glorifie, à l’égard de la coopération du Maroc avec les pays africains au sud du Sahara.
Ce programme de développement permettra au “Sahara marocain de se positionner comme un pôle économique intégré. Appelé à servir de trait d’union entre le Maroc et sa profondeur africaine, il s’affirmera comme une plaque tournante pour les relations entre les pays de la région.” (Discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI du 6 novembre 2017,42ème anniversaire de la Marche Verte).

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