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Mustapha Mansouri : «Nous sommes prêts à travailler avec tout le monde»

ALM : Pourquoi tardez-vous à dévoiler votre programme pour les élections législatives 2007 contrairement aux autres partis de la majorité ?
Mustapha Mansouri : Au RNI, et au-delà de toute considération d’ordre purement électoral, nous sommes moins soucieux de la date de l’annonce du programme du parti que de la pertinence et de la qualité de celui-ci. Il ne faut pas perdre de vue aussi que le parti vient de sortir des échéances internes qui l’ont mobilisé pendant un bon moment. Au terme de ces échéances, nous avons pris le temps qu’il faut pour affiner notre programme de manière à en faire un véritable pacte qui nous engage vis-à-vis des citoyens, car nous sommes conscients que toute présentation hâtive du programme risque d’être hasardeuse pour la nouvelle politique que nous sommes en train de développer pour réconcilier nos compatriotes avec la politique et remettre à celle-ci, par là même, ses lettres de noblesse. De surcroît, la dynamique de la démocratie interne créée au sein du parti, lors du dernier congrès national, nous impose de sortir un programme concerté et largement débattu au niveau des instances du parti. Mais n’empêche que je peux annoncer dès à présent que les mots d’ordre qui nous ont guidés dans la préparation de notre programme sont la responsabilité, le réalisme et la crédibilité. Ceci dit, le voile sera levé, en détail, sur notre programme dans les très prochains jours et il ne manquera pas, je dois vous l’assurer, d’apporter des réponses claires aux grands défis auxquels nous devons faire face en matière d’emploi, d’éducation et de formation, de santé, de développement économique et social, d’environnement et de développement rural entre autres.

Sinon que proposez-vous en ce qui concerne le volet économique et l’emploi ?
Sur le plan économique, nous oeuvrons pour mettre en place une véritable politique volontariste mettant à profit les atouts de notre pays et ses avantages comparatifs et qui ne sont pas des moindres d’ailleurs. Notre programme agira dans trois sens, notamment la poursuite des efforts de renforcement d’un cadre macroéconomique favorisant une croissance économique soutenue et génératrice d’emploi, la mise en œuvre d’une approche sectorielle focalisée sur les moteurs de croissance et le développement d’une approche transversale ciblée sur l’intégration progressive du secteur informel dans le secteur formel, la réforme de l’administration et de la justice et l’aménagement du territoire. En matière d’emploi, l’accent sera mis, comme je viens de le préciser, d’abord sur un cadre macroéconomique favorable à l’emploi, sur l’encouragement de l’initiative individuelle et la promotion de l’investissement privé, l’appui à l’employabilité, à la valorisation des compétences et à la capacité d’adaptation. Ce sont là, je tiens à le préciser, quelques principes qui fondent notre programme, toutes les mesures de concrétisation de ces principes seront formalisées dans un cadre que je qualifie personnellement d’un Agenda global national pour l’emploi

Pour ce qui vous concerne directement, avez-vous le sentiment du devoir accompli à la tête du ministère de l’Emploi ?
Tout être humain qui s’est mis pendant fort longtemps à la disposition de ses concitoyens, en passant en revue ce qu’il a pu réaliser avec eux, serait tenté d’avoir cette satisfaction du devoir accompli. Je suis de ceux qui, à la fin de chaque mission, puisent dans l’expérience vécue juste l’élan qu’il faut pour aller vers d’autres missions confiant et serein. Autrement dit, au-delà de la satisfaction que je peux tirer de mon bilan, celui-ci m’encourage toujours à poursuivre ma légende personnelle qui est celle de servir le mieux possible mon pays.

On affirme que les résultats de projets pilotés par votre département comme «Moukawalati» n’ont pas été au rendez-vous. Qu’en est-il ?
Laissons parler les chiffres, ils sont objectivement plus édifiants et instructifs. Les différents projets lancés dans le cadre des Initiatives de l’emploi ont pour objectif d’insérer 200.000 demandeurs d’emploi à l’horizon 2008. Nous en sommes à fin mai 2007 à 53.000 insertions dans le cadre du seul programme «Idmaj». Faut- il le rappeler, la moyenne annuelle de création d’emploi se chiffre à 208.000 postes d’emploi. La pertinence des choix et des mesures convenues de façon concertée n’est donc pas à démontrer. Prétendre le contraire c’est faire un procès injuste à la capacité d’imagination et d’innovation de tous les acteurs qui ont contribué à la conception de ces mesures. Concernant le programme «Moukawalati», le nombre de projets agréés jusqu’à fin juin ne dépasse pas 715 entreprises. Ce bilan reste, certes, en deçà des attentes. Mais au-delà du nombre de projets et des difficultés techniques qui peuvent expliquer une telle performance, c’est la faisabilité du concept lui-même qui nous parait plus importante. En fait, à travers ce programme, on cherchait d’abord à convaincre les demandeurs d’emploi de leur capacité à entreprendre, à s’auto prendre en charge en les connectant avec leurs ressources internes, car nous voulons rompre définitivement avec l’ère où nos jeunes ne voient la voie du salut que dans la fonction publique. A-t-on réussi ce défi ? Un seul critère permet d’en juger : l’intérêt que le programme a suscité auprès de ceux qu’il ciblait, à savoir les jeunes qui ont osé proposer des idées de projets. Le chiffre de 10.000 jeunes inscrits à fin juin, et dont 8950 sont présélectionnés, est édifiant à ce sujet.

Certains milieux affirment que le RNI n’arrive pas à trouver ses marques. Où pourrait-on exactement classer votre parti ?
C’est tout simplement une affirmation, pour ne pas dire une assertion, erronée et dénuée de tout fondement. Les repères identitaires et le projet de société tant revendiqués par le parti depuis sa création sont sans équivoque ; et ce n’est pas aujourd’hui que tous les autres partis, tant de gauche que de droite, sont en quête d’un support idéologique à leur revirement vers le centre où se positionne notre parti depuis bientôt 30 ans qu’on pourrait lui reprocher, à tort, de ne pas encore trouver ses marques. En effet, le parti a, dès sa création, fait siennes les valeurs démocratiques et n’a cessé en tant que parti centriste de prôner un projet de société fondé sur les principes et les valeurs de la démocratie sociale. Notre parti, tout en s’inspirant de nos valeurs ancestrales tirées de notre patrimoine islamo-amazigho-arabe, a également adhéré, dès le départ, aux valeurs de la modernité, de la liberté et des droits de l’Homme.

On parlait, avant votre 4ème congrès national, de l’éventualité d’une alliance avec le PJD. Qu’en est-il à l’état actuel des choses ?
Je l’ai souvent déclaré, le RNI a de très bonnes relations avec l’ensemble des acteurs politiques au niveau national. C’est l’une de ses caractéristiques et de ses points forts. En principe, nous sommes prêts à travailler avec tout parti politique qui partage notre vision et notre démarche. Notre dogme, s’il en est un, c’est la mise à contribution de toute force politique qui pourrait s’engager avec nous sur des objectifs précis répondant aux attentes des citoyens.
Mais comme nous faisons partie de la majorité actuelle avec laquelle nous avons accompli des réformes importantes valant droit de cité au Maroc à l’échelon international, nous aurions souhaité aller de l’avant dans l’accomplissement de notre œuvre avec les mêmes formations politiques. Mais si les urnes en décident autrement, nous restons ouvert à toute éventualité.

Comment imaginez-vous la carte politique du Parlement après les élections du 7 septembre ?
Il serait très osé de ma part d’avancer une quelconque configuration avant le verdict des urnes. Mais je peux, pour ne pas omettre de répondre à votre question, m’aventurer en disant qu’il n’y aurait pas de ras-de-marée et que tous les grands partis seraient relativement bien représentés au Parlement, bien qu’aucun d’entre eux n’aurait la majorité absolue.

Ministre, président de commune et chef de parti, devriez-vous absolument briguer un mandat de député à Nador ?
Ces différentes responsabilités ne sont pas incompatibles. Bien au contraire, elles ont un seul dénominateur commun: se sacrifier pour servir sa région, son pays et ses compatriotes. Je suis toujours mû par cet esprit de servir. Les relations de confiance que j’entretiens avec celles et ceux que je sers me réconfortent de façon continue dans cette conviction. J’ai toujours été à leur écoute et je le resterai. Je n’aurai jamais la satisfaction du devoir accompli que vous avez évoquée si je dois me résigner un jour à répondre à leur sollicitude.


Bio express

Mustapha Mansouri évolue dans le RNI depuis près de vingt-cinq ans. L’actuel président du parti a de ce fait un long parcours de militant RNI derrière lui, notamment en tant qu’élu local, régional et aussi parlementaire. Il est député et président du conseil municipal d’Al Arroui (province de Nador). A 54 ans, Mustapha Mansouri a déjà chapeauté plusieurs ministères. Actuellement ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, il a auparavant été nommé Ministre du Transport et de la Marine marchande (1998-2000), puis ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Energie et des Mines (2000-2002), et plus tard ministre de l’Emploi, des Affaires sociales et de la solidarité (2002- 2004). Politicien certes, Mustapha Mansouri est aussi un académicien. Il est professeur universitaire à Rabat depuis 1981.

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