Le RNI dévoile à Fès le premier engagement de son programme pour les prochaines échéances avec une priorité affichée : Protéger durablement le revenu des ménages face aux chocs économiques
Tournée nationale : Au-delà des annonces elles-mêmes, c’est une certaine conception de l’État social qui apparaît en filigrane. Une conception davantage fondée sur la protection ciblée des ménages et sur des mécanismes permanents d’amortissement des chocs économiques.
Après plusieurs mois de préparation, le Rassemblement national des indépendants a commencé à lever le voile sur les grandes orientations de son futur programme. C’est depuis Fès que le parti a choisi de lancer une nouvelle tournée nationale durant laquelle seront présentés progressivement les principaux engagements qui structureront son offre politique pour les prochaines années.
Pour cette première étape, le choix n’a rien d’anodin. Le parti a placé la question du pouvoir d’achat au sommet de ses priorités en dévoilant un premier engagement intitulé « Protection durable du pouvoir d’achat ». Une thématique qui s’inscrit dans le prolongement naturel des grands chantiers sociaux engagés ces dernières années, mais qui cherche également à répondre à une interrogation devenue centrale dans de nombreux pays : comment protéger de manière pérenne les revenus des ménages dans un monde marqué par des crises de plus en plus fréquentes et imprévisibles ?
Car au-delà des annonces elles-mêmes, c’est une certaine conception de l’État social qui apparaît en filigrane. Une conception davantage fondée sur la protection ciblée des ménages et sur des mécanismes permanents d’amortissement des chocs économiques.
Coller à l’inflation
La mesure la plus structurante concerne sans doute le soutien social direct.
Le parti propose d’institutionnaliser un mécanisme de protection automatique du pouvoir d’achat des bénéficiaires des aides sociales à travers un dispositif directement lié à l’évolution de l’inflation. Une première.
Concrètement, lorsque la hausse des prix dépasserait un seuil prédéfini, un mécanisme d’ajustement automatique pourrait être activé afin de préserver le niveau réel des aides versées aux ménages concernés.
Et l’enjeu est loin d’être marginal. Aujourd’hui, près de 4 millions de familles bénéficient du soutien social direct, soit environ 12 millions de Marocains, dont plus de 5,5 millions d’enfants.
La mesure traduit incontestablement une évolution importante de la philosophie des politiques sociales. Là où l’État intervenait traditionnellement de manière ponctuelle pour faire face aux crises, l’objectif est désormais de mettre en place un véritable « stabilisateur social » capable de fonctionner automatiquement lorsque les conditions économiques l’exigent.

L’immense défi du secteur informel
La deuxième mesure proposée, elle, cible une population souvent difficile à intégrer dans les dispositifs classiques de protection sociale : les travailleurs du secteur informel.
Pour ceux-là, et là aussi il s’agit d’une première en matière de politique sociale, le programme du RNI prévoit la création d’un mécanisme d’épargne simplifié soutenu par l’État permettant aux travailleurs concernés de constituer progressivement une réserve financière. Une telle épargne serait destinée à faire face aux imprévus de la vie courante mais aussi, à plus long terme, pourrait constituer un complément de retraite.
Au-delà de l’aspect financier, cette mesure cherche à répondre à une problématique plus large : celle de la vulnérabilité économique de millions d’actifs qui ne disposent ni des mécanismes de protection traditionnels ni des garanties offertes par l’emploi formel.
Le chantier sensible des salaires
Troisième pilier sous cet engagement de « la protection durable du pouvoir d’achat » : les revenus du travail.
Le parti annonce ainsi son intention de poursuivre la dynamique d’amélioration des rémunérations, lancée activement depuis fin 2021, à travers une révision du salaire minimum légal dans l’industrie, le commerce, les services et l’agriculture.
L’un des objectifs affichés consiste à poursuivre le rapprochement entre le SMAG agricole et le SMIG appliqué dans les autres secteurs.
Le programme évoque également une amélioration des pensions de retraite, une progression du salaire moyen et une accélération de l’intégration de l’emploi dans le secteur formel.
Ce volet touche directement au cœur de la question du pouvoir d’achat puisqu’il ne s’agit plus seulement de soutenir les revenus par des transferts mais également d’agir sur les revenus eux-mêmes.
Un signal en direction des classes moyennes
La quatrième mesure s’adresse plus particulièrement aux classes moyennes.
Le dispositif prévoit l’introduction d’un crédit d’impôt pouvant atteindre 5.000 dirhams par enfant et par an pour contribuer au financement des dépenses de scolarisation.
Présentée comme un complément aux réformes engagées dans l’enseignement public, notamment à travers les établissements pionniers, cette mesure vise à offrir davantage de marges de manœuvre aux familles dans leurs choix éducatifs.
L’éducation représente en effet l’un des premiers postes de dépenses de nombreux ménages urbains.
En ciblant ce poste budgétaire, le parti cherche manifestement à répondre à une préoccupation largement partagée par les classes moyennes marocaines.
Vers une nouvelle génération de politiques sociales
Pris séparément, chacun de ces dispositifs répond à une problématique spécifique : inflation, précarité, revenus du travail ou coût de l’éducation.
Pris ensemble, ils dessinent une orientation plus large.
Le premier engagement du programme présenté à Fès traduit la volonté de faire évoluer progressivement l’État social marocain vers une logique davantage préventive que corrective.
Autrement dit, il ne s’agit plus seulement d’intervenir une fois la crise installée mais de mettre en place des mécanismes capables d’en amortir les effets avant qu’ils ne se traduisent par une dégradation du niveau de vie des ménages.
Reste désormais à connaître les autres engagements qui seront dévoilés lors des prochaines étapes régionales de cette tournée nationale. Car si le pouvoir d’achat constitue le premier pilier présenté, le programme complet entend également aborder les questions liées à l’emploi, à la mobilité sociale, à l’investissement et à la poursuite de la transformation du modèle économique et social du Royaume.
Une chose apparaît néanmoins déjà clairement: le RNI vient d’annoncer la couleur en faisant de la question du pouvoir d’achat l’une des principales batailles qu’il compte engager et l’un des principaux terrains de débat des prochaines échéances politiques.









