Société

Abderrahim Harouchi : «65 % des mendiants sont professionnels»

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ALM : Vous venez de lancer le programme national de lutte contre la mendicité à Rabat. En quoi consiste ce programme ? Quelles sont les actions qui seront menées sur le terrain pour lutter contre ce phénomène ?
Abderrahim Harouchi : Au préalable, il faut distinguer deux types de mendicité. La mendicité par nécessité et la mendicité professionnelle. Le programme de lutte mis en œuvre vise surtout la mendicité professionnelle. D’ailleurs, 65% des mendiants appréhendés lors de la campagne lancée à Rabat s’adonnent à ce type de mendicité.
Le programme de lutte contre la mendicité consiste en une approche globale intégrée fondée sur trois volets distincts ; un volet social, un volet judiciaire et un volet communicationnel.
L’approche sociale consiste en l’insertion des mendiants, après une enquête menée par des assistantes sociales. Cette insertion peut prendre deux formes : familiale par la prise en charge institutionnelle, et socio-économique, surtout pour les mendiants par nécessité pour lesquels le ministère octroie une aide en vue de leur permettre de développer des activités génératrices de revenus.
L’approche judiciaire fondée sur l’application des dispositions de la loi à l’égard des mendiants professionnels isolés ou exploitant autrui (enfants, personnes âgées et personnes handicapées) et, bien évidemment, des réseaux de mendiants constitués à cet effet.
Concernant l’approche communicationnelle, elle vise la sensibilisation du citoyen marocain au rôle important qu’il doit jouer dans la lutte contre ce phénomène.
Cette approche cible également les mendiants pour les inciter à abandonner cette activité qui porte atteinte d’abord à leur dignité et, ensuite, à l’image du Maroc.
Dans ce cadre, le ministère a lancé une campagne radio en juillet 2006 sur les ondes de la radio nationale et les radios régionales ainsi que sur Médi I. Un spot télévisé est en cours de préparation.

Comment mettez-vous en œuvre vos actions sur le terrain ?
Pour les actions qui seront menées sur le terrain, il s’agit d’une mise en œuvre progressive et pérenne. Progressive, parce qu’elle s’attaque aux points noirs au niveau des villes de Rabat et Casablanca. Pérenne, parce qu’il ne s’agit pas d’une campagne conjoncturelle, mais d’un processus engagé dans la durée.
Il faut noter que ce processus de lutte repose sur l’interpellation des mendiants par des unités d’assistance sociale composées, en plus des éléments de la sûreté nationale et des forces auxiliaires ainsi que d’une assistante sociale. Les mendiants appréhendés en flagrant délit sont transférés vers un centre social (Ain Atiq à Rabat et Tit Mellil à Casablanca). Il sera alors procédé à une enquête sociale dont les résultats détermineront la suite à donner au cas de chaque mendiant appréhendé.

Quels sont les partenaires qui participent à la mise en œuvre de ce programme d’action ?
La stratégie de lutte contre la mendicité est élaborée et mise en œuvre en collaboration entre le ministère du Développement social, de la Famille et de la Solidarité, le ministère de l’Intérieur, par le biais des wilaya de Rabat et de Casablanca, le ministère de la Justice, l’Entraide nationale, les collectivités locales et des associations qui interviennent dans le volet de l’insertion socio-économique.

Ce plan a été élaboré en 2004. Pourquoi avez-vous pris un tel retard pour le mettre en œuvre ?
Il faut rappeler ici que la stratégie de lutte contre la mendicité a été finalisée courant 2006. La préparation minutieuse de cette stratégie a nécessité la mise en forme de procédures et du temps : enquête réalisée à Rabat, mise à niveau des deux centres cités précédemment, constitution et formation des équipes spécialisées dans la lutte contre la mendicité et, enfin, acquisition des véhicules de ramassage. Les actions qui ont démarré en novembre 2004 ont porté essentiellement sur la signature de 37 conventions avec des associations pour intervenir dans le volet de l’insertion socio-économique.

Après Rabat, quelle sera la prochaine étape ?
Après Rabat et Casablanca, il est prévu d’initier le même processus au niveau de cinq autres villes, à savoir Tanger, Meknès, Fès, Marrakech et Agadir. Par ailleurs, le ministère procédera dans un proche avenir à la présentation des résultats de la première véritable enquête nationale sur la mendicité, qui est en cours de réalisation.

Quel est le budget alloué par votre ministère à ce programme ?
Le budget alloué au programme vient des contributions des différents partenaires, que j’ai précédemment cités, ainsi que de l’INDH.
Dans le cadre de ce programme, le ministère du Développement social, de la Famille et de la Solidarité a mobilisé une enveloppe financière de l’ordre de 10.000.000 de dirhams environ, couvrant essentiellement le volet de l’insertion socio-économique.

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