Enseignement supérieur
L’Université Ibn Zohr (UIZ) change de capitaine. À 60 ans, Nabil Hmina, docteur en sciences pour l’ingénieur (Université & École Centrale de Nantes), arrive aux commandes de l’établissement avec un profil rare : ex-président de l’Université Sultan Moulay Slimane (2018-2022), vice-président d’Ibn Tofaïl, directeur de l’ENSA Kénitra, coordonnateur national d’APOGÉE depuis 2005, président de la commission supérieure des équivalences (2019-2022).
Côté science, Nabil Hmina a dirigé le laboratoire Génie des systèmes (2012-2020) et aligne 2 brevets, 4 livres, 8 chapitres, 122 articles indexés et 18 thèses dirigées. Bref, un «ingénieur des systèmes» qui connaît l’université de l’intérieur.
Gouvernance numérique et transparence
Son premier chantier sera sûrement : fiabiliser la chaîne scolarité-examens-diplômes. Le déploiement intégral d’APOGÉE et d’un système d’information intégré doit réduire les délais, sécuriser les dossiers et objectiver les décisions. L’enjeu n’est pas technologique mais opérationnel : services en ligne sans rupture, traçabilité de bout en bout, indicateurs partagés (taux de réussite, délais de délivrance des attestations, saturation des salles). C’est la condition d’une université lisible pour 150.000 inscrits et 22 établissements répartis sur cinq régions du Sud.
Employabilité : Passer du diplôme à l’insertion
Malgré une économie régionale plurisectorielle, trop peu de diplômés décrochent un emploi. Les chiffres Anapec parlent : près de 15.000 demandes par an pour 6.000 à 7.000 offres seulement. Le mandat du professeur Hmina sera ainsi jugé à l’aune d’une réponse concrète : licences professionnelles et masters co-construits avec les entreprises, alternance et stages cadrés, certifications complémentaires (langues, soft skills, numérique), centres carrière actifs et foires de recrutement multi-sites. À court terme, des objectifs d’insertion par filière et des tableaux de bord publics donneraient le ton.
Carte des formations : Cohérence et équité territoriale
Avec 22 établissements, l’UIZ est une université-territoire. Il faut éviter la dispersion en concentrant l’ouverture de nouvelles filières sur les besoins avérés des bassins d’emploi du Sud. Cela implique une planification pluriannuelle des habilitations, la mutualisation d’unités d’enseignement transverses (numérique, entrepreneuriat), et des campus connectés pour garantir la même qualité de service à Agadir, Laâyoune, Dakhla ou Guelmim.
Recherche & innovation : De la production à la valorisation
Le pédigrée scientifique de Nabil Hmina plaide pour un saut d’échelle : regrouper les équipes autour de plateformes thématiques visibles, passer des projets ponctuels à des programmes pluriannuels, accélérer la valorisation et renforcer l’incubation. L’objectif : faire de la recherche un levier de création de valeur et non un simple indicateur comptable.
Vie étudiante : Le service au quotidien
Logement, transport, restauration, sport, inclusion numérique : la qualité de vie sur des sites éloignés est un facteur d’égalité des chances. Standardiser les prestations de base, digitaliser les procédures d’aide, mesurer la satisfaction et publier les résultats : autant de marqueurs rapides d’un changement de culture orienté usager.
Qualité et accréditation : Passer au contrat d’objectifs
Cette démarche doit se traduire par des audits réguliers et des plans d’amélioration assortis de cibles mesurables. Contrats d’objectifs avec les composantes, évaluation périodique des maquettes, rationalisation administrative : la qualité devient un processus, pas un événement.
Partenariats : Jouer collectif
La massification impose de coordonner avec l’OFPPT, les régions et les branches professionnelles. L’UIZ peut devenir la plateforme de référence pour la formation tout au long de la vie, les micro-crédits universitaires et les passerelles courtes, au service des transitions numériques, énergétiques et touristiques qui structurent le Sud.
Les 100 jours pour imprimer la méthode
Trois signaux rapides sont attendus : publication d’un plan d’action chiffré (employabilité, qualité de service, recherche), mise en ligne d’un tableau de bord public et charte de services, lancement d’un appel à projets partenariaux «filière-emploi» avec standards d’alternance. La suite se mesurera à des résultats simples : diplômes délivrés sans retard, stages et alternances tracés, premiers emplois en hausse.
Avec Nabil Hmina, Ibn Zohr confie ainsi son avenir à un praticien de la gouvernance numérique et de la recherche organisée. Reste à transformer l’essai : moins de procédures, plus de preuves. C’est à ce prix que l’université du Grand Sud consolidera sa place d’ascenseur social… et de partenaire économique crédible.










