Société

Aïd Al Adha : Offre, demande et voirie

L’Aid El Kebir est dans deux semaines. Les souks temporaires pour la vente des moutons sont ouverts. Un tour rapide à travers ces souks révèle l’importance de l’offre ce qui n’empêche pas les prix d’être très au-dessus de la moyenne. Même à titre officiel, les services compétents l’ont déjà annoncé. Il y a assez de têtes pour que la fête se passe sans encombre. Les disponibilités en ovins et caprins pour l’Aïd Al Adha 1422, estimées à 5,43 millions de têtes dont 4,93 millions d’ovins, sont suffisantes pour répondre aux besoins du marché. La demande globale en animaux d’abattage pour la circonstance, est évaluée pour sa part à 4,8 millions de têtes cette année, dont 4,5 millions d’ovins et 300.000 de caprins. Au cours de cette semaine, avant l’ouverture des souks, des propriétaires de troupeaux se sont arrangés pour louer des locaux où ils exposent leurs moutons (hangar, magasin, dépôt) pour la circonstance. Ces locaux se trouvent surtout aux quartiers populaires et aux environs des abattoirs. Un garage de cinquante mètres carrés peut coûter jusqu’à 1800 dirhams par mois, hébergeant en même temps troupeaux et propriétaires qui sont en général en nombre de trois personnes.
Ces vendeurs, bien que leur apparence évoque la campagne et les bergers ignorants camouflés dans leurs djellabas, sont de redoutables commerciaux. D’autant plus que le téléphone portable est entré en force dans le marché des moutons comme partout d’ailleurs. Le bâton dans une main pour surveiller les bêtes, le cellulaire dans l’autre le vendeur peut vous briefer sur le prix du mouton de l’Aïd à travers tout le Royaume, race et région comprises.
L’acheteur n’a aucune chance en comptant aller un peu loin de la périphérie pour faire une bonne affaire chez un éleveur éloigné de la ville. Jusqu’à aujourd’hui, les prix varient entre 1500 et 3500 dh, que ce soit à sidi Moumen, à Tit Mellil et n’importe où ailleurs. En attendant, la capitale économique a rendez-vous avec le supplice annuel qui caractérise l’atmosphère de l’Aïd Al Adha. Dorénavant les Casablancais doivent s’accoutumer à voir des tas de fumier qui viendront s’ajouter au paysage déjà investi par les ordures et les détritus partout dans le Grand Casablanca. Cela va sans rappeler les menaces des éboueurs d’observer une grève juste le lendemain de la fête. Comme si la ville était scintillante de propreté! Existe-t-il un quartier à l’abri des tas d’ordures ? Quand Brad Pitt était à Casablanca lors du tournage du film Spy Game, sa première impression sur la ville fut « C’est très sale ».
Cette expression risque de se perpétrer au-delà de nos frontières portant ainsi atteinte à l’image du poumon économique du Maroc. Le domaine de la propreté devrait faire objet d’une réflexion immédiate pendant que le wali mène sa campagne anti-anarchique, appuyée par l’approbation des citoyens qui n’en peuvent plus d’être étouffés par une montée urbanistique vertigineuse pour soi-disant atteindre la caravane de la modernité, mais que les tas d’ordures démentent y compris dans les quartiers les plus chics de Casablanca.

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