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Dans une nouvelle publication : Le HCP diagnostique le pouvoir d’achat des ménages

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Le HCP a intégré un indice web basé sur les intentions d’achat des internautes marocains, en exploitant les données Big Data de Google Trends sur la période 2018-2022.

Rapport : Une érosion nette du pouvoir d’achat par habitant a été constatée durant la période 2020-2022, avec une baisse annuelle moyenne de -0,22%, selon le Haut-Commissariat au Plan. Cette réduction a été plus marquée en milieu rural que dans les villes.

Le Haut-Commissariat au Plan ( HCP) a consacré le dernier numéro de sa publication les « Brefs du plan » au pouvoir d’achat des ménages. Intitulé «Pouvoir et intention d’achat des ménages : Une approche catégorielle basée sur les statistiques conventionnelles et les Big Data », ce document révèle une érosion nette du pouvoir d’achat par habitant de 2020 à 2022, avec une baisse annuelle moyenne de -0,22%. En dépit d’une progression positive du revenu de 5,16 % durant l’année 2022, le pouvoir d’achat des ménages a subi une nette régression de -1,75 %. Le HCP note que cette évolution contrastée est incontestablement imputable à une inflation en forte hausse (6,92 %). En 2022, le pouvoir d’achat a connu un recul aussi bien dans le milieu urbain que rural. Dans les villes, le pouvoir d’achat a enregistré une diminution de -0,96%, tandis qu’à la campagne la baisse a été plus marquée, s’établissant à -2,65%. Cette régression accentuée en milieu rural est principalement attribuable à l’impact de l’inflation. La tendance est à la baisse en 2022 pour toutes les catégories sociales, bien que de manière moins prononcée qu’en 2020. Ainsi, les 20% les plus défavorisés et le deuxième quintile (représentant les 20 % suivants) enregistrent à nouveau les baisses les plus importantes, de -1,83 et -1,80% respectivement, par rapport à une baisse de -1,27% pour les 20% les plus aisés. Les catégories sociales modestes ont connu la plus forte baisse du pouvoir d’achat, tandis que les catégories plus aisées ont été moins touchées. Cette contraction du pouvoir d’achat est principalement attribuable à l’impact de l’inflation, qui a dépassé le taux de croissance du revenu par habitant pour toutes les catégories sociales. En effet, le taux d’inflation a atteint 7,5% pour les 20% les plus défavorisés et 7,3% pour les 20% suivants, comparé à un taux d’inflation de 6% pour les 20% les plus aisés. Les écarts relevés dans les taux d’inflation entre les différentes catégories sociales auraient accentué les inégalités économiques, puisque les ménages à revenu modeste ont dû faire face à une augmentation des prix à la consommation plus importante que celle de leurs revenus, ce qui a eu pour conséquence une réduction significative de leur pouvoir d’achat.

Pouvoir d’achat des salariés et des indépendants

Le suivi du pouvoir d’achat des salariés et des indépendants, sur une période de quatre ans (2019-2022), montre que ces deux groupes ont connu une augmentation quasi identique de leur pouvoir d’achat en 2019, atteignant près de 2,3%. Cependant, en 2020, une chute significative du pouvoir d’achat a frappé les deux groupes, en raison de l’impact négatif de la pandémie Covid-19 sur les revenus. La fermeture d’entreprises et les mesures de confinement ont entraîné une baisse généralisée des revenus pour un large segment de travailleurs dans le secteur privé, qu’ils soient salariés ou indépendants. Dans ce contexte, les salariés ont particulièrement été touchés par cette perte de pouvoir d’achat, enregistrant une baisse de -3,32%, tandis que les indépendants ont subi une réduction légèrement moins prononcée de -3,04%. Le choc inflationniste de l’année 2022 s’est à nouveau traduit par une tendance à la baisse du pouvoir d’achat pour les deux groupes, avec une diminution de -1,54% pour les salariés et de -2,43% pour les indépendants. Le HCP fait remarquer que cette réduction est principalement imputable à l’effet prix, avec un taux d’inflation de 6,76% pour ces derniers, par rapport à un taux de 6,32% pour les salariés. Dans ce contexte de forte inflation, l’effet revenu était toujours en faveur des salariés (+4,87%), comparé à un effet revenu de +4,5% pour les indépendants. Ces chiffres montrent les difficultés accrues auxquelles sont confrontés les travailleurs indépendants en période d’inflation élevée.

Intentions d’achat des ménages

Le HCP offre un aperçu sur l’évolution du pouvoir d’achat des ménages en se référant à un indice web basé sur les intentions d’achat des internautes marocains, en exploitant les données Big Data de Google Trends sur la période 2018-2022. Dans le contexte inflationniste de l’année 2022, bien que l’indice d’intention d’achat des plus aisés ait connu une régression de -1% en 2022, il est parvenu à maintenir son niveau de 2019 d’avant la crise sanitaire, avec une légère hausse de +0,08% en 2022. Cette catégorie sociale, disposant de ressources plus importantes, a la capacité de différer ses achats ou se tourner vers des produits moins coûteux, une flexibilité qui fait défaut chez les moins aisés. En ce qui concerne la catégorie sociale intermédiaire, l’indice a chuté de manière significative de -1,82% en 2022 par rapport à 2021. Cela suggère que les chocs successifs de la pandémie Covid-19 et de l’inflation ont fragilisé cette catégorie sociale, notamment en raison de l’évolution de ses revenus qui n’a pas suivi les fluctuations des prix. Ainsi, l’indice global pour cette catégorie a enregistré une baisse de -0,74% en 2022 par rapport à 2018. Pour ce qui est des moins aisés, leur indice d’intentions d’achat a enregistré une chute significative de – 1,36% en 2022 par rapport à l’année précédente, et de -2,88% par rapport à l’année de référence 2018. Le HCP fait remarquer que cette situation est exacerbée par la hausse des prix des produits de première nécessité qui constituent une part importante de leur panier de consommation. L’indice web a enregistré, au niveau national, une baisse de -1,60% en 2022 par comparaison à l’année précédente. Cette diminution s’est produite en dépit des subventions gouvernementales visant à atténuer les répercussions de l’augmentation des coûts des produits énergétiques et à soutenir le pouvoir d’achat des ménages.