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Ecole de la deuxième chance : Les 4 leviers pour sécuriser l’inclusion des jeunes NEET d’ici 2030

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En 2025, le programme E2C (école de la deuxième chance) a pris en charge 20.236 bénéficiaires, dont 6.480 filles. 

Analyse : Chaque année, près de 300.000 élèves quittent prématurément les bancs de l’école au Maroc. L’abandon scolaire alimente la progression des jeunes NEET, qui sont près de 1,7 million âgés de 15 à 24 ans. L’école de la deuxième chance constitue une réponse institutionnelle mais qui se heurte à plusieurs obstacles, notamment le manque de financement pérenne, la reconnaissance limitée des diplômes ainsi que les difficultés de suivi post-formation.

Une nouvelle analyse de Policy Center intitulée «Au-delà des chiffres, transformer l’école de la deuxième chance en levier systémique d’inclusion pour les jeunes NEET au Maroc» s’est intéressée à la problématique des jeunes NEET (Ni en emploi, ni en études, ni en formation) qui constitue une urgence nationale. Les indicateurs nationaux demeurent alarmants avec 300.000 élèves qui quittent prématurément les bancs de l’école marocaine chaque année. Si le taux d’abandon est contenu à 1,5 % au primaire, il bondit de manière inquiétante à 8,5 % au cycle collégial, et reste élevé à 7,4 % au secondaire qualifiant. La conséquence directe et redoutable de cet abandon est que 29,3 % des jeunes Marocains se retrouvent en situation de NEET, ce qui représente un bassin d’environ 1,7 million de jeunes âgés de 15 à 24 ans. Les auteurs de ce Policy Paper, Aomar Ibourk et Karim El Aynaoui, estiment que l’enjeu aujourd’hui n’est plus seulement d’offrir une « formation de rattrapage » technique, mais de proposer des environnements restauratifs capables de recréer de la confiance, du lien institutionnel et de l’estime de soi. Ainsi, toute politique publique d’insertion se doit d’intégrer ce besoin d’écoute pour réussir. D’où l’importance de l’école de la deuxième chance (E2C) qui constitue une réponse institutionnelle performante. Les bilans de la campagne 2024-2025 confirment que le modèle a atteint un niveau de maturité et de performance respectable, se profilant comme un véritable «levier d’insertion». En 2025, le programme E2C a pris en charge 20.236 bénéficiaires, dont 6. 480 filles. Avec 81% d’insertion globale, l’E2C «Nouvelle Génération» prouve sa capacité à transformer des jeunes en situation d’échec ou d’exclusion en acteurs socio-économiques productifs. 52% de ces jeunes intègrent directement la sphère professionnelle.

Les défis et attentes des associations

Le succès institutionnel repose intégralement sur un tissu associatif local aujourd’hui fragilisé. L’analyse des données recueillies auprès de 27 associations partenaires révèle une contradiction majeure : si l’ingénierie pédagogique est performante, le modèle économique est précaire. 63 % des associations (17 sur 27) sont freinées par le manque de financement pérenne. Cette précarité budgétaire entraîne plusieurs conséquences, notamment l’instabilité des équipes. Alors que 81,5 % des associations considèrent la stabilité de l’équipe pédagogique comme un facteur clé de succès, le manque de fonds empêche de fidéliser les formateurs qualifiés, souvent débauchés par le secteur privé ou l’OFPPT. A ceci s’ajoute l’incapacité de planification. La gestion en «flux tendu», dépendante de subventions souvent versées avec retard ou de projets ponctuels (bailleurs de fonds), empêche les associations de se projeter sur des cycles longs de formation. Le deuxième obstacle majeur, cité par 44,4 % des structures (12 sur 27), concerne les «difficultés de suivi après sortie». Les auteurs font remarquer que ce chiffre révèle une faille dans le modèle économique actuel : les financements couvrent généralement la formation technique (le temps de présence du jeune dans le centre), mais rarement l’ingénierie d’insertion (le temps passé à placer le jeune et à sécuriser son emploi). Il faut aussi noter que 40,7% des associations (11 sur 27) luttent contre la « faible motivation des bénéficiaires». Les équipes consacrent une énergie considérable à la remobilisation psychosociale et à la gestion des freins périphériques (problèmes familiaux, addiction, logement), souvent sans le personnel spécialisé requis (assistants sociaux, psychologues), faute de budget. Par ailleurs, 55,6% des associations se heurtent à l’absence de reconnaissance officielle des diplômes, bloquant l’ascension professionnelle des lauréats. Les auteurs indiquent que cette situation crée un sentiment d’injustice chez le jeune bénéficiaire. Sans une certification officiellement reconnue par l’État et identifiée par le secteur privé (CGEM), le parcours E2C risque d’être perçu comme une voie de garage plutôt que comme un tremplin.

Recommandations

Ce Policy Brief plaide pour un changement de paradigme immédiat afin d’atteindre les objectifs de 2030, à savoir 80.000 bénéficiaires. Il recommande quatre leviers d’action prioritaires. Le premier concerne la sanctuarisation du modèle via des contrats programmes pluriannuels basés sur la performance (labellisation). Dans ce cadre, il s’agit de mettre en œuvre le «Label E2C Maroc» c’est-à-dire conditionner l’octroi de ce Label à des critères de performance (insertion, qualité pédagogique) et non plus de moyens. Quant à la contractualisation pluriannuelle, il s’agit de remplacer les subventions annuelles aléatoires par des contrats programmes de 3 ans pour les centres labellisés, basés sur le coût unitaire réel (estimé à 15.000 DH/jeune/an), ce qui permettra aux associations de fidéliser leurs formateurs experts. Le deuxième levier d’action prioritaire porte sur la création d’une certification d’État pour crédibiliser les parcours auprès des employeurs. Il s’agit de créer un titre professionnel E2C, co-construit avec les fédérations professionnelles (notamment la CGEM) et les fédérations sectorielles, en partenariat avec l’État. Ce titre devrait bénéficier d’une équivalence formellement reconnue dans les conventions collectives.

Il faut aussi formaliser des accords avec l’OFPPT afin que la validation des acquis de l’expérience (VAE) soit automatique pour les lauréats E2C souhaitant poursuivre vers un niveau technicien ou technicien spécialisé. Le troisième levier prioritaire concerne le financement du «dernier kilomètre», incluant le suivi post-formation et l’accompagnement psychosocial. Il s’agit de mettre en place un «forfait insertion» en intégrant dans le financement public une ligne budgétaire spécifiquement dédiée au suivi post-sortie (sur une période de 6 à 12 mois). L’objectif est de reconnaître que la mission ne se limite pas à la formation, mais inclut l’accompagnement des premiers pas en entreprise. L’autre mesure concerne le renforcement du soutien psychosocial en généralisant l’accès à des psychologues cliniciens mutualisés à l’échelle territoriale et en consolidant les modules de compétences psychosociales au sein du curriculum, afin de constituer un filet de sécurité durable. Enfin, la 4ème recommandation porte sur la professionnalisation du secteur en mandatant le Réseau national comme hub technique d’expertise et de formation.

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