Il s’agit de revoir en profondeur l’organisation actuelle des universités publiques
Autonomie : Concernant la réforme de l’enseignement supérieur, le gouvernement veut passer à une nouvelle étape : la reconfiguration en profondeur de la carte universitaire publique. Une décision qui provient après les différentes réformes successives visant à améliorer la gouvernance des universités, à rapprocher l’offre de formation des besoins territoriaux et économiques, et à renforcer l’articulation entre enseignement supérieur, recherche scientifique et innovation. Le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) livre son propre avis. Il ne remet pas en cause le principe d’une réorganisation de la carte universitaire publique. Il souligne plutôt les conditions de réussite.
Le projet de refonte de la carte universitaire publique proposé par le gouvernement peut régler une partie des difficultés de l’enseignement supérieur, mais n’atteint pas les causes plus profondes. Ainsi se résume l’estimation du CSEFRS. Ce dernier est d’accord pour désengorger les grandes universités, rapprocher les campus des étudiants et mieux répartir l’offre de formation sur le territoire. Il faut d’abord souligner que le Conseil ne remet pas en cause le principe d’une réorganisation de la carte universitaire publique. Il montre plutôt les conditions de réussite. Pour produire les effets attendus, la réforme devra aller au-delà du redécoupage institutionnel et s’appuyer sur une vision stratégique, des moyens adaptés, une mise en œuvre graduelle et un accompagnement effectif des nouvelles universités.
Cependant, le CSEFRS considère que le mal est beaucoup plus profond. C’est bien de désengorger les grandes universités, de mieux répartir territorialement l’offre universitaire, mais la réforme semble bien réduite à un simple exercice de redécoupage. En fait, le projet prévoit de revoir en profondeur l’organisation actuelle des universités publiques. Plusieurs grands établissements seraient divisés en entités plus petites. À terme, le Maroc passerait de 12 à 27 universités publiques. Une transformation importante sur le papier, mais qui, selon le Conseil, ne peut pas être confondue avec une réforme globale de l’enseignement supérieur. L’objectif reste de répondre à la pression démographique qui pèse sur de nombreux établissements, de réduire les déséquilibres territoriaux dans l’accès à l’université et de faire émerger une offre plus proche des régions et de leurs besoins de développement.
Dans son avis émis au mois de mai 2026, le Conseil ne rejette pas le principe du découpage. Au contraire, il reconnaît que certaines universités sont devenues trop grandes, trop chargées et difficiles à piloter. Dans ces conditions, créer des universités de taille plus raisonnable peut aider à améliorer la gestion, réduire l’encombrement et rapprocher l’enseignement supérieur des territoires. Autrement dit, une université mieux ancrée dans sa région peut mieux comprendre les besoins locaux, dialoguer avec les acteurs économiques et contribuer au développement territorial.
Cette nouvelle architecture vise notamment à renforcer l’équité territoriale dans la répartition de l’offre universitaire publique, à rapprocher les services universitaires des différentes régions du Royaume et à atténuer les situations d’encombrement que connaissent plusieurs établissements. Sur ce point, le Conseil valide donc l’objectif. Mais il introduit aussitôt une nuance de taille : découper une grande université en plusieurs universités plus petites ne garantit pas automatiquement de meilleurs cours, une meilleure insertion professionnelle ou une meilleure recherche scientifique. C’est-à-dire que la révision de la carte universitaire publique ne peut être envisagée comme une simple opération administrative de création ou de division d’universités. Elle doit s’inscrire dans une démarche cohérente, progressive et suffisamment encadrée.
Rapprocher l’université des étudiants, un objectif important
Certes, le document gouvernemental identifie plusieurs défis bien connus : l’encombrement des établissements, la qualité de la formation, le décrochage, l’employabilité des diplômés et la nécessité d’adapter l’université aux nouveaux métiers. Mais la réponse proposée reste principalement institutionnelle : diviser des universités et créer de nouvelles structures. C’est précisément ce décalage que relève le Conseil. Le diagnostic est large, mais le traitement est limité. Le fait de rapprocher l’université des étudiants est un objectif important, surtout dans un pays où les inégalités territoriales pèsent encore fortement sur les parcours scolaires et universitaires. Le Conseil ne conteste pas cette priorité. Mais il faudrait garantir une formation solide, des enseignants en nombre suffisant, des équipements adaptés, des bibliothèques, des laboratoires, des services étudiants et une vraie vie universitaire.
Le découpage peut être largement bénéfique si les nouvelles universités ne sont plus enfermées dans les mêmes modes de fonctionnement. Il faudrait instaurer une véritable autonomie des universités, sur les plans administratif, pédagogique et financier. Sans cette autonomie, les nouveaux établissements risquent de devenir de simples découpages administratifs, sans capacité réelle d’innover, de bâtir leur propre projet ou de répondre aux besoins de leur territoire.
C’est pour dire que créer de nouvelles universités ne suffit pas, il faut leur donner les moyens de décider, d’agir et de se différencier. Parmi les observations importantes soulevées par le Conseil figure cette question d’accompagnement des universités nouvellement créées. Selon lui, la réussite de ce chantier reste conditionnée par la mise en place d’un plan clair de soutien à ces institutions, en particulier celles qui ne disposent pas encore d’une offre de formation suffisamment diversifiée. Autrement, certaines universités pourraient rencontrer des difficultés à remplir pleinement leurs missions de formation, de recherche et d’encadrement des étudiants. Le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique insiste aussi sur la nécessité d’accélérer le développement des services universitaires parallèles. Il s’agit notamment des cités universitaires, des infrastructures sportives, culturelles, artistiques et de loisirs. Ces équipements sont considérés comme essentiels pour faire de l’université un espace attractif, capable d’abriter une vie universitaire complète et de répondre aux besoins des étudiants au-delà des seuls enseignements académiques.
En fin de compte, le CSEFRS appelle à sécuriser juridiquement la réforme. Si le projet prévoit une mise en œuvre progressive entre 2026 et 2028, le Conseil recommande l’adoption des textes juridiques nécessaires et un cadre contraignant pour éviter qu’il ne reste au stade de l’intention ou qu’il ne subisse des changements au gré des circonstances.









