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Entretien avec Fadwa El Gharib, fondatrice de ELF & Partners : «Notre métier ne réside pas dans le genre, mais dans la rigueur»

© D.R

Leadership féminin
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, ALM donne la parole à Fadwa El Gharib, fondatrice du studio ELF & Partners, une figure de la création qui conjugue sensibilité artistique, exigence technique et vision profondément humaine du design. À travers ses projets, l’architecte d’intérieur développe une approche où chaque espace devient une expérience à vivre, façonnée par l’écoute, le dialogue avec les artisans et une recherche constante de sens. Dans cet entretien, Fadwa El Gharib revient sur la place de la sensibilité dans la conception des espaces, sur l’équilibre entre créativité et rigueur dans la direction de projets d’envergure. Elle livre par ailleurs un message inspirant aux jeunes femmes marocaines qui aspirent à faire de leur passion pour l’architecture d’intérieur une véritable carrière.


ALM : En tant que femme et fondatrice d’ELF & Partners, comment votre sensibilité personnelle influence-t-elle votre manière de concevoir les espaces et de raconter une histoire à travers le design ?
Fadwa El Gharib : C’est une question intéressante. Il est évident que chacun de nous, homme ou femme exerçant ce métier, apporte une sensibilité qui lui est propre. Cette sensibilité est le fruit d’un héritage personnel, d’un vécu, d’une culture, et elle est par nature unique. Cependant, je crois que l’essence de notre métier ne réside pas dans le genre, mais dans la rigueur de la démarche. Avant ma sensibilité de femme, c’est ma sensibilité d’architecte d’intérieur designer qui prime. La règle fondamentale, pour moi et pour tous les collaborateurs Elf & Partners, est de donner du sens à chaque projet. Cela passe par une méthodologie précise : écouter, analyser le contexte, comprendre les usages et définir une vision claire. C’est ce cadre qui permet ensuite à la créativité de s’exprimer de manière juste et pertinente. Maintenant, si je devais identifier un trait de ma sensibilité personnelle qui influence mon travail, ce serait peut-être une attention particulière portée à la dimension sensorielle et émotionnelle des espaces. Je suis convaincue qu’un lieu réussi est un lieu qui se vit autant qu’il se regarde.

Vous évoluez dans un univers où se croisent exigence technique et émotion artistique. Comment parvenez-vous à affirmer votre identité de femme créative tout en dirigeant des projets d’envergure avec rigueur et précision ?
Pour moi, il n’y a pas de contradiction entre être une femme créative et diriger des projets avec rigueur. Au contraire, l’un ne va pas sans l’autre. On peut avoir la plus belle vision créative du monde, mais si l’on ne sait pas la retranscrire de manière claire et la faire comprendre par tous les intervenants, cette vision reste une simple idée, insuffisante pour créer un espace. La véritable force réside dans la capacité à maîtriser les deux aspects : Premièrement la rigueur technique. C’ est le langage qui rend la créativité possible. Maîtriser la technicité d’un projet, son organisation sur le terrain et être attentive à toutes les interactions nécessaires est fondamental. C’est ce qui garantit que l’émotion artistique initiale se matérialise correctement. Le deuxième aspect est l’écoute active, le moteur de l’excellence.

Nous avons la chance immense, au Maroc, d’être un pays riche de son artisanat et de ses mâalems (maîtres artisans). Diriger un projet, ce n’est pas imposer une vision de haut en bas. C’est créer un dialogue. C’est être dans une perspective d’amélioration continue, où notre étude technique est enrichie par le savoir-faire de l’entreprise ou de l’artisan. Cette collaboration est une richesse immense qui nous fait évoluer en tant que personne et qui est la clé de la réussite d’un projet. En définitive, je crois que l’identité la plus importante à affirmer n’est pas celle de «femme» ou « d’homme », mais celle de l’artisane alchimiste. Celle qui place l’humain au centre du projet à tous les niveaux : l’usager final pour qui nous créons l’espace, mais aussi les créateurs, les artisans et tous les partenaires qui, par leur talent et leur engagement, donnent vie au projet.

À l’occasion du 8 mars, quel regard portez-vous sur la place des femmes dans les métiers de l’architecture d’intérieur au Maroc et quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes femmes qui rêvent de transformer leur passion en carrière ?
Je porte un regard très optimiste. L’architecture d’intérieur est un métier de détail et de sensibilité, des qualités que les femmes incarnent souvent avec une force intuitive. Voir cette sensibilité se transformer en une expertise professionnelle reconnue est une évolution magnifique. Mon message aux jeunes femmes marocaines qui rêvent de ce métier est simple : chérissez votre sens du détail, mais ne vous y limitez jamais.
Pour transformer votre passion en une carrière, vous devez l’augmenter. Premièrement, par une maîtrise technique sans faille, car c’est le langage qui donne corps à la créativité. Deuxièmement, en considérant l’héritage artisanal comme un acquis fondamental, une base sur laquelle il faut s’appuyer pour oser aller vers une recherche contemporaine, surtout quand le projet exige de créer une véritable singularité. Et enfin, par une curiosité culturelle insatiable. En somme, votre singularité et votre valeur en tant que créateur viendront de la richesse de votre univers personnel. Alors, soyez audacieuses, soyez curieuses et construisez-vous une expertise qui soit à la fois sensible et redoutablement solide.

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