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État Social : Une révolution historique… en un temps record !

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En quelques années seulement, le Maroc a engagé l’un des plus vastes chantiers sociaux de son histoire récente

Nouvelle responsabilité. Protection sociale, aide directe, santé, logement, dialogue social, éducation, formation… En quelques années, l’État social est passé d’une ambition structurante à une mécanique plus visible dans la vie des citoyens. Le changement est réel. Mais plus l’État social s’élargit, plus la question n’est plus seulement de le déployer. Elle devient celle de sa qualité, de son efficacité et de sa capacité à tenir dans la durée.

Pendant longtemps, la question sociale a avancé au Maroc par touches successives. Un programme pour une catégorie, une aide pour une autre, un effort budgétaire ici, une mesure d’accompagnement là. Cela répondait à des besoins réels. Mais l’ensemble pouvait parfois donner l’impression d’un empilement. Des réponses utiles, certes, mais pas toujours reliées entre elles dans une architecture claire.
Ce qui change sur la période récente, c’est précisément cette tentative de faire système. Pas de manière parfaite, évidemment. Pas d’un seul coup non plus. Mais avec une direction plus lisible : élargir la protection, mieux cibler les aides, renforcer l’accès aux soins, soutenir le revenu, agir sur le logement, et investir dans l’école comme dans la formation. Autrement dit, ne plus traiter le social seulement comme une série de compensations, mais comme une base de développement.

C’est important, parce que cette logique modifie la place de l’État dans la vie quotidienne. L’État social n’est plus uniquement un principe affiché dans les discours. Il devient une réalité que l’on voit, que l’on attend, parfois que l’on juge. Une couverture médicale, une aide mensuelle, une augmentation salariale, un centre de santé réhabilité, un établissement scolaire ouvert ou rénové : ce sont des éléments concrets. Pas seulement des lignes budgétaires.

Le premier pilier reste la protection sociale. Sans elle, le reste tient difficilement. La généralisation de l’assurance maladie obligatoire a permis d’intégrer des catégories qui étaient longtemps restées à la marge des mécanismes classiques de couverture. L’AMO Tadamon couvre aujourd’hui plus de 11 millions de bénéficiaires et ayants droit, avec une prise en charge par l’État des cotisations et du reste à charge pour les populations concernées. Ce n’est pas un simple élargissement administratif. C’est un changement de statut social pour des millions de personnes, qui passent d’une relation fragile au soin à une forme de droit reconnu et organisé.

À côté de cela, l’intégration des travailleurs non-salariés constitue un chantier plus complexe, mais essentiel. Parce que ces catégories ne correspondent pas au modèle classique du salarié déclaré, avec revenu régulier et cadre professionnel stable. Artisans, commerçants, agriculteurs, professions indépendantes… les situations sont diverses, les revenus irréguliers, les parcours parfois difficiles à formaliser. Pourtant, près de 4 millions de bénéficiaires sont désormais intégrés dans cette dynamique, avec 1,7 million d’assurés principaux et plusieurs dizaines de catégories professionnelles couvertes. Là aussi, c’est une extension réelle du champ de la protection.

Mais il faut le dire simplement : ouvrir des droits n’est pas la fin du chantier. C’est son début. Plus la couverture médicale s’élargit, plus la demande de soins augmente. Plus les citoyens disposent d’un droit, plus ils souhaitent l’utiliser. Et c’est normal. C’est même le sens de la réforme. Mais cela met le système sous pression. Délais, disponibilité des médecins, qualité de l’accueil, capacité des établissements, remboursements, lisibilité des procédures… tout cela devient décisif.

Lourde mise à niveau sanitaire
C’est pourquoi le renforcement du secteur de la santé occupe une place centrale. Le budget de la santé a fortement augmenté pour atteindre 42,4 milliards de dirhams en 2026, soit une progression de plus de 115% par rapport à 2021. Plusieurs chantiers ont été engagés : réhabilitation des établissements de soins de santé primaires, construction ou modernisation de centres hospitaliers, renforcement des équipements, amélioration de l’offre territoriale. Plus de 1.400 centres de santé ont été réhabilités, avec une deuxième phase portant sur 1.600 établissements supplémentaires. Ce n’est pas marginal. C’est une mise à niveau lourde.
Mais dans la santé, les murs ne suffisent jamais. Le vrai sujet, souvent, ce sont les femmes et les hommes qui font fonctionner le système. Médecins, infirmiers, techniciens, personnel administratif. La progression des capacités de formation dans les facultés de médecine, l’ouverture de nouvelles facultés, le renforcement des instituts de formation infirmière, la création de postes budgétaires et les revalorisations salariales vont dans ce sens. L’objectif de long terme est clair : améliorer le ratio de professionnels de santé pour 10.000 habitants et rapprocher progressivement l’offre des besoins réels.

Il y aura forcément un décalage. Il existe déjà. Entre les droits ouverts et la capacité du système à répondre partout, rapidement, avec la même qualité. Ce n’est pas une raison pour minimiser la réforme. Mais c’est une raison pour bien comprendre sa deuxième étape. La première consistait à élargir. La suivante consistera à faire fonctionner mieux. Plus près des territoires. Plus près des citoyens.

Une aide directe qui change la relation avec les ménages
Le volet le plus visible reste sans doute l’aide sociale directe. C’est là que le changement se lit le plus facilement par les ménages. Parce que l’aide n’est plus seulement indirecte. Elle n’est plus noyée dans un mécanisme de soutien aux prix ou dans un programme difficile à identifier. Elle arrive directement au bénéficiaire.
Près de 3,9 millions de ménages sont concernés, soit environ 12 millions de personnes. Les montants varient entre 500 et 1.350 dirhams par mois selon la composition familiale. À cela s’ajoutent des aides liées à l’enfance, à la scolarisation, à la naissance, ou encore à certaines situations particulières. Le changement est important parce qu’il rend l’action sociale plus lisible. Le citoyen sait qu’il bénéficie d’un dispositif. Il le voit. Il le mesure.

Mais justement, c’est parce que cette aide est visible, qu’elle devient immédiatement sensible. Une aide directe crée une attente directe. Sur le montant, sur les délais, sur le ciblage, sur la régularité. Elle peut soulager, mais elle peut aussi susciter des comparaisons, des incompréhensions, parfois des frustrations. C’est le revers naturel de toute politique sociale de grande ampleur.
Le ciblage devient donc un enjeu central. Plus les dispositifs sont larges, plus il faut éviter les erreurs. Les exclusions injustifiées comme les inclusions discutables. L’État social moderne ne peut pas seulement être généreux. Il doit être précis. Et c’est souvent là que se joue sa crédibilité.

Le logement complète cette architecture sociale. On l’oublie parfois, parce qu’il est souvent traité sous les angles immobilier ou urbain. Mais l’accès au logement est un sujet profondément social et sociétal. Un ménage qui accède à un logement stable change de rapport à l’avenir. Cela joue sur la dignité, sur la famille, sur la scolarité des enfants, sur la mobilité, parfois même sur l’accès à l’emploi.
Le programme d’aide directe au logement a déjà bénéficié à plus de 96.000 personnes, avec une contribution de l’État proche de 7,88 milliards de dirhams. Les jeunes de moins de 40 ans représentent une part importante des bénéficiaires, tout comme les femmes et les Marocains résidant à l’étranger. Ce détail est intéressant. Il montre que le logement n’est pas seulement une réponse sociale classique. Il touche aussi à la constitution des ménages, à l’accès des jeunes à la propriété, à l’ancrage familial, parfois au retour ou à l’investissement des MRE.

Dans le même esprit, les programmes de lutte contre l’habitat insalubre et les efforts liés aux villes sans bidonvilles restent essentiels. Parce que l’État social ne se mesure pas uniquement au soutien versé. Il se mesure aussi à l’amélioration des conditions concrètes de vie. Le logement, l’eau, l’école, la santé, le transport: tout cela forme une même chaîne.

Le revenu, l’autre levier de stabilité sociale
La question du pouvoir d’achat a traversé tout le mandat. Inflation importée, hausse des coûts de transport, énergie, produits alimentaires, charges de la vie quotidienne… les ménages ont été directement exposés. Et dans ce contexte, le dialogue social a servi de levier d’amortissement.
Les accords conclus ont permis des augmentations salariales importantes. Au total, 4,25 millions de bénéficiaires sont concernés par les augmentations directes de salaires, dont 1,25 million dans la fonction publique et 3 millions dans le secteur privé. L’enveloppe globale allouée au dialogue social à l’horizon 2026 atteint 46 milliards de dirhams. C’est considérable. D’autant plus que ce montant dépasse, selon les données disponibles, l’ensemble des enveloppes consacrées aux trois mandats gouvernementaux précédents réunis.

L’augmentation générale nette de 1.000 dirhams dans la fonction publique, la hausse du salaire minimum dans la fonction publique de 3.000 à 4.500 dirhams, les revalorisations dans l’éducation, la santé, l’enseignement supérieur, ainsi que les ajustements du SMIG et du SMAG, s’inscrivent dans cette logique.
Mais là encore, ce n’est pas uniquement une affaire de chiffres. Le dialogue social sert aussi à stabiliser. Il donne un cadre de négociation, il évite que les tensions ne s’accumulent sans canal de discussion, il permet de reconnaître des attentes sociales sans forcément basculer dans une logique de confrontation permanente.
Cela ne veut pas dire que tout est réglé. Bien sûr que non. Les attentes salariales restent fortes. Le coût de la vie pèse encore. Mais l’approche retenue a permis d’inscrire la réponse dans un cadre négocié, et non dans une succession de décisions isolées.

Réforme éducative : Doucement mais sûrement
L’éducation représente l’autre dimension majeure de l’État social. Peut-être la plus lente à produire ses effets, mais aussi l’une des plus déterminantes. Car l’égalité des chances ne peut pas se limiter aux aides. Elle se joue d’abord dans l’école, dans l’accès à un enseignement de qualité, dans la réduction des écarts entre territoires, dans la capacité à donner aux enfants les mêmes chances de départ.
Le programme des écoles pionnières est l’un des éléments structurants de cette séquence. Il doit couvrir plus de la moitié des établissements publics du primaire au titre de l’année scolaire 2025-2026, soit 4.626 établissements accueillant près de deux millions d’élèves. Le déploiement s’accompagne de la formation de 80.000 enseignants et de 960 inspecteurs pédagogiques, avec un objectif de généralisation à l’horizon 2027.

Là aussi, il fallait éviter de vendre du rêve immédiat. Une réforme éducative ne produit pas ses effets en quelques mois. Elle demande du temps, de la constance, du suivi. Mais elle dit quelque chose de la logique d’ensemble : un État social ne doit pas seulement aider les ménages à traverser une difficulté. Il doit aussi agir sur les causes profondes des inégalités.
Les infrastructures scolaires suivent cette orientation. 788 établissements ont été créés sur la période, dont 472 en milieu rural. Des écoles communautaires, des internats, des opérations de réhabilitation et de remplacement de salles préfabriquées ont également été engagés. Ce sont des actions moins spectaculaires qu’une grande annonce nationale. Mais, localement, elles changent beaucoup de choses.

Un internat dans une zone rurale peut décider du maintien d’un enfant à l’école. Une école réhabilitée peut améliorer les conditions d’apprentissage. Une salle remplacée peut sembler un détail vu de loin. Pour les élèves, les enseignants et les familles, ce n’en est pas un.
L’enseignement supérieur et la formation professionnelle prolongent cette logique. Là, on bascule vers un enjeu d’inclusion économique. Former plus, mais surtout former mieux. Aligner les compétences sur les besoins des territoires et du marché du travail. Réduire l’écart entre diplôme et insertion. Préparer les jeunes à des métiers réels, dans des régions réelles, avec des débouchés identifiables.

Les Cités des métiers et des compétences (CMC) participent à cette orientation. Elles visent à proposer une formation de nouvelle génération, plus ancrée dans les besoins économiques régionaux. Ce point est important, parce qu’il relie directement l’État social à la transformation économique. Un État social durable ne peut pas seulement redistribuer. Il doit aussi qualifier. Il doit permettre l’autonomie.
C’est peut-être là que se trouve la vraie cohérence de tout cet ensemble. Protection sociale, santé, aides directes, logement, dialogue social, école, formation : ces volets ne sont pas identiques, mais ils convergent vers une même idée. Réduire la vulnérabilité et élargir les possibilités.
Mais plus cette architecture s’étend, plus elle devient exigeante. Il faut la financer. La piloter. La cibler. L’évaluer. La corriger. Et surtout, la territorialiser. Parce que les besoins ne sont pas les mêmes à Casablanca, dans une commune rurale, dans une ville moyenne, dans une zone de montagne ou dans une province du Sud.

Le défi de l’État social, désormais, n’est donc plus seulement son lancement. Il est dans l’exécution. Dans la qualité du service. Dans la capacité à faire arriver la réforme jusqu’au citoyen. Pas seulement dans les grandes villes. Pas seulement sur les tableaux de bord. Dans le quotidien.
Et c’est là que la relation entre l’État et le citoyen change. Quand les dispositifs sont plus directs, le citoyen devient plus attentif. Il compare. Il vérifie. Il attend. Il juge. C’est normal. Une réforme invisible peut être ignorée. Une réforme visible devient immédiatement évaluée.
L’État social crée donc une nouvelle responsabilité. Celle de tenir la promesse. Dans le temps. Parce qu’une aide versée une fois ne suffit pas. Une couverture médicale ouverte ne suffit pas. Un centre de santé réhabilité ne suffit pas. Il faut de la continuité, de la qualité, de la confiance.
Au fond, ce qui s’est construit durant cette période est une base. Elle est plus large, plus directe, plus structurée. Mais elle ne règle, évidemment, pas tout. Et elle n’a pas vocation à tout régler d’un coup. Mais elle change le niveau d’attente et, surtout, le niveau d’engagement public.
C’est probablement cela, le vrai changement. L’État social n’est plus seulement une orientation. Il devient une relation concrète. Et dans une relation concrète, chaque détail compte: un remboursement, un rendez-vous médical, une allocation, une classe, un logement, une formation, un guichet, un délai.
L’État social ne se mesurera donc pas seulement au nombre de bénéficiaires ni aux milliards engagés. Ces chiffres comptent, évidemment. Mais la vraie épreuve est ailleurs : dans la capacité à transformer ces dispositifs en sécurité réelle, en services effectifs et en confiance durable. C’est moins spectaculaire qu’une annonce. Mais c’est là que tout se jouera.