La conception du « développement » mise en avant par les pays du Nord et appliquée à l’Afrique est contestée par des représentants de la société civile africaine, des économistes et des ONG, qui réclament un changement radical pour mettre fin à «l’exploitation » du continent noir.
«Le développement en Afrique, s’il a existé, aura principalement été au profit des pays du Nord, qui ont eu depuis des décennies une démarche de prédation», déclare l’ancienne ministre malienne de la culture, Aminata Traoré, précisant qu’elle s’en tient «à l’état des lieux».
Cet état des lieux, régulièrement établi par les agences de l’ONU, montre une Afrique subsaharienne laissée en marge de la mondialisation -10% de la population mondiale, mais moins de 1,5% du commerce international – et qui s’est enfoncée dans la pauvreté au cours des dernières décennies.
Lors du sommet sur le développement de Monterrey (Mexique), au printemps dernier, les chefs d’Etat et de gouvernement du G8 n’ont pris aucun engagement précis en faveur de l’aide publique au développement (APD), en affichant leur volonté d’imposer désormais des conditions à cette aide.
«Le consensus de Monterrey a tout verrouillé, car il fixe le développement dans un cadre obéissant au seuls principes libéraux du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM) », dénonce l’économiste Jean-Marie Harribey, professeur à l’Université de Bordeaux et membre de l’Association anti-mondialisation Attac.
Le FMI et la BM associent aux prêts aux pays en difficultés des programmes dits «d’ajustement structurel» dont les effets sociaux et environnementaux -privatisations, réduction des services publics, en particulier dans la santé et l’Education – sont dénoncés par les ONG. «C’est totalement irresponsable de penser que comme l’Afrique est mal gérée, il faut la vendre. Les politiques d’ajustement structurel ont eu des effets désastreux sur la société», s’indigne Aminata Traoré.
La critique du développement concerne également l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), accusée de pousser à cette libéralisation dans tous les secteurs, et donc de favoriser les investisseurs étrangers sans laisser le temps aux économies locales de se développer.
«FMI, BM et OMC sont les maîtres du jeu d’une nouvelle forme de colonisation qui passe par les mêmes moyens, c’est à dire le commerce et les élites locales, et qui se traduit par la destruction de l’environnement et l’explosion des inégalités », juge Serge Latouche, économiste auteur de plusieurs ouvrages sur le développement de l’Afrique. La bonne volonté affichée par les pays occidentaux vis-à-vis de l’Afrique est également mise en doute sur la question de la dette, dont le poids interdit tout développement aux pays pauvres.








