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Iftar: Pourquoi nous faisons presque tous la même erreur ?

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L’iftar arrive comme une promesse. Après une journée de retenue, le corps réclame, l’esprit se relâche, la table se charge. Et, presque mécaniquement, beaucoup d’entre nous commettent la même faute : rompre le jeûne comme on comble un manque, vite, fort, en grand. Or l’iftar n’est pas une revanche. C’est un redémarrage. Et un redémarrage brutal finit souvent… en panne.

Dr. Mahjoub ABDEDDAÏM
Médecin spécialiste en Rhumatologie
Éthique, IA & Santé, Oujdaahj

L’erreur la plus fréquente : «Récupérer» en dix minutes
Elle se lit dans les gestes : boire d’un trait, manger trop vite, empiler les plats, ajouter le sucré dès les premières minutes. Fritures, pain, soupe, plat copieux… sans pause, sans mesure. On croit répondre à la faim. On répond surtout à l’urgence.
Le corps, lui, réagit sans poésie : lourdeur, ballonnements, reflux, somnolence. Parfois palpitations, vertiges, malaise passager. Et ce paradoxe : avoir beaucoup mangé, puis sentir l’envie de re-manger revenir. Ce n’est pas de la faiblesse : c’est souvent un pic, puis une chute.

Pourquoi ça déraille
Après des heures sans manger ni boire, l’estomac est plus sensible et la glycémie peut grimper vite si l’on démarre par du sucre rapide : jus, sodas, pâtisseries, pain blanc en grande quantité. Tout monte d’un coup… puis redescend. Et la descente ressemble à une «faim» qui revient.

La méthode simple : Rompre en trois temps
Pas besoin de compter les calories : il suffit d’une règle, la progressivité.
Premier temps : réveiller l’organisme, sans l’agresser. Quelques gorgées d’eau, puis 1 à 3 dattes (ou l’équivalent). Une soupe légère, si possible. On ne «remplit» pas : on relance.
Deuxième temps : la pause qui change la soirée. Dix à quinze minutes. Prière, discussion, respiration : peu importe. Cette pause freine la main et rend la suite plus lucide.
Troisième temps : le repas principal, clair et structuré. Le repère le plus simple reste le plus efficace : ½ assiette de légumes (salade, légumes cuits, soupe riche en légumes), ¼ de protéines (œufs, poisson, poulet, légumineuses), ¼ de féculents (pain, semoule, riz, pâtes, pommes de terre), avec un bon gras (huile d’olive, olives, quelques noix). Se nourrir, sans s’assommer.

La collation du soir : L’antidote au grignotage
Beaucoup veulent «tout mettre» dans l’iftar. C’est ce qui le rend excessif. Le Ramadan s’équilibre mieux quand on accepte : il y a l’iftar… et il y a la suite.
Une collation tardive (et non collée au repas) évite la soirée «à picorer» et prépare un shour plus serein : yaourt/lben + fruit, une poignée d’amandes/noix, ou une petite portion protéinée selon tolérance.

Shour : Le repas discret qui décide de la journée
On en parle moins, mais le shour est décisif. Il influence faim, fatigue, concentration.
Un shour efficace privilégie protéines (œufs, yaourt, légumineuses), fibres (pain complet, avoine, fruits), un peu de bon gras, et une hydratation raisonnable. À éviter : trop salé et très sucré, qui donnent soif et ouvrent l’appétit trop tôt.

Le sucre : Plaisir autorisé, timing décisif
Pendant Ramadan, le sucre est la «récompense» spontanée. Le problème n’est pas d’en manger, mais de le placer au mauvais moment : juste après une rupture déjà riche, ou plusieurs fois dans la même soirée, avec des boissons sucrées.
Une règle protège : le sucré n’est pas une entrée. S’il y a pâtisserie, qu’elle soit plus tard, en petite quantité. Souvent, un fruit + yaourt nature (ou un lait fermenté bien toléré) suffit à apaiser l’envie, sans relancer la faim.

Boire mieux
Boire énormément d’un coup alourdit. Mieux vaut étaler, par petites quantités, entre l’iftar et le coucher, puis au shour. Les boissons sucrées entretiennent la soif et les variations de glycémie.

Quand faut-il s’inquiéter ?
Si les symptômes sont marqués – malaise important, palpitations, vomissements répétés, douleur intense, ou déséquilibre chez une personne diabétique – il est prudent d’adapter la conduite du jeûne et de demander un avis médical.

À retenir
1. L’iftar n’est pas un rattrapage : c’est un redémarrage.
2. Erreur fréquente : rompre trop vite, trop riche, trop sucré, sans pause.
3. Rupture en 3 temps : eau/dattes pause repas structuré.
4. Collation tardive : utile pour éviter le grignotage.
5. Shour : protéines + fibres + hydratation, éviter trop sucré/trop salé.
6. Sucre : plutôt plus tard, petit et occasionnel.
7. Boire : étaler, éviter les boissons sucrées.

Regard éthique et médical
Le Ramadan est une école de maîtrise de soi. Rompre avec mesure, c’est transformer un réflexe en choix, et une habitude en discipline sereine. C’est aussi honorer le sens du jeûne : se contenir sans se nuire, se renforcer sans se maltraiter.
La sagesse n’est pas dans l’excès, elle est dans la justesse.