Instaurer une gestion anticipative de l’inévitable déconfinement

Instaurer une gestion anticipative de l’inévitable déconfinement

Le confinement étalé sur une période étendue serait intenable et risquerait de provoquer des conséquences néfastes socioéconomiques et psychologiques

Par Younes Shaimi

En ces temps de crise sanitaire inédite marquée par la pandémie Covid-19, nombreuses sont les spéculations et réflexions prospectives parfois fatalistes, parfois optimistes, autour de cette épidémie. Avec le confinement sanitaire, de plus de la moitié de la population mondiale, le gel de toute vie sociale, l’annonce quotidienne de milliers de morts, la progression exponentielle des contaminations et des projections affolantes, les plumes se déchaînent et les écrits fusent au niveau des réseaux sociaux et dans tous les médias qui voyagent, désormais, électroniquement sous tous les cieux.
Des scénarios et des analyses véhiculent, de tout bord, par souci de transparence, avec un contenu scientifique ou arbitraire, tentant d’encadrer les incertitudes et d’apaiser les angoisses qui sont souvent nourries par des hypothèses et des allégations fallacieuses attisant l’inquiétude mondiale.
Il est évident, comme tout ailleurs, que le confinement mis en place soit un premier réflexe et une nécessité absolue pour contenir la propagation, et mieux appréhender le pic épidémique et surtout permettre à notre système sanitaire de gérer la crise.

Impacté par cette crise hors cadre, notre pays, fort de son modèle de cohésion sociale, vit et interagit à cette pandémie et ses retombées socioéconomiques et culturelles. Faisant preuve d’une grande agilité, toutes les forces vives de la nation se sont mobilisées; l’administration avec tous ses démembrements, longtemps critiquée, a agi avec efficacité et rapidité pour mettre en place le confinement et les mesures permettant l’atténuation de ses impacts (approvisionnement des marchés, aides directes en faveur des ménages vulnérables et des travailleurs de l’informel, appui des PME, etc.). Les décisions étant claires et précises et leurs finalités sont ni politiques ni personnelles. C’est notre nation.

Cependant, le confinement étalé sur une période étendue serait intenable et risquerait de provoquer des conséquences néfastes socioéconomiques et psychologiques (troubles de l’ordre public, problèmes psychologiques, baisse des revenus salariaux, augmentation du taux de chômage, baisse du PIB, faillites d’entreprises,…), qui réconforteront le cataclysme du Covid-19.
Ajouter à cela, l’imprévisibilité des avancées scientifiques, marquée par des guéguerres au sein de la communauté des médecins chercheurs dans les domaines des épidémies et, en l’absence de visibilité par rapport à la production dans un futur proche d’un vaccin contre le Covid-19, l’ignorance de son saisonnalité ou non, et le risque de la survenue d’une deuxième vague épidémique, après une accalmie qui pourrait être très courte.
Ainsi et que ce soit dans notre pays ou ailleurs, nous sommes amenés à poser avec insistance, la question fatidique du déconfinement, aussi difficile, qu’elle soit pour finalement atteindre l’immunité grégaire ou collective.
Cette pandémie et ses retombées sur le plan socioéconomique et culturel nous suggèrent, d’une manière malicieuse et despotique, la nécessité de tirer les enseignements judicieux et opportuns pour décréter des évolutions palpables sur le plan de l’approvisionnement normal des marchés, le renforcement de notre système de santé, la gestion des finances publiques pour préparer l’après-confinement, quelle que soit la stratégie à adopter; déconfinement partiel ou total.

Les pouvoirs publics seraient amenés à préparer l’après-confinement et engager des dispositions permettant de renforcer notre système sanitaire en ressources humaines et moyens matériels pour éviter la surcharge des salles de réanimation dans les hôpitaux, continuer le traitement normal des autres pathologies autre que le Covid-19, habituellement maîtrisées et généraliser les dispositifs de tests rapides permettant de prévenir la maladie et réduire la contagion et maîtriser les réémergences possibles.
La crise actuelle a révélé un grand sens de patriotisme et de civisme chez le citoyen, invité à fournir davantage en effort collectif, en s’imprégnant des exemples asiatiques en matière de précaution et limitation de la contagion. Ces efforts se traduiront par le respect d’une distanciation sociale stricte et l’adoption de nouvelles règles de vie en société (obligation du port de masque, limitation des contacts, la désinfection continue des endroits publics et professionnels et même chez nous,…)

La mutation escomptée, qu’impose cette crise hors cadre sur notre environnement culturel et socioéconomique, est en dehors de nos schémas d’actions de référence qui sont, ainsi, appelés à se doter d’attitudes et de modes d’intervention adaptés pour prévenir et gérer les menaces. Outre la nécessité de l’intégration des dimensions économiques, sociales, environnementales et culturelles du développement, tant escomptée, pour triompher des risques notamment collatéraux inhérents à cette crise, le plus exigeant est de créer une rupture radicale avec nos traditions et nos coutumes de vie en société et de concilier responsabilité et participation, sur une large promotion de la confiance.

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