ALM : Vous avez été invité pour la première fois au Festival culturel international d’Asilah. Quel regard portez-vous sur cette cité en tant qu’homme de culture ?
Jack Lang : Je suis heureux de découvrir cette impressionnante ville, son architecture et la générosité de ses habitant. Toute la cité est un véritable musée. M. Benaïssa aura réussi à faire ressusciter la ville et démontré, et c’est aussi ma profonde conviction, que la culture contribue de près au développement socio-économique des hommes et de leurs cités.
Comment qualifieriez-vous votre participation au colloque de la 23 ème édition de l’Université d’été Al Moâtamid Ibn Abbad ?
C’était une heureuse occasion de rencontrer une pluralité d’éminents chercheurs, scientifiques et intellectuel qui viennent du monde entier. Un moment de partage et d’enrichissement. C’est un parfait stimulant pour la réflexion. On se sent transporté dans plusieurs ailleurs où foisonnent différentes idées et réflexions.
Vous avez écouté le message de Sa Majesté le Roi Mohammed VI lors de la soirée d’inauguration de la 30 ème édition du Moussem culturel d’Asilah,. Quel commentaire en faites-vous ?
Je crois profondément que ce discours traduit une forte inspiration à un monde nouveau et équitable, fondé notamment sur une haute vision intelligente et humanitaire où la participation de personnes dotées d’une profonde connaissance, de différentes sensibilités et expressions civilisationnelles, peut contribuer à enrichir et accélérer le processus de changement et de développement auquel aspire toutes les nations.
Vous avez créé un espace de discussion et d’échange que vous avez baptisé «Inventons demain». Avec son festival culturel international, Asilah semble aujourd’hui répondre à ce genre de lieu où différentes idées et pensées se nourrissent mutuellement…
Asilah est le laboratoire intellectuel du futur dans ce sens où toutes les réflexions sont permises, les questions sont posées, les frontières sont banies. Et le futur ne peut être construit s’il n’y a pas cette liberté au niveau de la réflexion. La création et la créativité se nourrissent de l’esprit de liberté. Le Maroc est un pays d’exception et en pleine effervescence culturelle, sociale et économique. C’est une terre de confiance, de coexistence des différentes cultures et religions.
Vous avez la réputation d’une personne qui ose dénoncer toutes les formes d’injustice et d’hypocrisie. Ainsi le 4 août 2006, vous critiquez ouvertement la politique de George Bush invoquant le conflit israëlo-arabe». Soutenez-vous toujours cette opinion ?
Bien évidemment. M.Bush ne cesse de mener le monde et notamment cette région au chaos et au fiasco. Je considère que c’est un homme qui a beaucoup de sang sur les mains. C’est un grand criminel de ce temps. La guerre contre l’Irak est théâtralement illégitime et injuste. Sa politique s’inspire d’une vision désastreuse.
Lors du meeting du 10 septembre 2006, au Cirque d’hiver, vous aviez déclaré : «Le pays ne souhaite pas un socialisme à l’eau de rose, mais un changement radical, non pas des «réformettes», mais une révolution».
Il s’agit d’une révolution pacifique, pas du tout violente. C’est une aspiration vers le changement et l’amélioration des démocraties, l’évolution des systèmes éducatifs, politiques et culturels. J’appelle à une politique audacieuse qui puisse accompagner et surtout provoquer le changement.
Quelles sont les véritables raisons qui vous ont poussé à écrire un livre intitulé «Immigration positive» ?
C’est un livre que j’ai écrit avec Hervé Le Bras, démographe et où j’ai voulu mettre l’accent sur les mécanismes de l’immigration en France, expliquer les handicaps auxquels se heurtent les enfants des immigrés dans l’ascension sociale, démonter les rouages de l’immigration. Mais j’ai surtout tenu à valoriser l’immigration, appeler à une égalité des chances et une mixité culturelle. C’est un plaidoyer pour une immigration positive plutôt que pour la discrimination soi-disant positive. Le livre met en scène l’enrichissement mutuel de l’immigré et du pays accueillant. Il faut donc aborder le problème de l’immigration avec beaucoup de souplesse et d’intelligence.
Quel est votre point de vue sur l’offre marocaine d’autonomie pour le Sahara ?
Je soutiens la proposition marocaine de l’autonomie du Sahara. C’est une solution sage et raisonnable pour sortir de l’impasse. Je suis triste de voir que deux pays amis et frères depuis toujours, soient dans cette situation.
Aujourd’hui que l’Union européenne est présidée par la France, quel pourrait être, selon vous, l’avenir du Statut avancé sollicité par le Maroc ?
Je soutiens la demande du Statut avancé du Maroc et souhaite qu’il soit le plus étroitement associé à l’Union européenne, tout en conservant son intégrité.
Que pensez-vous du Sommet du 13 juillet 2008 concernant le lancement de l’Union pour la Méditerranée par Nicolas Sarkozy et ayant réuni 42 chefs d’Etat ?
La réunion de Paris est un acte réfléchi et louable, mais il aurait été préférable d’aller moins vite et commencer d’abord par organiser un sommet scientifique et culturel réunissant les intellectuels, les représentants de la société civile, les scientifiques… afin d’éviter la désunion avec l’Union européenne.
Vous aviez affirmé lors du 20 heures de TF1 du 22 juillet « Socialiste je suis, socialiste je resterai ». Que ressentez-vous actuellement devant la crise du Parti socialiste?
C’est une question à laquelle j’aurais préféré ne pas répondre. Tout ce que je peux dire c’est que je suis attristé par cette situation.
Homme politique et homme de culture. Vous êtes auteur de plusieurs ouvrages, notamment «Un nouveau régime politique pour la France», «Demain, les femmes», «Lettre à André Malraux»…Mais vous êtes également sujet d’une pluralité de livres, en l’occurrence ; «Jack Lang: une vie entre culture et politique» de l’historien Laurent Martin et bientôt vous sortirez le livre «L’école abandonnée».
En effet ce livre sortira le 20 août 2008. Il s’agit d’une lettre ouverte au ministre de l’Education nationale. Je suis en train de finir un livre pour le printemps prochain et qui s’intitule « Entretiens » avec le journaliste Jean Michel Helvig. Je prépare aussi un livre sur Michel-Ange par amour pour l’histoire de la Renaissance et par admiration pour cet artiste et créateur complet qui était à la fois peintre, sculpteur, poète et architecte.
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