Société

La maladie des pharmaciens

Les pharmaciens en ont ras-le-bol. Ils se disent incompris. En fait, ils ont deux types de problèmes. L’un est à caractère purement juridique, l’autre l’est beaucoup moins, il est d’ordre psychologique et médiatique. Pour ce qui est du premier chantier, il s’agit essentiellement de convaincre les autorités publiques de la gravité de la situation caractérisant les pharmaciens d’officine. Le président de la fédération nationale des syndicats des pharmaciens (qui compte une cinquantaine de syndicats), le Dr Kamal Belhaj Soulami, estime que « vraisemblablement, le dossier des pharmaciens dépasse tout le monde ». En d’autres termes, « personne ne semble avoir l’aptitude à prendre des décisions concrètes ». Pourtant, l’instant est grave. Selon le Dr. Belhaj, 25% à 30% des pharmacies risquent d’un jour à l’autre de faire faillite. Le malheur c’est qu’un pharmacien qui dépose le bilan perd légalement sa qualité de pharmacien. En clair, il ne peut ni ouvrir une autre officine, ni même pratiquer chez un confrère. Du jour au lendemain, il se retrouve sans rien. « C’est ce qui explique que certains pharmaciens sont maintenant en fuite, d’autres se sont carrément suicidés », poursuit le Dr. Belhaj Soulami, également président du syndicat des pharmaciens de la région de Rabat-Salé. L’une des principales revendications des pharmaciens consiste à mettre à jour les textes de lois qui régissent leur profession. Et pour cause, leur dahir date de 1960. Cette loi prévoit notamment le système du chaînage à 300 m. Ce système a été abandonné par pratiquement tous les pays du monde, qu’ils soient européens, africains ou arabes. Ces pays ont donc opté pour un système beaucoup plus « réaliste », le numerus clausus. Il s’agit de conditionner l’installation d’une nouvelle pharmacie à une population prédéterminée. Pour le Dr. Belhaj Soulami, cette solution répond à une logique de santé acceptée par tous les pays du monde. Elle pourrait également régler l’ensemble des problèmes des pharmaciens. En fait, ce ne sont pas uniquement les affaires de ces derniers qui sont en danger mais ce secteur de santé en entier qui risque un effondrement. A noter que le code des pharmaciens est en chantier depuis plusieurs années, pratiquement depuis le début des années 80. Et jusqu’à aujourd’hui, sa sortie est continuellement retardée. La dernière réunion de travail tenue entre les pharmaciens et le ministère de tutelle (celui de la Santé) s’est déroulée le mercredi 7 janvier dernier. « Malgré toute la bonne volonté du ministre Biadillah, les choses ne semblent pas avancer et nous ne voyons pas le bout du tunnel », commente le Dr. Belhaj. En fait, le Secrétariat général du gouvernement est également compétent sur le dossier des pharmaciens. Pour le Dr. Belhaj, « un blocage est exercé quelque part », sans autre précision. En tout cas, les pharmaciens ne comptent pas baisser les bras. Ils ont décrété le 15 février prochain, une « date butoir ». Si d’ici-là, aucun geste ne leur parvient des autorités publiques, ils comptent lancer un vaste mouvement de grève, en ferment carrément leurs pharmacies. « Mais nous prévoirons des permanences pour ne pas léser les citoyens », précise le Dr. Belhaj. Pour ce qui est du deuxième chantier, il est aussi important que le premier. Il s’agit d’expliquer à l’opinion publique nationale que le pharmacien ne croule pas sous l’or, contrairement aux idées reçues. Le Dr. Kamal Belhaj Soulami, explique à cet effet, que « la majorité des pharmacies du Maroc réalise un chiffre d’affaires de 600.000 DH, ce qui leur laisse un gain de 1.800 DH par mois ». Depuis deux ou trois ans, le nombre de pharmaciens s’est multiplié de manière vertigineuse. L’appel est donc lancé aux parents qui s’endettent pour faire payer des études de pharmacie à leurs enfants. « Ces parents doivent comprendre que leur progéniture risque de finir au chômage ».

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