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Lamrani Samiya: «Nous sommes pour un code de la famille démocratique et moderne»

Entretien avec Lamrani Samiya, présidente de l’Association Insat de lutte contre la violence faite aux femmes

Dans cet entretien, Lamrani Samiya met en exergue un grand nombre de moyens auxquels recourt son association pour protéger la femme contre toute forme de violence. Elle présente également quelques propositions d’amendement du code de la famille.

 

ALM: Quels sont les objectifs de l’Association Insat de lutte contre les violences faites aux femmes?
Lamrani Samiya: L’Association Insat, qui a vu le jour le 13 février 2005, s’assigne pour objectif de soutenir les femmes victimes de violences et les mères célibataires tout en prenant soin de leurs nourrissons conformément à la vision de notre association dans le but de donner naissance à une société démocratique et moderne, sans violences ni discriminations. Nous nous opposons à toutes les formes de violence basées sur le genre et à tout comportement qui porte atteinte aux droits de la femme qu’il soit psychologique, verbal, sexuel, économique, physique…En 2021, notre Association a reçu 415 cas de femmes violentées, 300 cas en 2022. Entre 2005 et 2022 leur nombre a été de 7.538 cas.

Quels sont les moyens dont vous disposez pour réaliser les objectifs escomptés ?
Nous recourons à tous les moyens qui permettent de protéger la femme contre les violences précitées, à savoir : présenter le soutien juridique et psychologique à toute femme victime de violences, accueillir les mères célibataires et les protéger en leur proposant des solutions à même de les réinsérer dans la société, organiser des rencontres et des campagnes de sensibilisation en vue de participer au changement des mentalités et les pratiques qui perpétuent le recours à la violence faite aux femmes, soutenir, orienter, accompagner… les femmes victimes de violences. Notre association rend un vibrant hommage à notre pays qui ratifie les accords internationaux relatifs à la protection des droits de la femme. Des efforts louables ont été déployés dans ce domaine. Ainsi, nous créons des centres d’accueil et d’hébergement des femmes célibataires et leurs nourrissons et des centres d’écoute pour mettre l’accent sur les doléances des femmes victimes de violences, nous organisons des campagnes de sensibilisation, des sessions de formation et des programmes médiatiques au profit de ces femmes tout en mettant en exergue la signature des conventions de partenariat avec les associations qui ont les mêmes objectifs que les nôtres et avec des institutions concernées sur le plan national et international.

Que pensez-vous de la Moudawana et quelles sont vos propositions ?
Conformément aux Orientations Royales, le gouvernement est appelé à réaliser un projet de réforme du code de la famille. Pour notre Association Insat de lutte contre la violence faite aux femmes, à l’instar de toutes les autres associations qui ont les mêmes objectifs que nous, la réforme de la Moudawana était au centre de nos préoccupations depuis le début de son opérationnalisation. Force est de dire que le Code de la famille a grand besoin d’amendements pour qu’il soit au diapason des changements que connaît notre société. Grâce à ses expériences dans ce domaine l’Association Insat s’engage à plaider en faveur d’une réforme fondamentale de la Moudawana que ce soit en tant qu’association féminine qui défend les droits des femmes ou en tant que membre de plusieurs réseaux, coalitions et alliances nationales comme l’Alliance Rabia al-Karama , l’Observatoire des yeux féminins, la Coalition Dounia…

En termes de référence, nous sommes pour un code de la famille démocratique et moderne et dont la référence s’inspire des pactes et des traités internationaux relatifs aux droits de l’Homme, un code qui se base sur l’égalité des droits consacrés par la Constitution de 2011 et qui garantisse la stabilité familiale loin des coutumes et des idées traditionnelles dépassées qui perpétuent la discrimination et l’injustice familiale. Nous sommes pour la correction des dysfonctionnements et des lacunes que l’expérience de sa mise en œuvre juridique a révélés. Le Souverain a souligné que les dispositions du code de la famille «doivent également être mises en adéquation avec l’évolution de la société marocaine et les besoins du développement durable» notant que «la nouvelle version s’harmonisera ainsi avec la progression de notre législation nationale». SM le Roi a également souligné: «En Notre qualité de Commandeur des croyants, Nous ne pouvons pas permettre ce que Dieu a interdit, ni interdire ce que Dieu Tout-Puissant a permis».

Nous optons par conséquent pour la suppression de toutes les dispositions qui perpétuent la violence et la discrimination envers les femmes, à savoir la polygamie et toutes les exceptions qui y sont liées. Nous sommes pour l’abrogation des articles 20 et 21 portant sur le pouvoir discrétionnaire du juge concernant le mariage des filles en dessous de l’âge de la majorité légale prévue par le code, la criminalisation du mariage de la fatiha mais nous sommes pour la simplification des procédures de conclusion des actes de mariage devant les officiers de l’Etat civil ou l’autorité locale pour les régions éloignées, la reconnaissance du droit de la mère de la tutelle légale sur ses enfants.

Concernant le divorce, il faudrait se contenter d’un seul type de divorce qui garantisse les droits des femmes et des enfants, la révision des dispositions de l’article 49 de manière à établir un régime juridique qui garantisse les droits de la femme sur tous les biens acquis pendant le mariage, le recours à l’expertise génétique pour établir la filiation.
De même, en matière d’héritage, l’abolition de la discrimination entre les sexes, l’affirmation de l’égalité entre les héritiers du même degré et la suppression de la différence de religion comme obstacle à l’héritage ainsi que du Taasib, l’abrogation de l’article 400 et l’adoption de la référence universelle des droits de l’Homme…

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