Société

Le crédit agricole

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Thami Ghorfi : Monsieur Sijelmassi, vous annoncez une nouvelle stratégie pour votre banque, le Crédit Agricole, après une période consacrée à son redressement. Quels sont les principaux axes de cette stratégie ?
Tariq Sijelmassi : La nouvelle stratégie du Crédit Agricole est une stratégie de développement et de conquête. Il s’agit en fait de fonctionner par marchés différenciés. Les marchés en question sont au nombre de trois : • Le marché de la petite et moyenne agriculture, qui est notre marché traditionnel et notre raison initiale d’être. • Le marché des filières agroalimentaires, à travers lequel nous restons une banque verte, tout en rentrant dans le domaine de l’entreprise. • Et enfin, le marché des particuliers, pour lesquels nous choisissons un segment très spécifique qui sont les particuliers en milieu péri-urbain.
Au sujet de la petite agriculture, ce que vous appelez dans votre jargon « les petites et moyennes exploitations agricoles », comment est-ce que vous allez aujourd’hui continuer à assurer votre mission auprès de cette petite agriculture, pour la soutenir et pour lui permettre de financer ses exploitations ?
Tariq Sijelmassi : Pour nous l’agriculture marocaine se divise en quatre catégories : • La première catégorie, c’est les grands agriculteurs. D’ailleurs la notion de «grands agriculteurs» varie selon que l’on se situe en périmètre irrigué ou pas. Ceux-là sont pris en compte dans les filières. • La deuxième catégorie, c’est les petits agriculteurs qui ont résolu les problèmes liés à la ressource hydrique et qui n’ont pas de problèmes d’itinéraires techniques. En d’autres termes, ce sont des petits agriculteurs rentables. Ceux-là, nous avons l’intention de leur proposer une palette de produits adaptés et innovants, en ayant recours à tout ce que la technologie et la nouvelle organisation peuvent offrir. Par exemple, désenclaver nos caisses locales en les connectant par Intranet avec des centres de décision et d’orientation situés au siège. Offrir, par exemple, des agences mobiles qui vont sillonner le territoire et qui seront connectées par satellite au réseau central, de telle manière à ce que tout client qui se présente à ces guichets mobiles puisse être connecté en temps réel avec ses comptes et pouvoir faire des opérations en temps réel. Nous pensons également à changer l’ergonomie des points de vente, par exemple mettre en place tout ce qui concerne les chargés de clientèle qui vont faire une prise en charge spécifique de l’agriculteur au moment où il se présente, mettre en place des grilles de scoring afin de scorer et de donner un rating de la qualité de ces clients. En finalité, adapter tout ce qui est technologie bancaire moderne à cette population qui est notre coeur de cible et notre raison d’être, je le répète. • La troisième catégorie, qui sont les petits et moyens agriculteurs mais qui ont des difficultés. Pour cette catégorie là, nous ne les oublions pas et ils seront traités dans le cadre d’une convention entre l’Etat et le Crédit Agricole. • Et enfin, une quatrième catégorie des tout petits agriculteurs qui sont déjà traités par le Crédit Agricole dans le cadre de notre Fondation micro-crédit, de telle manière à ce que nous couvrons l’ensemble et que véritablement, on ne puisse pas dire que le Crédit Agricole abandonne à son sort qui que ce soit.
Comment appréhendez-vous cette nouvelle démarche filière dans votre stratégie ?
Tariq Sijelmassi : Avant tout, la définition de la filière c’est les filières agroalimentaires qui commencent depuis le grand agriculteur jusque la distribution, en passant par l’agro-industrie, les grands importateurs, les grands commerçants. Cette démarche-filière c’est avant tout de segmenter à l’intérieur des filières des domaines d’activité spécifiques, par exemple la céréaliculture, l’oléoculture, les viandes blanches, les viandes rouges, les agrumes. C’est avant tout un état d’esprit. Il s’agit d’appréhender les filières non plus comme des entreprises éparses que l’on traite en pointillés mais de relier tous ces pointillés pour en faire une ligne conductrice et leur donner des produits adaptés, gérer le risque de manière globale, adapter notre qualité de service filière par filière. Je pense que cela va dans l’intérêt national par exemple notamment pour la filière « olives », il y a un véritable besoin aujourd’hui de prendre en charge cette filière « olives » et de lui donner toutes ses chances de réussir sachant que c’est une grande richesse pour le Maroc de demain.
Est-ce que le Crédit Agricole dispose de l’expertise nécessaire pour aller vers le champ industriel ?
Tariq Sijelmassi : Dans ce domaine, le Crédit Agricole faisait comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir. En d’autres termes, nous avons toujours été présents dans les filières agroalimentaires et nous avons toujours financé les entreprises. Bon nombre d’entreprises marocaines aujourd’hui ont été montées par des investissements du Crédit Agricole. La seule différence, c’est que nous avons aujourd’hui une approche différenciée. Nous avons déterminé qu’elle était sa position au sein de sa filière et nous avons volontairement adopté une attitude agressive et commerciale pour lui proposer des services de qualité.
Revenons à votre dernier champ de développement qui est le marché des particuliers. Il s’agit d’un marché convoité par toutes les banques et où la concurrence est extrêmement rude. Quelle légitimité, avez-vous, en tant que Crédit Agricole pour aller sur ce marché des particuliers ?
Tariq Sijelmassi : Tout d’abord, le marché des particuliers est très vaste, parler du marché des particuliers, c’est réduire la population marocaine à une uniformité qui n’existe pas. En réalité, il y a des marchés des particuliers : vous avez le marché des particuliers du centre- ville, le marché des particuliers des rentiers, vous avez ceux qui habitent dans les quartiers périphériques, etc… Nous avons choisi cette dernière catégorie parce que nous estimons : 1. Qu’il y a un atavisme entre le Crédit Agricole et cette population puisque bon nombre d’entre-eux ont des liens très forts avec le monde rural et de ce fait, nous restons la banque verte pour ces gens. 2. Il y a un véritable besoin sur ce marché. Je ne sais pas si vous êtes allés vous promener dans les quartiers périphériques, à Hay Mohammedi, à Hay Hassani, dans le grand Salé, dans le grand Témara. La densité du réseau bancaire et la bancarisation de ces populations est encore très faible dans ces quartiers.Il y a donc un véritable besoin face à une population qui présente des caractéristiques de clientèle tout à fait intéressante, rentable et solvable même si ce n’est certes pas de grands revenus mais c’est beaucoup de petits revenus qui vivent correctement et avec beaucoup de sagesse.
Pour conclure, quels sont les moyens dont dispose le Crédit Agricole pour assurer la mise en oeuvre de cette stratégie ?
Tariq Sijelmassi : Notre force principale c’est notre réseau. Selon les dernières évolutions du secteur bancaire, nous pouvons considérer que nous sommes aujourd’hui le troisième réseau du pays et jusqu’à récemment nous étions le deuxième réseau du pays à travers 350 points de vente répartis entre des points de vente fixes et quelques guichets périodiques. A l’horizon 2008, nous avons l’ambition de faire monter ce réseau à 500 points de vente parce que s’y rajouteront les guichets mobiles et l’extension naturelle de notre réseau aussi bien dans les quartiers périphériques qu’en milieu rural. C’est cela notre force principale.

• Cette émission sera rediffusée ce soir à 22h00 sur les ondes de Médi 1

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