La part des femmes mariées utilisant un contraceptif est passée de 40% à 70% entre les années 1990 et 2020.
Etude : Selon une récente étude de l’Institut national d’études démographiques ( INED), le Maroc connait une baisse continue et progressive de la fécondité, qui conduit à un indice synthétique historiquement bas de 1,97 enfant par femme en 2024. Ce recul ne s’explique pas par un mariage plus tardif mais plutôt au recours croissant à la contraception.
L’Institut national d’études démographiques (INED) a publié une étude sur la fécondité au Maghreb. Cette étude menée par Zahia Ouadah-Bedidi, Ibtihel Bouchoucha et Soumaya Abdellatif révèle que après avoir connu une transition de la fécondité parmi les plus rapides au monde, le Maghreb entre aujourd’hui dans une nouvelle phase avec une fécondité basse qui semble durablement installée. À partir des années 2000, le Maroc se distingue par une baisse continue et progressive de la fécondité , qui conduit à un indice synthétique historiquement bas de 1,97 enfant par femme en 2024. La décennie 2014-2024 marque un nouveau tournant. La fécondité tunisienne baisse de nouveau à un rythme soutenu et son indice atteint un niveau historiquement bas de 1,58 enfant par femme en 2023 et atteindrait même 1,53 en 2024. Pour sa part, le Maroc passe sous le seuil de remplacement de 2,1 en 2024, tandis que l’Algérie amorce une diminution depuis 2017. Les trois pays s’orientent désormais vers des niveaux de fécondité bas (Algérie) ou très bas (Maroc et Tunisie).
Les autrices font remarquer que si les niveaux de fécondité chutent actuellement dans les trois pays du Maghreb, les calendriers de fécondité diffèrent sensiblement. Au Maroc, la baisse continue de la fécondité ne s’accompagne pas de changement notable du calendrier : le pic de fécondité reste concentré sur le groupe des 25-29 ans. Cela dit, la diminution passe par une réduction de l’intensité des naissances pour les mères de 30-34 ans d’abord, puis de 25-29 ans. L’âge moyen à la maternité demeure stable (entre 30,3 et 30,6 ans). Selon les autrices, ces évolutions tiennent à des facteurs connexes de la fécondité – la nuptialité et la contraception –, eux-mêmes fortement liés aux transformations du contexte socio-économique. Au Maroc, la fécondité baisse malgré une entrée en mariage des femmes relativement précoce. Les données des recensements montrent que l’âge moyen des femmes au premier mariage recule, de 26,3 à 24,6 ans entre 2004 et 2024, tandis que celui des hommes continue d’avancer, pour passer de 31,2 à 32,4 ans sur la même période. Cette précocité du mariage féminin n’a pas freiné la baisse de la fécondité, et souligne le rôle central d’autres facteurs, au premier rang desquels figure la contraception.
Usage croissant de la contraception
Le Maroc se distingue par un usage croissant de la contraception. La part des femmes mariées utilisant un contraceptif est passée de 40 % à 70 % entre les années 1990 et 2020. On note aussi un recours croissant aux méthodes modernes – pilule, stérilet, contraceptif injectable implant et stérilisation – par opposition aux méthodes traditionnelles comme l’abstinence périodique. Tous ces changements démographiques s’inscrivent dans un contexte socio-économique marqué par l’allongement des parcours scolaires et une insertion professionnelle tardive des jeunes adultes, en particulier des femmes. Il est important de noter que les difficultés d’insertion sur le marché du travail, puis de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale peuvent ainsi retarder les projets de mariage et de maternité et contribuer à l’ajournement des naissances. Au-delà de ces contraintes économiques et institutionnelles, les transformations récentes de la fécondité reflètent également une évolution des normes familiales. Aujourd’hui, la parentalité tend à devenir un projet plus exigeant. Les parents accordent désormais une plus grande importance à la réussite scolaire, au bien-être et aux conditions de vie des enfants.
Vieillissement démographique
Contrairement à la Tunisie, le vieillissement reste plus modéré en Algérie (10,5 % de 60 ans et plus en 2023) et au Maroc (13,8% en 2024), mais il s’accélérera durant les prochaines années avec la poursuite de la baisse de la fécondité. La poursuite de la baisse rapide de la fécondité réduira progressivement le solde naturel. À mesure que les générations moins nombreuses atteindront les âges reproductifs, le nombre annuel de naissances tendra à diminuer mécaniquement, indépendamment même des comportements individuels. Si le solde naturel devient négatif, la population ne pourra alors croître qu’au prix d’un solde migratoire positif. Cela dit, contrairement à de nombreux pays européens où les flux migratoires contribuent encore à compenser le solde naturel, le Maghreb est historiquement marqué par un solde migratoire négatif. La baisse récente de la fécondité au Maghreb est nette et parfois très rapide. Elle s’inscrit dans des évolutions durables des comportements avec des naissances davantage reportées, espacées et limitées. Si les trajectoires diffèrent selon les pays, ces transformations convergent vers une installation probable de la fécondité à des niveaux durablement bas, sans qu’un nouveau rebond comparable à ceux observés par le passé ne soit, à ce stade, perceptible.










