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Les défis de la généralisation de la protection sociale à la loupe

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Le Maroc peut réaliser son ambition d’assurer un accès équitable aux soins de santé pour tous ses citoyens, selon une analyse publiée par Policy Center for the New South. A ce propos, celle-ci propose un diagnostic succinct sur les axes stratégiques pour la réussite de ce projet.

Le Maroc fait de la généralisation de la protection sociale une de ses plus grandes priorités. Pour en décrypter les défis et les perspectives, Policy Center for the New South vient de dévoiler une analyse intitulée «Protection sociale : quelles solutions pour un système de couverture sanitaire universel, soutenable et efficace ?» réalisée après la tenue d’une conférence qui s’est déroulée plus tôt durant ce mois de juin portant la même thématique. Cette analyse braque les projecteurs sur les enjeux et les perspectives de la couverture sanitaire universelle et sur le financement pérenne de la couverture de santé face aux diversités économiques de la population et à son extension progressive. «La viabilité des régimes contributifs est cruciale pour assurer la pérennité du système de protection sociale. À cet égard, des mesures incitatives novatrices ont été adoptées pour encourager la régularité des paiements des cotisations. L’amnistie de 2024, qui a effacé les dettes des cotisants sous certaines conditions, et l’élargissement de l’aide sociale directe aux travailleurs indépendants illustrent l’engagement de l’État à favoriser l’adhésion au système», indique cette analyse ajoutant que des ajustements juridiques ont été opérés pour simplifier les procédures et faciliter l’adhésion des populations concernées. Ce Policy Brief fait remarquer par ailleurs que la réussite de cette réforme dépend également de la capacité à relever d’autres défis citant par exemple que l’extension de la couverture sociale doit être inclusive et équitable, garantissant un accès universel aux services de santé pour tous les citoyens. «La convergence des systèmes, la disponibilité d’une offre de soins équitable dans tout le pays, ainsi que la durabilité du financement de ces systèmes sont autant d’aspects essentiels à considérer», argumente la même source. Et de poursuivre : «La confiance dans les institutions et la qualité des services offerts sont également des éléments déterminants pour encourager l’adhésion».

Diagnostic
Cinq défis sont à surmonter pour réussir la réforme liée à la généralisation de la protection sociale. Le premier concerne la couverture et l’inclusivité. «La généralisation de la couverture sanitaire universelle au Maroc requiert l’intégration de 22 millions de nouveaux bénéficiaires dans le système d’assurance maladie obligatoire, l’extension des allocations familiales au profit de 7 millions d’enfants en âge de scolarité et l’extension du nombre des bénéficiaires d’une pension de retraite à 5 millions de bénéficiaires supplémentaires», rapporte la même source. Et d’ajouter : «L’inclusion signifie assurer que le plus grand nombre possible de personnes soit couvert, évitant ainsi toute forme d’exclusion sociale. Un élément clé pour réussir cette initiative est la mise en place du Registre social unifié. Cet outil statistique permettra d’identifier de manière continue, précise et dynamique dans le temps, les individus pauvres et vulnérables qui auront droit aux programmes d’assistance sociale». Le deuxième défi est celui de la convergence des systèmes. Selon la même analyse, le système actuel comprend des prestations spécifiques pour différents groupes, à savoir les salariés du secteur privé, les salariés du secteur public et les travailleurs non-salariés, chacun bénéficiant du même panier de prestations en matière d’assurance maladie obligatoire. «La gouvernance, cependant, est fragmentée et répartie par secteur, ce qui peut mener à des inefficacités et des pertes de ressources. Pour remédier à cela, il est essentiel d’unifier la gouvernance afin de consolider les efforts, éviter les pertes tant monétaires que sociales et améliorer l’efficacité. Cette unification permettrait de garantir une meilleure inclusivité», explique la même source. Pour ce qui est du troisième défi, il est lié à l’offre de soins de santé équitable et accessible dans tout le pays. «Le défi majeur consiste à répondre à la demande croissante en soins de santé de manière équitable, tout en relevant les défis liés à l’offre des soins, aux coûts associés et aux obstacles géographiques. Les mesures actuellement mises en place au Maroc visent à aborder ces défis de manière holistique et à garantir un accès équitable aux services de santé pour l’ensemble de la population», relève la même analyse. Concernant le quatrième défi, il est afférent à la durabilité et la soutenabilité du financement de protection sociale. «Le financement de la protection sociale est crucial pour assurer sa soutenabilité. Avant d’envisager un financement supplémentaire, il est primordial de renforcer l’efficacité du système», précise la même source. S’agissant du cinquième défi, il est lié à l’adhésion au système de protection sociale par la population. «Encourager la population à rejoindre le système de protection sociale représente un défi majeur. Tout d’abord, la confiance en les institutions revêt une importance capitale. Le fait que le projet de généralisation de l’assurance médicale obligatoire soit un chantier Royal lui confère une crédibilité indéniable», peut-on lire dans ce document.

Financement
Le deuxième grand volet de cette analyse qui concerne le financement pérenne de la couverture de santé face aux diversités économiques de la population et à son extension progressive braque les projecteurs sur plusieurs leviers. «La généralisation de la protection sociale au Maroc repose sur deux principaux mécanismes de financement : un, contributif, destiné aux personnes et salariés et non-salariés ayant la capacité de contribuer, et un système de financement solidaire pris en charge par l’État pour les personnes ne pouvant pas cotiser», souligne la même source rappelant que le système de protection sociale au Maroc comprend deux piliers solidaires, à savoir l’Assurance maladie obligatoire (AMO) Tadamon, dédiée aux personnes pauvres et vulnérables, et l’Aide sociale directe (ASD), qui consiste en une extension des allocations familiales aux personnes qui en ont besoin. «En 2024, le budget alloué à ces programmes solidaires s’élève à environ 34 milliards de dirhams, démontrant l’engagement de l’État envers la couverture médicale et la protection sociale en général. En 2026, ce coût devrait atteindre environ 39 milliards de dirhams», rappelle cette analyse.

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