Une étude du HCP met en relief l’interdépendance des ODD liés à l’égalité des sexes
Etude : Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a présenté, mardi 25 mars lors d’une rencontre, une étude intitulée «Les inégalités de genre sous le prisme des objectifs du développement durable (ODD) au Maroc». Elle met en relief l’importance d’approches intégrées pour accélérer les progrès vers une égalité durable.
Le Haut-Commissariat au Plan (HCP), en partenariat avec ONU Femmes et avec l’appui de l’Union européenne, a organisé, mardi 25 mars, une conférence-débat sous le thème «Autonomisation des femmes au Maroc : Comprendre les défis pour mieux agir». Dans le cadre de cette rencontre, une étude intitulée «Les inégalités de genre sous le prisme des objectifs du développement durable au Maroc», réalisée en collaboration avec ONU Femmes Maroc, a été présentée. Cette étude a permis, sur la base des résultats de l’Enquête nationale sur le niveau de vie des ménages 2022, de combler des lacunes en matière d’indicateurs, notamment sur les droits fonciers, les ressources économiques et la santé reproductive.
Elle met également en relief l’interdépendance des ODD liés à l’égalité des sexes et l’importance d’approches intégrées pour accélérer les progrès vers une égalité durable, renforçant ainsi la résilience économique et sociale du pays. L’analyse met en lumière les interactions complexes entre plusieurs ODD sensibles au genre. En effet, l’ODD-1, qui vise à éradiquer la pauvreté, est étudié sous l’angle de la vulnérabilité économique, avec une attention particulière aux disparités d’accès aux ressources selon le genre. Dans le domaine de l’éducation (ODD-4), les données montrent que renforcer l’accès des filles à une éducation de qualité constitue un levier transversal pour d’autres ODD. Selon les analyses, l’éducation contribue à hauteur de 28 % à la réduction de la pauvreté et de 29 % à l’amélioration des indicateurs de santé (ODD-3).
Cependant, des défis structurels persistent au Maroc, notamment dans les zones rurales, où les filles continuent de faire face à des barrières importantes en termes d’accès à une éducation de qualité. Dans cette étude le HCP et ONU Femmes estiment que ces disparités, alimentées par des normes culturelles et des contraintes financières, perpétuent un cycle d’inégalités intergénérationnelles. Par conséquent, il devient impératif de renforcer les infrastructures éducatives dans les régions rurales, tout en mettant en place des mécanismes incitatifs, comme des bourses scolaires et des services de transport adaptés, pour encourager la scolarisation des filles. Ces efforts permettraient de réduire les écarts de genre en matière d’éducation et de créer une base solide pour un développement économique et social durable. Par ailleurs, la santé, représentée par l’ODD-3, contribue à hauteur de 23 % à l’atténuation des écarts de pauvreté.
Le rapport souligne que l’accès aux soins de santé, en particulier dans les régions rurales et éloignées, reste un défi majeur au Maroc. Les zones rurales manquent de centres de santé fonctionnels et de personnel médical qualifié, ce qui limite l’accès aux soins essentiels pour les populations vulnérables. D’où l’importance de développer des programmes de santé communautaire et de renforcer les capacités du personnel médical dans ces régions. De tels investissements permettraient ainsi d’améliorer significativement les conditions de vie des ménages les plus pauvres, tout en renforçant leur résilience face aux chocs économiques et sanitaires. D’autre part, l’égalité des sexes, portée par l’ODD-5, est également un pilier fondamental pour réduire la pauvreté et promouvoir un développement inclusif. Les analyses montrent que l’autonomisation des femmes contribue à hauteur de 18 % à la réduction des inégalités de pauvreté entre hommes et femmes.
Dans les zones rurales, les stéréotypes de genre et les discriminations institutionnelles limitent considérablement leur accès aux opportunités économiques et sociales. En réponse à ces défis, des politiques publiques renforcées doivent être mises en place pour promouvoir l’égalité des chances, en particulier dans les régions marginalisées. Enfin, l’ODD-8, qui promeut l’emploi décent, et l’ODD-10, centré sur la réduction des inégalités, jouent un rôle transversal dans la lutte contre la pauvreté. L’accès à des emplois décents, avec une contribution estimée à 13% dans la réduction de la pauvreté, est un facteur clé d’inclusion économique, en particulier pour les jeunes et les femmes. Cependant, le marché du travail marocain reste marqué par des inégalités structurelles, notamment une sous-représentation des femmes dans les secteurs formels et une persistance des écarts salariaux entre les sexes.
Ce que recommande l’étude
L’étude met en lumière l’importance cruciale de renforcer le plaidoyer pour l’intégration de l’égalité de genre dans les politiques publiques. Il est aussi impératif d’élargir et de renforcer les partenariats avec les agences internationales – notamment ONU Femmes afin de garantir un soutien technique et financier pérenne. L’établissement de partenariats est également encouragé pour le financement de projets intégrant l’égalité de genre, en particulier dans des secteurs comme l’éducation et l’autonomisation économique féminine. Par ailleurs, l’étude souligne la nécessité de renforcer la collecte de données de manière systématique et régulière, afin de permettre un suivi rigoureux et dynamique de l’égalité de genre.
Les enquêtes nationales, telles que l’enquête nationale sur le niveau de vie des ménages ou l’enquête nationale sur l’emploi, devraient être réalisées à des intervalles précis pour fournir des données actualisées et comparables. Il est recommandé d’intégrer des modules systématiques sur le genre dans toutes les enquêtes nationales, afin de capturer des informations précises sur l’accès des femmes à l’éducation, leur participation au marché du travail, leur santé reproductive et leurs droits fonciers, en particulier en milieu rural. ll est aussi essentiel de produire de nouveaux indicateurs sensibles au genre, encore peu documentés, pour mieux évaluer la situation des femmes dans divers domaines. Parmi eux, on trouve des indicateurs sur la participation des femmes aux instances décisionnelles, leur accès aux ressources économiques (crédits, aides), la sécurité physique et sociale (y compris les taux de violence basée sur le genre), ainsi que leur accès aux technologies numériques, surtout en zones rurales.
Ces indicateurs permettraient d’enrichir le suivi des inégalités de genre et d’orienter les politiques publiques vers des actions plus ciblées et efficaces. Par ailleurs, l’étude recommande de recourir à des approches méthodologiques beaucoup plus innovantes pour évaluer les synergies et interconnexions entre les politiques publiques dans le cadre des ODD. Plutôt que de se limiter aux outils micro-économétriques, il s’avère essentiel de développer des modèles et des outils de suivi avancés permettant de capter les interactions entre objectifs. Il est par ailleurs suggéré de concevoir des tableaux de bord interactifs pour offrir aux décideurs et citoyens une vue d’ensemble des progrès réalisés en matière d’ODD et des interconnexions entre les différentes actions dans des domaines clés tels que l’éducation, l’emploi, la santé.