Société

Les marocaines et la nationalité

© D.R

A la lumière des cas que j’ai eu à connaître sur les rapts parentaux (qui sont toujours l’exercice sauvage de la loi du plus fort), je suis comme beaucoup enthousiasmée aujourd’hui par l’annonce de la possibilité prochaine par SA Majesté le Roi Mohammed VI,  du droit pour la femme marocaine à transmettre sa nationalité. Les pays à fort développement humain sont tous des pays où les droits des plus faibles ont été de longue date, réévalués.
A l’inverse, les pays sous-développés, accusant un fort retard humain, social, médical, économique, préjudiciable pour tous,  sont  des pays où le droit des plus faibles est encore bafoué.
Les pays sont exactement comme des embarcations à rames, rien ne remplace l’énergie et la volonté humaines. Ils avancent  toujours au prorata des efforts de chacun.
Y a-t-il un grand nombre de passagers dans la soute et très peu d’équipages sur le pont ? Le bateau lourdement chargé, avance péniblement. Le moindre remous le fait tanguer, les rameurs s’épuisent, le navire embarque des paquets de mer, personne n’est en situation d’écoper.
En cas de gros temps, les comportements désordonnés ou la panique sont inévitables….
A l’inverse, avant de prendre la mer, imaginons que l’on mette en place un plan Marshall * de l’Education. (Ne pas confondre Education et Instruction).
Education signifie étymologiquement : E =  à l’extérieur et ducere:
= conduire.
On doit en conclure que par l’Education, on conduit l’homme au dessus de son animalité.
Avant d’instruire, on doit toujours commencer par éduquer.
Education au vivre ensemble, à la responsabilité, aux valeurs citoyennes car seules ces valeurs préparent la cohésion du pays.
L’Education c’est l’acquisition de la conscience.
Lorsque ce stade est amorcé on peut prétendre à instruire c’est-à-dire à transmettre des savoirs, des Techniques, des Connaissances, en un mot de la science.
* Marshall, du non de l’instigateur du plan d’aide américaine  qui a permis aux pays détruits par la deuxième guerre mondiale de connaître une prospérité sans précédents   dans l’histoire de l’humanité.
Remarquez que je ne fais que dégager des vérités premières, magnifiquement énoncées  par un illustre prédécesseur,   Rabelais:
«Science sans conscience, n’est que ruine de l’âme ».
Imaginons donc que l’on ait l’intelligence de revenir à ces vérités premières :
Education aux valeurs puis instruction, alors là, la barque autrefois alourdie, tanguant dangereusement, livrée sans défense aux aléas du destin, avec des passagers impuissants, sensibles aux discours de frayeur, se retrouve progressivement avec un maximum de passagers transformés en équipage. C’est-à-dire éduqués à la responsabilité, formés aux manœuvres, renforcés de leurs droits civils.
Le navire est alors  armé pour la course de haute mer. Il reste au timonier à régler la cadence.
Les pays où le parti pris de l’éducation et les droits égaux pour tous ont été choisis en première priorité sont tous passés du stade de barque poussive à navire de compétition.
Ceux qui ont tardé à prendre ces mesures ont eu l’immense déception de faire du sur place.
Ceux qui ont régressé, sont devenus de véritables Radeaux de la Méduse. En fait tous les pays où la moitié de la population est traitée comme des citoyens  de seconde zone, s’amputent dans exactement la même proportion, d’efforts, d’audace, de courage et de créativité…
Pour le professeur Armatya Sen, un des papes de la pensée d’avant-garde en termes de développement humain, professeur à Cambridge, Prix Nobel d’économie 98, « Il n’ y a pas de sujet plus brûlant en termes d’urgence que le droit des femmes. Par le droit et l’éducation, on leur permet d’apporter leur potentiel et leurs valeurs naturelles de préservation de la vie à l’amélioration de la richesse nationale. A l’examen, dit-il, partout où cela a été mis en pratiques, on a vu le système des valeurs, morales, sociales et surtout économiques, s’infléchir vers le meilleur ».
Le droit des plus faibles, substrat du développement humain est donc un enjeu de survie pour les pays qui sont légitimement fiers de leurs traditions et de leur culture, mais en marche vers le progrès matériel et moral pour tous.
Au concept de modernité, je préfère de loin  le vocable de progrès car la modernité n’est pas toujours synonyme de progrès.
 Et au progrès matériel (économie, médecine, technologies), j’associe toujours le progrès moral qu’on oublie trop souvent (valeurs, éthique, compassion, altruisme).
Nos anciens ne s’y sont pas trompés:
Après la séparation de l’église et de l’Etat en 1905, un des pères de la démocratie française, l’illustre Jules Ferry, un clérical pourtant convaincu, patron des fameux hussards noirs de la République, ces instituteurs qui ont si magnifiquement éduqués nos aînés, leur donnera dans sa lettre testament avant de quitter le ministère de l’Education nationale,
La mission sacrée de transmettre la morale, terme qu’il utilisera dix fois sur un texte de deux pages et demi !  Beaucoup hélas aujourd’hui confondent droit et liberté de faire n’importe quoi !
Le droit doit toujours être assorti de l’éducation aux valeurs.
Nos sociétés occidentales ont renoncé à éduquer comme si les valeurs de civilisation étaient inscrites dans nos gênes.
Elles présentent ainsi un lamentable contre exemple qui risque de faire jeter par de nombreux pays émergeants, le magnifique bébé de la démocratie avec l’eau nauséeuse du bain dans  lequel barbotent  les libertins. Fatigue de vieilles démocraties qui restent psychorigides sur les droits mais laxistes sur les obligations hors :
« Qui transforme la liberté en latitude absolue, vient déjà de lui porter le coup de grâce ».
Ces paroles ont été écrites par quelqu’un qui a fait lever les foules du monde entier dans une même unanimité et à qui les Marocains dans leur sagacité avaient rendu un vibrant et précoce hommage : Le Pape  Jean  Paul II.
La femme marocaine a vu son statut s’améliorer dans des proportions très importantes, ces nouveaux droits vont exercer une traction puissante sur la pesanteur des mentalités.
De tous les indicateurs positifs en termes d’avenir pour le Maroc, celui-ci est un des plus significatifs.
Il faut saluer ces avancées sociétales qui font reculer l’injustice qui décourage toujours. Leur principale vertu  sera de libérer des énergies citoyennes  qui sont pour les  nations  exactement comme le carburant pour une automobile.
Bien canalisée par l’Education aux valeurs, l’énergie de nos sœurs marocaines apportera en quelques années un bénéfice inestimable au pays tout entier. Il reste encore des combats à mener. La transmission de la nationalité  est la pierre angulaire et le substrat de la citoyenneté.
Aujourd’hui, force est de constater que la femme marocaine n’a encore que l’usufruit de sa nationalité ! Je comprend que cette situation mobilise  tous ceux et toutes celles  que le développement humain ne laisse pas indifférents au premier rang desquels votre Souverain. En effet lorsque vous transmettez une nationalité, vous ne donnez pas seulement un passeport à vos enfants, vous transmettez des trésors invisibles infiniment plus précieux qu’une simple pièce d’identité.
Vous transmettez une histoire Nationale, des coutumes, une Saga Familiale, bref une véritable racine nourricière riche d’énergie immense pour l’avenir, la nationalité c’est d’abord la fierté de ses origines.
A-t-on oublié que des résistants sont morts pour préserver cette fierté ?
Sans la possibilité de transmettre sa nationalité, on a privé du même coup la femme marocaine de fierté et de dignité, sans parler des aléas de vie auxquels  elles exposent leurs enfants en cas de conflits parentaux.
Au cours de mon expérience politique corroborée par mes recherches en Sciences de l’Education, j’ai beaucoup réfléchi au problème de la transmission qui est une des clefs de l’éducation. Lorsque vous ne transmettez pas un plein (un plein droit en l’occurrence), vous transmettez automatiquement quelque chose : Vous transmettez un creux, un vide, une faiblesse, une frustration, un ressentiment. Le résultat est toujours de l’infériorisation sociale pour les enfants. Quel pays peut se permettre cette inévitable mise en jachère de talents et d’énergies ! Le développement humain : droits, éducation aux valeurs, instruction et citoyenneté, est un des projets de règne de votre Souverain.
La création de l’ INDH est à mes yeux un acte d’une portée symbolique et pratique extrêmement puissante.
Elle est l’indice d’une réflexion lente, étayée, maturée, responsable, sur les véritables enjeux de société.
Chacun d’une rive à l’autre, devrait avoir à cœur d’y apporter sa contribution sans limites. Le droit pour les femmes à transmettre leur nationalité est désormais par les vœux de votre Souverain, juste une question de temps. Le différentiel réside dans plus où  moins de drames sociaux et familiaux comme c’est le cas aujourd’hui ou plus de richesses et de progrès à valoir pour le pays tout entier. J’ai constaté que le navire Maroc était en marche. Pour que plus rien ne freine sa course,  il nous reste à transformer un maximum de passagères en équipage, tant de femmes de ce pays offrent déjà des raisons de légitime fierté !
Il y a des pays qui réfléchissent encore au fait d’autoriser ou pas les femmes à conduire une voiture et il y a des pays où l’on confie à des femmes le soin de conduire  un vaisseau spatial…
Formidable raccourci qui démontre que la liberté est une irremplaçable source  d’énergie et de  progrès !
Sur les critères que je viens de définir, droits des plus faibles, éducation à la responsabilité, entraînement à la compétence,  ceux qui aiment sincèrement ce pays, devraient tous tomber d’accord.
Le développement humain par les choix de votre Souverain, est un formidable plan de cohésion nationale pour le Maroc du troisième millénaire !

Françoise Bastide

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