Société

Les oubliés de la Côte d’Ivoire

© D.R

Le calvaire des Marocains de Côte d’Ivoire continue encore. Si certaines familles ont plié bagage et ont mis le cap vers le Maroc, fuyant ainsi un pays de plus en plus instable, d’autres ont préféré y rester. C’est le cas notamment de Khadija Ougui, mère de cinq enfants et résidante dans ce pays d’Afrique de l’Ouest depuis 17 ans. « J’ai presque tout perdu suite aux événements de novembre 2004.
J’en garde d’ailleurs de pénibles souvenirs. Je viens également de perdre mon neveu tué par deux balles, à Abidjan, et rapatrié à Casablanca le 30 juillet dernier », raconte-t-elle avec émotion. Profondément touchée par le meurtre de son neveu et le saccage de son commerce, Khadija Ougui est de ceux qui n’avaient autres choix que de rester en Côte d’Ivoire : «Je n’ai rien au Maroc. Je préfère rester là-bas et mourir à cause de la guerre que de mourir de la faim dans mon pays ! ».  Là-bas, c’est la Côte d’Ivoire, un pays qui n’a cessé de connaître des hauts et des bas au cours de ces dernières années.
De ces troubles, Khadija Ougui en parle avec beaucoup d’amertume. « Nous avons perdu en une nuit ce qu’on avait mis des années et des années à construire ! Contrairement aux autres étrangers, en l’occurrence les ressortissants français, vivant en Côte d’Ivoire, nous n’avons bénéficié d’aucune aide financière. Il faut rappeler également que nous avons reçu un don royal à l’occasion de l’Aïd-El-Kebir dernier », dit-elle le cœur serré.
Avec le pillage et la destruction de leurs commerces, des familles marocaines se retrouvent actuellement dans la précarité. Pour un bon nombre d’entre elles, redémarrer leurs entreprises est une affaire impossible. Et pour cause, elles ont à peine de quoi subvenir à leurs besoins quotidiens. La création récemment de l’ « Association des Marocains victimes des troubles des 6, 7 et 8 novembre 2004 en Côte d’Ivoire » est venue donc pour aider ces familles à recommencer leur vie. «Nous militons pour avoir une aide financière, dans les plus brefs délais, pour les Marocains gravement touchés par les événements du mois de novembre dernier.
Il faut noter que cette aide doit parvenir aussi bien pour les Marocains qui ont décidé de renter au bercail que pour ceux qui sont toujours là-bas », précise Yahyia Khamlichi, le président de cette association. Et d’ajouter : «après le dur coup d’Etat de 1999, certaines familles ont pu entreprendre quand même leurs projets. Mais pour les événements de 2002 et 2004, les choses ont dramatiquement évolué. Si certains avaient fui la Côte d’Ivoire, d’autres n’avaient pas où aller ! C’est ainsi que nous avons multiplié les contacts avec le ministère délégué auprès du ministère des Affaires étrangères chargé de la communauté Marocaine à l’étranger. Et nous espérons une réponse favorable à notre requête ».
Saccages des magasins, rapatriements en catastrophe, agressions, traumatismes… Certains marocains se rappellent toujours ces pénibles et meurtriers épisodes. «Le coup d’Etat de 1999 est un calvaire que je n’oublierai jamais. À Abidjan, j’avais un magasin d’électroménagers, d’habillement et de chaussures. Mes deux enfants et mon épouse avaient une peur bleue: je n’ai pas cessé de leur demander de se taire afin de ne pas attirer l’ire des pilleurs », raconte Hassan Benbrahim.
Après ce coup d’Etat, il a décidé de rentrer définitivement au Maroc. Dans l’espoir de recevoir une indemnisation, il a fait appel à un huissier de justice qui avait estimé sa perte à un million de dirhams : « 19 ans de travail acharné sont partis en fumée ! ». Aujourd’hui, Hassan Benbrahim s’est converti en chauffeur de taxi et a dû mal à assurer une scolarité à ses deux petits habitués à la Mission française. Si Hassan Benbrahim prend son mal en patience et s’attend tout de même à un avenir meilleur, ce n’est pas le cas pour Hamid Bouayad. «Cela fait 6 ans que je m’attends à une indemnisation promise pourtant par une délégation marocaine venue, après le coup d’Etat de 1999, nous rassurer.
J’ai besoin d’une manière urgente d’une aide financière, soit pour investir ici ou en Côte d’Ivoire », annonce ce jeune père de deux enfants, toujours sans travail. Hamid Bouayad a passé 33 ans en Côte d’Ivoire où il avait trois magasins de chaussures et d’habillement. La liste des victimes est encore longue. Hamid Benchekroun, quant à lui, a choisi, après les événements du mois de novembre dernier, de s’installer définitivement au Maroc. « Mon salon de thé a été complètement saccagé. Je ne peux même pas reprendre mes activités puisque les outils de travail (fours, réfrigérateurs…) ont été également pillés. Je veux une aide pour redémarrer ma vie ici ! », affirme ce jeune père qui résidait à San Pedro, une ville dans le nord du pays.  
L’ « Association des Marocains victimes des troubles des 6, 7 et 8 novembre 2004 en Côte d’Ivoire » milite pour que ces familles retrouvent espoir. Sa création est le reflet de la détresse apparente de ces familles qui n’ont qu’une seule revendication : avoir de quoi redémarrer une nouvelle vie.

Articles similaires

SociétéUne

Carte sanitaire : Le Maroc compte 30.643 médecins dans le public et le privé en 2023

Le ministère de la santé et de la protection sociale vient de...

Société

Souveraineté sanitaire : L’OMS salue la Vision Royale

La directrice régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la...

RégionsSociété

Assilah mise sur le mix balnéaire et culturel

La ville bénéficie, en plus de la réalisation de nouvelles peintures murales...

SociétéUne

Sous-performance des garçons en lecture

Les résultats d’une nouvelle étude de Policy Center for the New South...