Société

Les SDF de demain

Les enfants de la rue se dispersent à travers toute la ville à tel point qu’on a l’impression que ce peuple se divise la cité en zones particulières dont les frontières sont limitées. Cette impression fut donnée par la chaleur qui unit chaque groupe «l’âchranes», guidés par le leadership qui intervient pour calmer les malentendus entre les membres du groupe ou punir le coupable. Ces enfants trouvent refuge dans les maisons abandonnées, dans les parages de la gare routière, dans les jardins publics où l’éclairage fait défaut .Si l’on essaie de s’approcher d’eux, ils fuient comme s’ils n’avaient confiance en personne. En effet, leur comportement est explicable, puisqu’ils considèrent tous les autres comme des ennemis.
Hamouda, un enfant de dix ans, habitait avant Hay Richa avec ses parents au sein d’une famille de sept membres. Il trouve une explication à sa désertion de la cellule familiale. Son père est un ivrogne et vendeur de vin «guerrab». Sa mère se donne à la prostitution au vu et au su de son mari et des voisins. Pour le père, tout le monde doit être productif. Les enfants doivent vendre les cigarettes au détail ou servir le vin aux clients. «La nuit, c’est l’enfer. Les enfants entendent les deux parents en pleine relation sexuelle». Ahmed, douze ans, avoue qu’il a fui les coups mortels de son père parcqu’il n’arrive pas à rentrer chaque soir avec la somme de vingt dirhams exigée par le père à tous ses six frères et soeurs. «Vous devez payer la nourriture, le loyer, l’eau, l’électricité si vous voulez vivre avec moi. Je n’ai pas un internat ici», leur dit le premier responsable de la famille.
Les deux enfants, Hamouda et Ahmed, qui vivent en groupe, manifestent un grand lien amical. Peut être ont -ils trouvé une chaleur qui leur manquait au sein de leurs familles.
La méfiance qu’ils éprouvent à l’égard des autres est évidente. Pour eux, les autres sont des ennemis. L’agressivité ne leur manque pas quand l’occasion se présente. Ils visent généralement les filles qui ne leur donnent pas la charité. Les cas comme Ahmed et Hammouda sont légion dans la capitale spirituelle du pays.
Les maisons de bienfaisance ne les attirent pas. Ils préfèrent rester libres de toute contrainte ou de tout contrôle par les grands. Les dures expériences vécues avec leurs parents, unis ou séparés, demeurent certainement gravées dans leurs petites mémoires.
Pour eux, les grands sont des égoïstes, des despotes qui ne voient que leurs intérêts. Lorsque la cellule familiale ne joue pas son rôle comme il le faut, en voilà les résultats.

• Lahcen Meddas
Correspondance régionale

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