Société

Livre scolaire : Un marché verrouillé et très concentré

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Selon le Conseil de la concurrence, le marché du livre scolaire est entièrement verrouillé en amont et caractérisé par un niveau de concentration élevé, malgré une multiplicité apparente des maisons d’édition.

Le Conseil de la concurrence a publié un avis sur le fonctionnement concurrentiel du marché du livre scolaire. Il ressort de ce rapport que le modèle économique sous-tendant le marché du livre scolaire est devenu contre-productif reposant sur une offre et une demande artificiellement soutenues par des fonds publics et semi-publics et en total déphasage avec les réalités économiques du marché. Le Conseil relève une production du livre scolaire massifiée oscillant entre 25 et 30 millions d’exemplaires de manuels «jetables», programmés et conçus à être utilisés une seule fois, soit une «consommation» de 3 à 4 livres en moyenne par élève et par an.

Ceci occasionne un énorme gaspillage de ressources, de matières et d’énergie pour le pays. Selon le rapport, ces quantités imprimées annuellement et vendues en quasi-totalité génèrent un chiffre d’affaires du marché du livre scolaire estimé à 400 millions de dirhams, selon l’AME. A ce chiffre, s’ajoute le chiffre d’affaires généré par les livres parascolaire et culturel et qui s’élève à environ 800 millions DH. Certains professionnels estiment ce chiffre à 1,2 milliard DH. Le livre scolaire représente ainsi plus de la moitié du chiffre d’affaires réalisé.

Selon les professionnels du secteur, une bonne partie de cette manne échappe à l’industrie nationale d’imprimerie, puisque 40 à 50% de la production est sous-traitée à l’étranger, notamment en Espagne et en Italie. Le Conseil fait aussi remarquer dans son rapport que le développement quantitatif du marché du livre scolaire s’est effectué au détriment de la qualité de sa forme et de son contenu, le réduisant à un simple produit commercial. Ainsi, les considérations du coût de production l’emportent largement sur le contenu.

Monopole des mêmes éditeurs sur le marché
Au titre de l’année 2022-2023, l’effectif total des maisons d’édition de livre au Maroc (excluant les tout petits éditeurs) est d’environ 70. Le mécanisme d’appels à la concurrence est resté inopérant depuis 2008. Et par conséquent, « le marché de l’édition des livres scolaires a été complétement verrouillé en amont et a permis aux mêmes maisons d’édition de bénéficier d’une véritable position de rente depuis plus de vingt ans», indique le rapport. Par ailleurs, les prix du livre scolaire fixés par l’Etat n’ont pas été révisés depuis la période 2002-2008.

La procédure légale et réglementaire de fixation de leurs prix n’a pas été respectée dans la majorité des cas. Seuls les prix de 9 livres sur un total de 381 ont été fixés suite à l’avis favorable de la Commission interministérielle des prix et publiés au BO. Les prix des 372 livres scolaires restants ont été directement fixés par le ministère de l’éducation nationale, sans passer par ladite commission. En effet, le Conseil de la concurrence relève que la commission interministérielle des prix ne s’est jamais réunie pour décider des prix des livres scolaires édités postérieurement à 2002, soit plus de 380 titres homologués par le ministère de l’éducation nationale et mis en vente selon une tarification sans fondement légal. Dans son avis, le Conseil signale que les prix pratiqués des livres scolaires destinés à l’enseignement scolaire public sont ceux fixés en 2002.

Ces prix sont considérés comme étant dérisoires, car ils ne reflètent pas la réalité du marché, avec des hausses significatives des matières premières. Par ailleurs, l’offre actuelle des livres scolaires destinés aux établissements publics d’enseignement scolaire, constituée de 381 titres (tous niveaux et matières confondus) est le résultat des appels à candidature lancés entre 2002 et 2008, attribués à 36 éditeurs. Depuis, le ministère de l’éducation nationale n’a plus lancé d’appel à la concurrence. Au lieu de lancer de nouveaux appels d’offres, le ministère de tutelle procède de manière ponctuelle, à raison d’une fois par an et par livre scolaire, à des modifications plus ou moins mineures, sur la base d’avenants adressés aux éditeurs concernés. «Ces avenants prolongent la durée des livres, à chaque fois, pour des périodes d’une année.

Cette situation constitue une forme de rente déguisée, faisant perdurer le monopole des mêmes éditeurs sur le marché du livre scolaire au Maroc » déplore le Conseil. Le niveau de concentration du marché du livre scolaire est élevé, malgré une multiplicité apparente des maisons d’édition. Le Conseil fait savoir dans son rapport que les quatre premières maisons d’édition disposeraient ainsi d’une part de marché cumulée de plus de 53%, c’est-à-dire, plus de la moitié du marché. Ce taux montre que le marché du livre scolaire est fortement concentré. A cette concentration économique s’ajoute une forte concentration géographique au niveau de Casablanca et subsidiairement au niveau de Rabat.

 

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