Marché du travail en 2020 : Corona est passé par là !

Marché du travail  en 2020 : Corona est passé par là !

432.000 suppressions d’emplois, 322.000 chômeurs en plus, un taux à 11,9%…

La dernière enquête sur l’emploi, menée par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), dresse le bilan d’un marché de l’emploi de l’année 2020, impacté négativement par la pandémie mais aussi par la sécheresse agricole. 432.000 postes d’emplois ont été supprimés… et tous les secteurs sont concernés par cette crise économique. La décélération des activités a également été quantifiée. Le nombre total d’heures travaillées par semaine a baissé, en effet, de 494 millions d’heures en 2019 à 394 millions en 2020, ce qui correspond à une baisse de 20% des heures de travail. Par effet induit à tous ces paramètres, le taux de chômage a augmenté, passant de 1.107.000 à 1.429.000 chômeurs, soit 322.000 en plus que l’année 2019. Le décryptage de la situation n’est pas rose et la relance devrait être pensée dans sa globalité pour rétablir les agrégats économiques. Les détails…

Pour l’année 2020, le marché du travail a été touché de plein fouet par la crise sanitaire due à la Covid-19. La baisse de l’activité économique, marquée par la fermeture même de certaines entreprises, la sécheresse agricole, la hausse du taux de chômage sont autant de faits majeurs qui expliquent cette contre-performance. Les résultats parlent d’eux-mêmes. 432.000 postes d’emploi ont dû être supprimés, en 2020, contre une création de 165.000 en 2019. «Cette perte a concerné les deux milieux (295.000 en milieu rural et 137.000 en milieu urbain) et tous les secteurs d’activité économique. Le secteur des services a perdu 107.000 postes, celui de l’»agriculture, forêt et pêche» 273.000, celui de l’“industrie y compris l’artisanat» 37.000, et celui du ‘’BTP’’ 9.000», détaillent les analystes du HCP. Les mesures préventives contre la contamination ont induit, également, une baisse du volume horaire travaillé. Une lecture de la dernière note, publiée par les départements du HCP, montre qu’«en plus de la perte des postes d’emploi, le nombre d’heures travaillées par semaine a baissé de 20%, de 494 millions d’heures à 394 millions d’heures, ce qui correspond à 2,1 millions d’emplois à temps plein (une semaine correspondrait à 48 heures). Le nombre moyen d’heures travaillées par semaine est passé de 45,2 à 37,5 heures».

Autre indicateur du marché du travail qui confirme la crise, celui du niveau de chômage qui s’est établi à 1.429.000 personnes, au niveau national. Les analystes de l’établissement parlent en effet d’«une hausse de 322.000 personnes faisant passer le taux de chômage de 9,2% à 11,9%, au niveau national, de 12,9% à 15,8% en milieu urbain et de 3,7% à 5,9% en milieu rural». Tous les indicateurs de l’année 2020 sont au rouge : «La population active occupée en situation de sous-emploi a atteint 1.127.000 personnes contre 1.001.000 une année auparavant. Le taux de sous-emploi est passé de 9,2% à 10,7% au niveau national, de 8,3% à 10,1% en milieu urbain et de 10,4% à 11,6% en milieu rural».

Les faits sont têtus. La baisse de l’activité a touché tous les secteurs pratiquement à l’exception de ceux qui ont été sollicités pour mettre en oeuvre la stratégie de riposte contre le virus. La baisse est structurelle. «Après avoir régressé de 0,2 point en 2019, ce taux a reculé d’un point pour s’établir à 44,8%. Cette baisse est plus prononcée en milieu rural (-2,2 points), passant de 52,2% à 50% qu’en milieu urbain (-0,4), passant de 42,3% à 41,9%». Au-delà de la pandémie, la baisse du taux d’activité résulterait de l’accroissement de la population en âge d’activité (15 ans et plus) de 1,5%, par rapport à 2019, et du recul de la population active de 0,9% (-111.000 personnes). «Le taux d’activité des femmes a baissé de 1,6 point pour s’établir à 19,9% contre 70,4% pour les hommes (-0,6 par rapport à 2019), expliquent les auteurs de l’enquête».

Emploi : Un recul de plus de deux points…

Par rapport à l’année 2019, le taux d’emploi a baissé de 41,6% à 39,4% au niveau national (-2,2 points), de 1,6 point en milieu urbain (de 36,9% à 35,3%) et de 3,2 points en milieu rural (de 50,3 à 47,0%). Cette baisse a été plus accentuée plus parmi les hommes (2,6 points) que les femmes (1,9 point). Le trend s’est inversé compte tenu de la conjoncture… Si en effet, 121.000 postes ont été créés, ces trois dernières années, l’économie nationale en a perdu, en 2020, 432.000, ce qui correspond à une baisse de 3,9%, 137.000 en milieu urbain (-2,2%) et 295.000 en milieu rural (-6,3%). Les analystes décortiquent dans l’enquête cette contre-performance par type d’emploi. «255.000 postes d’emplois rémunérés ont été perdus, 116.000 en milieu urbain et 139.000 en milieu rural. L’emploi non rémunéré a, de son côté, régressé de 176.000 postes, 157.000 en zones rurales et 19.000 en zones urbaines».

Evolution de la population en âge d’activité (en milliers), de la population active (en en milliers) et du taux d’activité (en %) depuis l’année 2017

Tous les secteurs ont connu une perte d’emploi

Le domaine de l’»agriculture, forêt et pêche» a perdu 273.000 postes d’emploi au niveau national, 266.000 en milieu rural et 7.000 en milieu urbain. Le tertiaire a enregistré une perte de 107.000 postes (91.000 en milieu urbain et 16.000 en milieu rural) enregistrant une baisse de 2,2% de l’emploi dans ce secteur. Le domaine de l’industrie y compris l’artisanat a connu une perte de 37.000 postes (26.000 en milieu urbain et 11.000 en milieu rural), soit une baisse de 2,8% du volume de l’emploi dans ce secteur. Le BTP a enregistré 9.000 suppressions d’emplois (8.000 en milieu urbain et 1.000 en milieu rural).

Baisse du volume horaire de travail

L’enquête révèle que «le nombre total d’heures travaillées par semaine a baissé de 494 millions d’heures en 2019 à 394 millions en 2020, ce qui correspond à une baisse de 20%. Cette baisse correspond à 2,1 millions d’emplois à temps plein». C’est ainsi que le volume d’heures travaillées par semaine est passé, en milieu urbain, de 300 millions à 237 millions d’heures (-21%) et, en milieu rural, de 194 millions à 157 millions (-19%). Cette tendance baissière a concerné tous les secteurs : 49 millions d’heures dans les services (-20,4%), 24 millions dans l’agriculture, forêt et pêche (-17%), 14 millions dans l’industrie y compris l’artisanat (-22,3%), et 14 millions dans le BTP (-25,4%). Le nombre moyen d’heures travaillées par semaine est passé, par ailleurs, de 45,2 à 37,5. Il a nettement reculé dans le secteur du BTP, en passant de 46,8 à 35 heures, dans l’industrie (y compris l’artisanat), de 48,4 à 38,6 heures, et dans les services, de 48,6 à 39,4 heures.

Toutes les catégories de la population concernées…

«Entre 2019 et 2020, le nombre de chômeurs a augmenté de 322.000 personnes, passant de 1.107.000 à 1.429.000, ce qui correspond à une augmentation de 29%», attestent les analystes de l’enquête. Cette évolution serait la conséquence d’une augmentation de 224.000 chômeurs en milieu urbain et de 98.000 en milieu rural… Et elle est exclusivement attribuable au chômage des personnes qui ont perdu leur emploi. C’est ainsi que le taux de chômage s’est accru de 2,7 points entre 2019 et 2020, passant de 9,2% à 11,9%, résultat d’une hausse dans les deux milieux, passant de 3,7% à 5,9% en milieu rural et de 12,9% à 15,8% en milieu urbain. L’augmentation du taux de chômage a concerné l’ensemble des catégories de la population. «Le taux de chômage s’est accru respectivement de 2,9 points pour les hommes, passant de 7,8% à 10,7%, et de 2,7 points pour les femmes, de 13,5% à 16,2%. Au niveau des diplômés, le taux de chômage a enregistré une hausse de 2,8 points, passant de 15,7% à 18,5% et parmi les jeunes âgés de 15 à 24 ans de 6,2 points, passant de 24,9% à 31,2%».

En définitive, le Maroc aura essuyé les mêmes revers d’une pandémie mondiale qui n’aura épargné personne. Au contraire, lors de la conférence 2020 sur l’emploi et le développement, organisée par la Banque mondiale, les panélistes ont justement souligné que «la pandémie de Covid-19 aura non seulement exacerbé les inégalités existantes mais elle a également plongé des millions de personnes dans l’extrême pauvreté. Trouver des moyens d’aider à protéger les pauvres et les vulnérables, à restaurer les moyens de subsistance et les emplois et à soutenir la reprise économique devient donc une priorité absolue pour les gouvernements et les experts du développement».

Il en est de même pour le Royaume. Les filets sociaux devront être repensés pour inclure l’ensemble des populations touchées. Les suppressions d’emplois devront être justifiées et les stratégies de relance actionnées sans plus tarder car des modèles de reconversion ont déjà fait leurs preuves et ont permis de sauver des unités de production. Pour ne citer que les usines de textile qui se sont reconverties rapidement pour fabriquer des masques… Le marché de l’emploi évoluera, désormais, selon de nouveaux paradigmes. Il s’agira pour les décideurs, chacun dans son domaine, de les identifier pour mettre toutes les chances de leur côté afin de relancer la machine. L’exercice n’est pas simple mais c’est un passage obligé.

Un taux de chômage très élevé dans l’Oriental et le Sud

Taux d’activité selon les régions et le milieu de résidence en 2020 (en%)

La dernière enquête sur l’emploi effectuée par l’entité en question fait état des cinq régions qui abritent 72% de l’ensemble des actifs âgés de 15 ans et plus. Selon les résultats, «la région de Casablanca-Settat vient en première position avec 22,4% d’actifs, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (13,5%), de Marrakech-Safi (13,4%), de Fès-Meknès (11,6%) et de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (11%)». Et les 3 régions qui ont enregistré des taux d’activité supérieurs à la moyenne nationale (44,8%) sont celles de Casablanca-Settat (47,8%), de Marrakech-Safi (46,6%) et de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (46,6%). Les régions de Drâa-Tafilalet (40,9%) et de Souss-Massa (41,5%) sont celles qui viennent en dernier plan selon ce critère.
En termes de chômage, 5 régions concentrent près des trois quarts des chômeurs (72,8%) au niveau national. Il s’agit de la région de Casablanca-Settat avec 25,1%, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (14,4%), de Fès-Meknès (12,2%), de l’Oriental (11,5%) et enfin de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (9,6%).
Selon cette enquête nationale, c’est la région de l’Oriental qui a enregistré le taux de chômage le plus important avec 20,7%, suivie des régions du Sud avec 19,8%. 3 autres régions dépassent la moyenne nationale (11,9%) : Casablanca-Settat (13,4%) Rabat-Salé-Kénitra (12,7%) et Fès-Meknès (12,5%). En revanche, les régions de Marrakech-Safi et de Béni Mellal- Khénifra enregistrent les taux les plus bas, respectivement 6,9% et 7,4%.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *