Mise en oeuvre de la protection sociale : Le Maroc solidaire en marche

Mise en oeuvre de la protection sociale : Le Maroc solidaire en marche

Comment aller vers un système de protection sociale plus intégré ? Comment étendre la couverture à toutes les personnes actives ou inactives ? Des questionnements posés parmi tant d’autres, jeudi soir à Rabat, par Larbi Jaïdi, senior fellow au Policy Center for the New South, lors de la 3ème session dédiée à la protection sociale dans le cadre d’un cycle de conférences consacré au nouveau modèle de développement. «C’est un défi», commente l’orateur, qui animait cette rencontre, en réponse à ces interrogations.

Pour une réforme «sur de nouvelles bases»

Selon M. Jaïdi, l’enjeu, ayant trait à ce chantier de la protection sociale, concerne «une vision globale du système et une réforme qui doit être sur de nouvelles bases». Quant à la pérennité du système, elle porte notamment, au sens de l’intervenant, sur le volet «financier qui engage les acteurs concernés». Dans ce sens, il fait allusion à l’Etat voire aux entreprises. «La réforme a déjà été lancée avec une approche d’hétérogénéité », enchaîne-t-il en prenant, en outre, la cohésion et la coordination pour un autre défi. Egalement de la partie, le directeur général de la Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale (CNOPS), Abdelaziz Adnane, estime que «le Maroc solidaire est en marche». «Les pays développés ont pris l’initiative durant Les Trente Glorieuses et n’avaient pas les contraintes d’aujourd’hui», poursuit-il. A son sens, les défis résident dans «l’ampleur de ce projet complexe et inédit par rapport aux acteurs chargés de l’implémenter ». «Le temps est court et contraignant», avance-t-il. L’année 2022 étant quasiment déjà là. En détail, le responsable cite une dizaine de défis quant à la mise en oeuvre de ce chantier de grande envergure.

Méthodologie de gestion, gouvernance, régulation…

A propos de la mise en oeuvre de ce projet, le DG de la Cnops met l’accent sur «l’organisation de la méthodologie de gestion de ce programme ». «Il faut recourir à une sorte de project management à décliner au ministère et dans les caisses non seulement au niveau central mais aussi régional», explicite- t-il. Et ce n’est pas tout ! «L’un des enjeux concerne la mise à niveau de tout le système de santé public parce que l’offre de soins risque de ne pas suivre», ajoute M. Adnane qui cite d’autres challenges. Il s’agit notamment de «la gouvernance des finances sociales». «Faut-il une loi sur le financement social ou intégrer ce financement dans la loi organique des Finances ?», s’interroge-t-il en se félicitant par l’occasion du passage de la Cnops et la CNSS sous la tutelle du ministère des finances. Mieux encore, l’intervenant prend «la définition d’un panier de soins solidaires» pour un autre défi. «Quel contenu donner à ce panier ? Quel niveau de couverture ? Faut-il distinguer entre les gros risques ou avoir un bouclier sanitaire pour certaines catégories? », lance-t-il en mettant l’accent sur un «système inclusif et solidaire». «Nous souffrons de régulation», ajoute-t-il en s’exprimant sur la maîtrise des coûts de soins. «Il est anormal que le citoyen marocain achète des médicaments trois fois plus cher que celui français par exemple», illustre-t-il.

Des lois à réviser

Outre ces défis, le directeur général énumère des lois à réviser. Elles concernent, entre autres, la couverture médicale, l’assurance des indépendants et le système de santé. En s’exprimant également sur l’intégration de la protection sociale dans le système de santé publique, il révèle que «les hôpitaux ne captent que 6% des dépenses». «La relation entre l’hôpital et les caisses est à réviser», avance-t-il en prenant également la transformation digitale du système de santé pour un autre défi. Aussi, M. Adnane ressort l’adoption de «la carte sanitaire». «C’est un problème hautement stratégique et non technique. Il faut des équipes dédiées pour cela», étaye le responsable qui appelle dans ce sens à «développer une ingénierie nationale». Le tout en révélant le challenge se rapportant à la formation du capital humain. «Il faut une école de protection sociale», souligne-t-il en mettant également l’accent sur le défi de qualité des soins.

Le ciblage comme principal challenge

De son côté, Aziz Ajbilou, professeur affilié, Université Mohammed VI Polytechnique, ajoute le défi de «ciblage». Dans ce sens, il cite le Registre social unifié qui va bouleverser le système. «Le ciblage est à régler avant tout», estime-t-il tout en reconnaissant que la tâche n’est pas facile. Pour lui, la démarche d’intégration des non-actifs et non-employés, entre autres, comprend la notion du «cycle de vie». Dans ce sens, il met en avant l’approche «assurantielle» qui consiste à «basculer de l’assistance sociale vers l’assurance sociale».

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *