Société

« MOI AUSSI, JE SUIS FOOTBALLEUR »: La campagne urbaine qui capte l’attention à l’approche de la CAN

© D.R

Depuis quelques jours, des portraits d’enfants marocains sont apparus sur les murs et sur des écrans digitaux de plusieurs grandes villes, sans logos ni identifiants de marque. Un seul message les accompagne : « و أنا؟ حتى أنا كوايري » , « Et moi ? Moi aussi, je suis footballeur ». À l’approche de la CAN 2025, cette campagne anonyme suscite de nombreuses questions.

Une série d’affiches a fait son apparition sur les murs et les palissades de Casablanca, Tanger et Agadir ces derniers jours. Alors que l’espace public est largement dominé par les communications officielles de la CAN 2025 — couleurs nationales, visuels dynamiques et messages célébrant l’unité — une campagne anonyme adopte un tout autre registre. Elle met en scène des portraits en très gros plan de jeunes Marocains, une typographie jaune percutante et une courte phrase en darija :
« و أنا؟ حتى أنا كوايري », traduite par « Et moi ? Moi aussi, je suis footballeur ».
Ces visuels se déploient à la fois en affichage sauvage — sur les murs et les clôtures de chantiers — et sur quelques grands écrans digitaux. Ce mélange d’une présence informelle dans la rue et d’un recours aux supports urbains officiels rend l’opération encore plus énigmatique. Aucun logo, aucun sponsor, aucun objectif explicite.
Le contraste avec les campagnes actuelles est saisissant. Alors que la majorité des annonceurs misent sur l’énergie collective, la fierté nationale et les stars du football, cette initiative choisit la retenue. Les visages cadrés de très près rappellent davantage la photographie documentaire que la publicité sportive. Le message, volontairement minimaliste, met en avant des profils anonymes : Abdessamed, 13 ans, Casablanca ; Hamza, 12 ans, Agadir ; Zainab, 11 ans, Tanger ; Mohamed, 16 ans, Casablanca.
En mettant ces enfants au premier plan, à un moment où tous les regards se tournent vers les équipes nationales et le tournoi continental à venir, la campagne semble rappeler une réalité souvent oubliée : le football marocain prend racine dans les quartiers, les terrains vagues, les jeux improvisés, et dans les ambitions de ceux qui rêvent d’intégrer un jour ce récit collectif.
Bien que l’opération reste silencieuse quant à ses intentions, elle suscite clairement des interprétations. Elle s’inscrit dans un environnement médiatique saturé, où chaque message tente de se frayer un chemin vers la visibilité.
Ce qui se joue ici dépasse le simple teasing. C’est une bataille pour capter l’attention dans un paysage encombré, et une tentative de recadrer le récit du football marocain à quelques semaines d’un rendez-vous continental majeur.
La révélation viendra en temps voulu ; mais pour l’instant, la campagne a déjà imposé un angle : celui des visages oubliés derrière les lumières de la CAN.